Fanfiction Warcraft III

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Un Avenir Incertain

Par Shadowburner
Les autres histoires de l'auteur

Chapitre 1 : Menace lointaine

Chapitre 2 : Le traître

Chapitre 3 : L’Exilée de Silvermoon

Chapitre 4 : Un vieux compagnon

Chapitre 5 : Enquête

Chapitre 6 : Premiers contacts

Chapitre 7 : Voyage maritime

Chapitre 8 : Attaque aérienne

Chapitre 9 : Discrétion vaut mieux qu’efficacité

Chapitre 10 : Fin du voyage

Chapitre 11 : Dalaran, la base de l’Entrave

Chapitre 12 : Visite guidée et nouvelles inquiétantes

Chapitre 13 : Une démonstration révélatrice

Chapitre 14 : Undercity

Chapitre 15 : Diversion

Chapitre 16 : Panique à bord

Chapitre 17 : Infiltration

Chapitre 18 : Attaque massive

Chapitre 19 : Il faut rendre aux Réprouvés ce qui appartient aux Réprouvés

Chapitre 20 : Beaucoup de travail pour pas grand-chose

Chapitre 21 : Les secrets du cristal

Chapitre 22 : Petit imprévu

Chapitre 23 : Autopsie et sentiments

Chapitre 24 : Des émotions trop longtemps refoulées

Chapitre 25 : Trahi de nouveau

Chapitre 26 : Arrestation et départ

Chapitre 27 : Justice expéditive

Chapitre 28 : Face à face

Chapitre 29 : Des cendres à la cendre, la poussière à la poussière

Chapitre 30 : L’épreuve du choix

Epilogue

Au fin fond des Terres Dévastées de Draenor, se dressait la Forteresse de Magtheridon. Elle avait été conquise plusieurs années plus tôt par le Chasseur de Démons Illidan Stormrage et ses forces elfiques et nagas, et elle en gardait encore quelques cicatrices. De nombreux cadavres d'orcs corrompus, de démons et de Draeneis pourrissaient encore dans ses souterrains. Obéissant aux injonctions de Kil'Jaeden, Illidan et ses troupes, ainsi que ses deux bras droits Kael et Vasjh, étaient retournés sur les Terres Glacées de Northrend afin de détruire le Roi Liche, qui avait trahi la Légion Ardente en jetant son dévolu sur un nouveau champion, le Roi Traître Arthas. Hélas, cette tentative s'était soldée par un échec retentissant : Illidan avait disparu et les forces de Kael et Vasjh, démoralisées par la perte de leur chef, avaient été mises en déroute par les troupes Morts-vivantes d'Arthas.

Après quelques années de solitude, la Forteresse hébergeait un nouveau « locataire », arrivé depuis pas mal de temps avec ses troupes et ses mages du monde des démons. Assis au pied du Trône dans la position du Lotus, Dalnor, le Seigneur de Guerre Eredar, méditait. Les échos des paroles et des ordres de ses troupes lui paraissaient lointains. Dalnor affectionnait beaucoup ce repos car il lui permettait de réfléchir plus clairement et même d'établir un contact mental avec l'une ou l'autre dimension afin de glaner des informations importantes pour les conquêtes de la Légion Ardente. Un peu plus petit que les autres Seigneurs de Guerres, Dalnor n'en était pas moins puissant (loin s'en fallait !) et partageait la même soif de pouvoir, à la différence près que Dalnor réfléchissait avant d'envoyer ses troupes dans un combat qu'il savait perdu d'avance, contrairement à ses confrères. Alors que ses pensées se portaient sur la récente défaite d'Archimonde au mont Hyjal, un bruit proche et discret lui fit interrompre sa méditation et ouvrir ses grands yeux couleur saphir. N'apercevant personne dans la grande salle, il la balaya lentement de son regard perçant, lorsqu'il perçut une légère distorsion sur sa droite. Esquissant un sourire, il tourna légèrement la tête vers le phénomène :

- Akama*...Quel vent t'amène ?

L'Ancien Sage Draenei se débarrassa de son camouflage naturel.

- ...Notre camouflage est censé être le meilleur des meilleurs. C'est assez gênant pour nous de savoir que vous pouvez nous détecter assez facilement ! lança Akama, légèrement agacé.

- Oui, mais au moins, nous autres démons, nous ne sommes pas obligés d'avoir recours à des traitements trop...douloureux pour toi et ton peuple pour nous assurer de vos services répondit Dalnor non sans une certaine ironie dans la voix. Ceci dit, tu voulais me voir n'est-ce pas ?

- Oui, effectivement. J'ai plusieurs nouvelles. Tout d'abord, la Sentinelle et son générateur de puissance sont terminés, il ne vous reste plus qu'à lui transmettre les pouvoirs et les ordres que vous voulez via le générateur.

- Je m'en occuperai tout à l'heure. De votre côté, j'espère que vous l'avez dotée de votre camouflage ?

- Tout à fait. De plus, la sphère de métal que vous nous avez suggérée d'utiliser pour héberger la Sentinelle pendant son voyage convient parfaitement. Aucune perte magique ne sera à déplorer. Par contre, d'après les calculs de nos mages, il sera impossible de transférer la sphère par un portail terrestre classique.

- Comment ça ? s'inquiéta vivement Dalnor.

- Les courants magiques sont trop importants à la surface de Draenor expliqua Akama. Ca provoquera des distorsions énergétiques terribles. La Sentinelle pourrait même changer d'époque, on perdrait tous contacts. En général, plus les paramètres de départ sont altérés, plus ceux d'arrivée sont corrompus. Ce qu'il nous faudrait, c'est une porte spatiale. Ca nous éviterait d'avoir le problème des courants terrestres. Mais ça impliquerait d'utiliser des flux magiques ascendants.

- Et...C'est fréquent, ce genre de flux ? demanda Dalnor.

Akama réfléchit quelques instants.

- Si vous envoyez des éclaireurs sur-le-champ, vous devriez avoir des nouvelles demain au plus tard.

- Excellent déclara Dalnor en se levant. Bon, j'envoie une patrouille chercher ça et je rends une petite visite à la Sentinelle. Attends-moi là-bas.

- Bien. A tout à l'heure.

Dalnor quitta la salle du Trône et se dirigea à grands pas vers la salle de garde, logée dans la façade est de la Forteresse. Tout en chemin, Dalnor se demanda quels pouvoirs il allait conférer à la Sentinelle. Il était déjà hors de question de lui en donner de trop puissants. Si elle échappait à son contrôle, il aurait toutes les peines du monde à l'arrêter. Par contre, il envisagea de lui céder la gamme complète de ses pouvoirs de Reconnaissances et d'Éclairages. La dimension-cible étant celle en laquelle Archimonde avait perdu la vie, Dalnor tenait à être prudent. C'était la raison pour laquelle Dalnor tenait à ce que la Sentinelle soit équipée d'un camouflage Draenei. De plus, Dalnor n'arrivait plus à établir le contact avec cette dimension depuis que le Roi Liche avait trahi la Légion Ardente en s'alliant a Arthas. Par conséquent, si les peuples peuplant cette terre préparaient une force de frappe contre la Légion Ardente, Dalnor ne le saurait que lorsqu'ils envahiraient les Terres Dévastées.
Passant à coté d'une fenêtre, Dalnor aperçut quelques démons discuter avec des Draeneis. Dalnor espéra qu'ils ne fraternisaient pas trop. Au cas où la Légion devrait repartir des Terres dévastées, il ne pourrait pas engager des Draeneis. Certes, leur camouflage les rendaient bien utiles, mais ils ne faisaient pas partie de la Légion Ardente. Arrivant à la salle de garde, Dalnor poussa la porte et entra. Tous les Gardes présents se mirent au garde à vous. Dalnor en désigna trois d'office.

- Vous trois, vous allez me chercher des flux ascendants. Vous avez quarante-huit heures... déclara Dalnor.

- Et à quoi ça ressemble ce genre de plante ? tenta de s'intéresser un des gardes.

Quelques rire timides se firent entendre aux coins de la salle. Dalnor, lui, n'ayant pas très envie de rigoler, fixa le garde avec son regard bleu et lui dit dans un murmure :

- Puisque vous avez envie de rire, vous vous adresserez à la Reine des Souffrances, au dernier sous-sol, pour une punition disciplinaire.

C'était le prix à payer pour tous démons qui décevait son maître. Mais les punitions disciplinaires n'étaient pas très douloureuses, la plupart des démons se renforçant contre la douleur avec le temps.
Alors que le garde quittait la salle d'un air penaud qui énerva quelques peu Dalnor, il désigna un mage qui était assis dans un coin.

- Vous, vous les accompagnerez. Vous savez ce qu'est un flux ascendant n'est-ce pas ?

- Vous me prenez pour un demeuré, non ? Je ne mériterais pas mon titre de mage sinon ! s'indigna le mage.

- Bien, alors mettez-vous au travail tout de suite. La nuit tombe, faites vous accompagner par un Marcheur Ethéré...pour votre sécurité.

Le petit groupe s'en alla par une succession de couloir donnant sur la partie Sud des Terres Dévastées, alors que Dalnor prenait la direction du troisième sous-sol, lequel contenait le générateur de puissance de la Sentinelle.

En arrivant au troisième sous-sol, la lumière rouge crue qui émanait du générateur de puissance fit mal au yeux de Dalnor. Au bout de quelques minutes cependant, sa vision s'était habituée, et il aperçut Akama et compagnie de quelques sorciers démons.

- Ah ! Vous voilà enfin. Vous en y avez mis, le temps. Vous vous êtes perdu, hein ? lança Akama sur le ton de la blague.

- Je suis sûr que quand ce sera le cas, tu ne t'en remettras que difficilement, je me trompe ?

- Quand ce sera le cas, je pense que je serai mort de rire avant que vous arriviez à me retrouver, bien sûr ! s'exclama Akama. Bon blague à part, il est temps d'équiper la Sentinelle de vos pouvoirs. A propos, il me semble que vous ne l'avez pas encore vue ?

- Non, où est-elle ?

- Juste derrière vous.

Se retournant, Dalnor se retrouva face à face avec une créature qui faisait partie des plus étranges qu'il ait jamais vu. Un peu plus petite que lui, elle ne semblait pas posséder des parties organiques. Au contraire, elle était entièrement bardée de pièces d'armures reliées entre elles par des flux magiques presque imperceptibles. Néanmoins, la puissance qu'elle dégageait, même sans avoir reçu les pouvoirs de Dalnor, figea ce dernier sur place. Il remarqua également qu'elle avait un profil qui lui rappelait les Revenants de Morts.

- Comment la trouvez-vous ? s'enquit Akama.

- Ma foi, je ne vois pas en quoi je pourrai être déçu. Elle m'a l'air prête à endurer une grande quantité de choc et de sorts. De plus, j'ai pu remarquer que son camouflage est parfait. Autant je suis capable de détecter les Draenei, autant je n'ai pas pu la remarquer ! s'exclama Dalnor

- A propos, vous ne m'avez pas expliqué ce que vous vouliez en faire ? Je me souviens bien que vous nous avez demandé de vous créer un guerrier puissant, mais discret mais vous ne nous avez donné aucune explication.

- Puis-je te demander d'où vient un tel intérêt de ta part pour les opérations d'un Seigneur de Guerre Eredar ?

- Mon intérêt vient du fait que nous, les Dreanei, nous n'avons pas pour vocation de servir la Légion. Vous êtes arrivés sur Draenor, et du jour au lendemain, nous nous sommes retrouvés contraint de vous « aider ». Notez que je n'ai employé le terme « servir ». Seulement, ce que je veux dire, c'est que si vous avez des problèmes, ce sera à vous de les résoudre seul. Nous autres, nous ne voulons rien avoir à voir avec les ennemis de la Légion, car il y en aura toujours, c'est certain. C'est pourquoi j'aimerais savoir à quoi m'en tenir afin de protéger mon peuple en cas...disons de désaccord.

- Très bien soupira Dalnor après quelques instants de réflexion. Je vais te répondre. Je veux utiliser la Sentinelle en qualité d'éclaireur pour le moment. Lorsque Archimonde à perdu la vie dans cette dimension, j'ai compris que nous n'avions pas affaire à n'importe qui. Après cette tragédie, seul le Roi Liche me permettait de relayer le contact mental avec les mondes de cette dimension. Depuis qu'il a trahi Kil'Jaeden, je ne peux plus établir le moindre contact, et s'ils ont trouvé le moyen de nous localiser et de nous porter un coup fatal, on n'en saura rien jusqu'à ce qu'ils frappent à la porte. Comprends-tu pourquoi il est vital que je sache ce qu'il se trame ?

- Je ne suis pas sûr de bien apprécier l'utilisation du mot « nous ». Souvenez-vous que nous ne faisons pas partie de la Légion. Ceci dit vous n'avez pas l'air vraiment inquiet, je me trompe ?

- Entre le moment ou Archimonde a rejoint le Néant Sidéral et le moment ou le Roi Liche nous...enfin m'a trahi, j'ai pu voir autre chose : apparemment, leurs forces sont concentrées en plusieurs points et se mènent une guerre perpétuelle entre elles. Ce qui me rassure, c'est qu'elles sont tellement disséminées qu'elle ne pourront que très difficilement réunir assez de pouvoir afin d'ouvrir un portail assez puissant pour les amener jusqu'à Draenor.

- Donc, si je résume, vous ne courez aucun danger mais vous voulez être sûr que cette sécurité durera. Merci, c'est tout ce que voulais savoir. Simple curiosité, quelles sont ces forces dont vous parliez ?

Dalnor réfléchit quelques instants, ses yeux bleus perdus dans le vague.

- Il y en a beaucoup. Arthas et la totalité de ses troupes sont à Icecrown. Bien normal, puisqu'il est le maître du Trône de Glace. J'ignore comment il a fait, mais il s'est aussi assuré les services de l'ancien roi d'Azjol-Nerub, Anub'Arak. Les forces Morts-vivantes de Kel'Tuzad sont aussi là-bas. Le serviteur, chassés de Lordaeron par la Réprouvée, a rejoint le maître ...

- La Réprouvée ? coupa Akama.

- Oui, son vrai nom est Sylvanas Windrunner, mais ses origines m'ont échappées. Les forces Elfes de la Nuit sont au nord de Kalimdor, tandis que les forces Orcs de Thrall sont au sud, dans les Barrens. Il y a aussi un amas de forces qui m'avait intrigué. On dirait une résistance. Nous, les Seigneurs de Guerre en avons rencontrées déjà plusieurs. Il s'agit de plusieurs petit groupes de races réunis en un seul, et luttant contre un ennemi commun. Je sais qu'il se battent contre les troupes de la Réprouvée, à Lordaeron. C'est tout.

- Des troupes Morts-vivantes chassant des troupes Morts-vivantes...remarqua Akama. Si l'ordre naturel n'est plus respecté...Bon, je commence à être fatigué. Vous devriez transmettre vos pouvoirs à la Sentinelle, elle devrait pouvoir partir demain.

Le soleil rouge de Draenor s'était couché depuis longtemps et seul un ciel noir d'encre parsemé de points brillant était visible.

- D'accord, je vais le faire. Ca va probablement me prendre toute la nuit.

Alors qu'Akama rejoignait sa chambre, Dalnor s'assis devant le générateur, joignit les mains et ferma les yeux. Se concentrant, il envoya ses pouvoirs sous forme de flux rouges qui émanèrent lentement de lui pour aller se fondre dans le cristal d'énergie, dégageant ainsi une douce chaleur qui se répandait dans l'immense pièce. Immobile, la Sentinelle ne paraissait avoir aucune conscience de ce qui se passait.

* : Il s'agit du même personnage que dans la campagne Humaine de The Frozen Throne.
Lorsque Dalnor ouvrit les yeux le lendemain, ce fut pour s'apercevoir que le troisième sous-sol était rempli de soldats, qui le regardaient tous. Secouant la tête pour se réveiller un bon coup, Dalnor se releva tandis qu'un garde s'approchait de lui. Dalnor reconnut celui qui avait essayé d'user d'un humour plutôt pathétique et qui était allé faire un tour au dernier sous-sol. Apparemment, il portait encore quelques cicatrices de son séjour chez la Reine des Souffrances. Le garde pris la parole avec une certaine crainte.

-Maître, nous avons un problème

-Vous osez faire état d'un nouvel échec !! tonna Dalnor.

-Je vous en prie, calmez-vous! coupa le mage envoyé la veille. Vous devriez vous pencher plus attentivement sur ce problème, si vous voulez que la Sentinelle parte.

Calmé, Dalnor s'approcha du mage.

-Bien. Quel est ce contretemps ?

Le mage s'écarta, ainsi que les gardes qui se trouvaient en retrait, révélant une créature prostrée à même le sol. Deux gardes avaient leurs haches posées sur la nuque de la créature. Dalnor reconnut immédiatement Artus, un serviteur Warlock renégat qui avait trahi Dalnor quelques semaines plus tôt.
Ses yeux perdus dans le vague, il ne trahissait aucune émotion.

-Ah ! Bien ! Je suis heureux que vous ayez retrouvé ce traître. Mais que lui avait vous fait ? On dirait qu'il ne me reconnaît pas.

-Je l'ai bridé mentalement, afin qu'il ne nous fasse pas de crasse pendant le retour, répondit le mage. D'ailleurs, à ce sujet, j'ai une bonne nouvelle et une mauvaise nouvelle.

-Commence par la bonne.

-Nous avons trouvé des flux ascendants exceptionnellement puissants, pas très loin d'ici. La mauvaise nouvelle, c'est que ce traître de Artus a verrouillé ces flux à l'aide d'incantations. Nous sommes arrivés juste au moment où il terminait son travail.

De rage, Dalnor enfonça son poing dans un mur proche, creusant un trou assez profond. Ses yeux bleus lançaient des éclairs au sens littéral du terme. La plupart des personnes présentes eurent un mouvement de recul. Chacun d'eux savait pertinemment qu'il ne faisait pas bon énerver un Eredar.

-Descendez-le au dernier sous-sol !!! ordonna Dalnor. Dites à Somand de l'emprisonner, et vous lui retirerez sa bride mentale. Je lui ferai cracher le morceau ! Magnez-vous !!

Alors que tout le monde quittait le troisième sous-sol rapidement pour ne pas faire l'objet de la colère de Dalnor, ce dernier tenta de se calmer une ultime fois. Respirant profondément, il sentit la tension le quitter, et ses muscles se détendirent. Puis, il pris la direction des cachots de Somand.

Alors qu'il arrivait au dernier sous-sol, Dalnor s'aperçut que la totalité des troupes présentes sans la salle du générateur étaient aussi descendues. Chacun d'eux savaient que quelqu'un qui trahissait la Légion Ardente était fatigué de vivre et désirait partir en beauté. On sentait qu'ils se demandaient quelle punition Dalnor allait infliger à Artus. Au centre de la pièce, ce dernier était entravé par des chaînes émettant une douce lueur violette. La Reine des Souffrances Somand, une Succube des Terres Dévastées, finissait de l'attacher. Grande et ténébreuse, belle comme la mort, une pointe de cruauté perçant son regard, elle imposait le respect même à ses supérieurs hiérarchiques. Ayant fini sont travail, elle se redressa et contempla Artus qui, libéré de sa bride mentale, se débattait dans ses chaînes.

-Ah ! Somand ! Toujours en train d'effectuer les basses besognes de Dalnor ! Et vous tous ! Qu'est ce que vous regardez ? Vous n'avez jamais vu un prisonnier, non ? Bien sûr que non ! Vous êtes tous trop stupides ! Trop incapables ! D'ailleurs qu'est ce que vous attendez pour allez conquérir d'autres mondes ? Ah non, j'oubliais, votre échec au Mont Hyjal vous a ramolli !!

Somand s'avança vers Dalnor.

-C'est un gros morceau que vous m'amenez là. Que vous voulez-vous que je fasse ? demanda Somand de sa voix douces aux intonations mortelles.

Ayant entendu les paroles de Somand, Artus tourna la tête avec le peu de liberté que lui laissait ses chaînes.

-Ah ! Ben voilà le Grand et Puissant Maître de la Forteresse ! Je paris que ton mage t'a tout raconté, hein ? Qu'est ce que tu veux ?

Se penchant vers lui, Dalnor répondit :

-Que tu me dises quelle sont ces incantations que tu as utilisées pour verrouiller ces courants ascendants. Mais te connaissant, je doute que tu me les dises sans t'avoir .....convaincu, n'est ce pas ?

Artus éclata de rire.

-Exact !! Alors supposons que je ne te les donne pas, qu'est ce que tu me feras ? Les pouces retournés ? Tu m'arracheras les yeux ?

Cette fois, ce fut au tour de Dalnor d'éclater de rire.

-Je suis parfaitement au courant que tu ne crains aucune des tortures civilisées ! Mais je ne suis pas le maître pour rien, et je me targue d'avoir à mon service une superbe guerrière qui a mis au point des traitements vraiment spéciaux pour mater les durs dans ton genre. Somand, quel est le traitement qui te paraîtrait le mieux adapté ?

Somand porta une main à sa bouche et réfléchit quelques instants.

-Hmmmm...Il présente tous les symptômes d'un délire persécuteur. C'est fréquent chez les condamnés à mort ... Mais c'est un warlock, donc....Je pense que le traitement Z aura un effet significatif. Peut-être pas total, mais on tirera bien quelque chose.

-Le....quoi ? interrogea Artus qui paraissait avoir perdu son assurance et son arrogance et au front duquel perlait quelque gouttes de sueur.

-Le traitement Z expliqua Somand tout en saisissant de longs objets de métal aux aspects meurtriers. Il s'agit d'une opération qui consiste à aller chercher l'information là où elle se trouve, c'est à dire dans le cerveau. Cependant, il est fort probable que tu réussiras à bloquer tes neurones pour m'éviter de trouver ce que je cherche. C'est pourquoi je serais obligée d'infliger une douleur atroce à certains nerfs pour t'empêcher de tout bloquer. C'est un spectacle répugnant, bien sûr. Mais ne t'en fais pas, je suis habituée.

Dalnor entendit quelques soldats prétexter une garde et quitter précipitamment la pièce. Le visage d'Artus était devenu beaucoup plus pâle.

-Qu'est ce qu'il y a Artus ? Tu est malade ? ricana Somand.

-Dalnor, tu...tu n'oseras pas n'est ce pas ? paniqua Artus.

-Je pense que je vais prendre le risque répondit doucement Dalnor. Ecoutez-moi, tout le monde : vous allez tous quitter la salle pour laisser Somand faire son boulot. Retournez à vos activités respectives. Et toi, Somand, quand tu auras du nouveau, viens me voir au troisième sous-sol. Artus, .....bon voyage. Dis bonjour à Archimonde, quand tu le verras !!

Toutes les troupes quittèrent la salle dans un pas légèrement rapide remarqua Somand. Son travail était-il si terrible se demanda t-elle. Finalement, elle haussa les épaules et s'approcha de sa future victime.

-NOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOONNNNNN !!!!! hurla Artus.

Son cri fut étouffé par la lourde porte se refermant sur les Cachots.

De retour au troisième sous-sol, Dalnor s'affaissa dans un siège de pierre. Tout rentrait dans l'ordre. Connaissant Somand, il savait qu'il ne lui faudrait pas attendre plus de deux heures environs pour obtenir un résultat. La Sentinelle pourrait partir le soir même. Se souvenant d'un travail à faire, il se releva. La fusion entre la Sentinelle et la sphère était nécessaire pour le voyage dimensionnel. Amenant la sphère à l'aide d'un sortilège mineur, Dalnor se leva. La Sentinelle semblait avoir capté ses pensées car elle apparu devant lui avant qu'il ai fini de se lever. Etonné, Dalnor lui dit :

-Ah ! Tu es là. Bien, ne bouge pas nous allons procéder à la fusion.

Tendant ses deux mains devant lui, il saisit chacun des éléments mentalement, et les imagina se fondre l'un dans l'autre. Les deux éléments rougirent et bourdonnèrent. Dalnor se concentra, puis chacun des deux éléments fut attiré vers l'autre. Une gerbe de flamme s'éleva. Puis, la sphère retomba sur le sol. Elle semblait avoir légèrement grossi. Dalnor se détourna, satisfait, lorsqu'il entendit la porte s'ouvrir. Se retournant, il aperçut Somand qui s'approchait. Dalnor fut légèrement surpris : un résultat en si peu de temps ! Décidément, Somand n'était pas n'importe qui ! Elle pris rapidement la parole.

-Il s'est mis à table.

-Dis-moi ce que tu as découvert.

-L'incantation est « Etfä Phümonn BööK ».

-Excellent. Et Artus ?

-Il vit encore, mais très faiblement. Vous devriez aller lui porter le coup fatal.

-D'accord. Tu m'accompagnes ?

-Bien sûr.

En chemin, Dalnor sentit que l'esprit de Somand travaillait dur.

-Quelque chose te tracasse ?

-Je repensais à cette incantation. C'est une incantation de Silence standard, mais modifiée à la sauce Warlock. Je pense que ça ne devrait pas être trop difficile à casser.

Dalnor fut surpris de sentir qu'elle s'y connaissait en incantations et autres sortilèges. Une petite réflexion sur le sujet s'imposait. Arrivés devant la carcasse sanglante d'Artus, Dalnor en eu presque la nausée. Un faible râle s'échappait encore de la gorge d'Artus.

-Je vais abréger tes souffrances. dit Dalnor.

-Vas....y .......Et surtout.....ne .....te....gêne ....pas !

Surpris qu'il puisse encore parler, Dalnor tourna son regard vers Somand qui semblait indifférente. Tendant son bras devant lui il hurla : « FLAMMA ». Un torrent d'éclairs sombre se déversa du bras de Dalnor et carbonisa le corps d'Artus. Se détournant, Dalnor adressa la parole à Somand

-Somand....Tu le trouveras, le contresort, n'est-ce pas ?

-Ce n'est pas pour mon charme personnel que vous m'avez engagée ! Commencez à vous diriger vers le site de lancement, je vous rejoins des que j'ai trouvé.


Le site de lancement était situé au sommet d'un plateau balayé par des vents puissants, à cinquante lieues de la Forteresse. La moitié des troupes de Dalnor ainsi que quelques sorciers était réunis là pour l'ouverture de la porte spatiale. Akama se tenait près de Dalnor.

-Vous m'étonnerez toujours, vous. Confier un boulot de décodage magique à votre tortionnaire, on aura tout vu.

-Je ne suis pas sûr d'aimer le mot tortionnaire ! s'offusqua Dalnor. C'est plutôt une délieuse de langues, et elle ne s'occupe que des guerriers. Comme tu vois, j'ai quand même un certain respect. Et puis..... elle a vraiment quelque chose...

-Tiens, on dirait qu'elle arrive ! dit-il en pointant le doigt vers une silhouette qui se déplaçait très rapidement. Somand s'arrêta à côté d'eux, à peine essoufflée .

-Maître Dalnor, je pense avoir trouvé le contresort ! dit-elle avec un sourire énigmatique. C'était plus facile que prévu.

-Eh bien on va pouvoir vérifier ça tout de suite. C'est toi qui prononcera le contresort. Placez la sphère !

Deux gardes s'exécutèrent. Avec quelques difficultés, ils placèrent la lourde pièce de métal au centre du plateau rocheux, puis s'écartèrent.

-Ouvrez la porte ! ordonna t il aux sorciers présents.

Les quatre sorciers se placèrent en carré autour de la sphère et levèrent leurs mains vers le ciel, tout en murmurant de mystérieuses paroles. Bien qu'ils ne les prononcèrent pas fort, Dalnor sentait dans son intégralité la puissance dégagée par ces mots. Le regard pointé vers le minuscule point blanc qui venait d'apparaître, Somand annonça :

-La porte est ouverte, j'y vais ?

Pour toute réponse, Dalnor s'écarta. Toutes ses troupes l'imitèrent. Interprétant cette réponse comme un « oui », Somand se baissa et enfonça ses poings dans la terre. Puis, relevant la tête, elle prononça à haute voix :

« EldänofeurŐ !! Transphërö îmmëdiato !!»

La terre se mit à trembler, et des volutes de fumée blanche s'élevèrent autour de la sphère. Puis, sans aucuns autres signes avant-coureurs, la sphère fut projetée vers le ciel avec une telle vitesse qu'elle ne laissa qu'une brève trace lumineuse verticale sur les rétines des troupes réunies, tandis qu'un intense point blanc dans le ciel témoignait du passage de la sphère dans un monde parallèle ainsi que de la fermeture de la porte inter-dimensionnelle.

-Excellent travail, Somand ! félicita Dalnor, se détournant. Maintenant, il ne nous reste plus qu'à attendre ses rapports.

Dalnor, Akama, Somand et tous les sorciers et gardes prirent le chemin de retour de la Forteresse.

Très loin de là, au-dessus des Terres Elfiques de Kalimdor, une nouvelle étoile naquit brièvement.
La sphère, véritable boulet incandescent, émergea de la porte lumineuse inter-dimensionnelle à plusieurs milliers de kilomètres de la planète, se déplaçant à la vitesse avec laquelle elle était passée au travers la porte, c'est à dire extrêmement rapidement. A cette vitesse, elle ne tarderais pas à atteindre la surface...

A la surface de cette même planète, en pleine nuit, allongée au sommet d'un dérivé rocheux, la Ranger Sombre Mira Ghostsong, attendait ses cibles. D'après son employeur, car Mira effectuait à présent le travail de chasseuse de primes, une petite troupe de morts-vivants devaient passer dans cette partie des Barrens. Faisant confiance à son ouïe très fine, Mira ferma les yeux et entrepris de se reposer un peu avant l'arrivée éventuelle des pourritures qu'elle traquait. Ses pensées tourbillonnèrent, ses sombres souvenirs remontèrent...

Ancienne Ranger de Quel'Thalas et servant dans les Forces Spéciales d'Intervention Elfiques, elle avait été affectée à la défense du Puit Solaire de Silvermoon, alors que sa soeur d'arme, Sylvanas, depuis l'avant-poste, devait les prévenir de l'avancée du Fléau, conduit par Arthas. Malheureusement, les forces du Fléau avaient déferlé sans prévenir, et Silvermoon était tombée en moins de deux jours. Comble de misère pour Mira, comme pour Sylvanas, mais comble de bonheur pour Arthas, ce dernier les avaient corrompues, les soumettant à sa volonté. Mira se souvint d'une force de fer écrasant sa volonté, d'une voix continue dans sa tête, puis plus rien.....Jusqu'au jour où Arthas avait commencé à éprouver quelques difficultés à maintenir le contrôle de ses troupes. Ce jour là, retrouvant sa volonté d'un coup, Mira ne s'était pas posé de question. Réagissant immédiatement, elle s'était débarrassée de la bride d'Arthas, puis elle s'était enfuie, non sans avoir semé le chaos dans les troupes qu'elle commandait sans le vouloir. Une fois en sécurité, elle s'était arrêtée et avait médité sur ces longues années d'esclavage, se demandant ce qu'il était advenue de Sylvanas. De plus, elle ne s'était pas reconnue, et pour cause, les puissants courants obscurs circulant en elle avaient corrompu son corps, son regard avait pris la couleur du sang et son corps exhalait une puanteur que même les plantes avaient du mal à supporter. Cependant, cette corruption s'était atténuée en quelques mois à peine : son visage et son corps avaient commencé à reprendre leurs traits et formes elfiques féminines. Sa peau était redevenu ferme et avait pris une couleur bleue-gris uniforme, ses cheveux redevenaient doux et prenaient une teint blond foncé, et son corps ne dégageait plus qu'une très faible mais agréable odeur d'épices brûlées.

De surcroît, Mira s'était rendue compte que son passage involontaire chez l'ennemi l'avait formée à l'utilisation de sortilèges plus puissants, et son camouflage elfique s'en était trouvé nettement amélioré : désormais, elle pouvait se déplacer presque sans être vue. Bien sûr, il n'était pas aussi performant que ceux des célèbres assassins Elfes de la Nuit, mais il était tout de même très respectable, bien qu'il provoquât encore de légères distorsions.

Un bruit proche tira brusquement Mira hors de sa rêverie. Ouvrant ses grands yeux écarlates rapidement elle s'aperçut qu'une petite troupe de Nécromanciens et une Banshee s'étaient réunis au bas de la falaise et semblaient avoir le regard tourné vers elle...ou n'était-ce qu'une illusion ? Prenant rapidement une décision, elle glissa la main vers son arc quand une voix très proche la figea sur place.

-Non, je ne vois rien du tout !! hurla la voix. Il y a autant d'êtres vivants ici qu'il y a de palmiers à Northrend !

Mira tourna très légèrement la tête et aperçut un Nécromancien qui se tenait debout au bord de la falaise à moins de cinquante centimètres d'elle...et il ne l'avait même pas remarquée ! Glissant cette fois ci la main vers une de ses deux courtes épées, qu'elle s'était forgées elle-même, pendues à sa ceinture, elle la saisit.

-Très bien ! Redescend, on continue ! On doit avoir atteint la côte est à l'aube !

Alors que le Nécromancien se détournait, Mira choisit ce moment pour frapper. Elle tendit le bras et lui trancha les tendons au niveau de la jambe. Déséquilibré, il dégringola du haut de la falaise avec un cri désespéré et s'écrasa au bas dans un bruit d'os cassés. Alertés par son cris, les autres lanceurs de sorts tournèrent vivement la tête vers la distorsion, au sommet de la falaise. Mira, qui s'était relevée d'un bond, avait immédiatement saisi son arc et pris une flèche sur la pointe de laquelle elle avait rapidement passé ses doigts en murmurant quelques paroles. La pointe de sa flèche brillait à présent d'une lueur violette. La plupart des Nécromanciens commencèrent juste à pointer leurs bâtons vers Mira, qui engagea sa flèche dans son arc et le banda. Visant le Nécromancien le plus proche, elle tira puis se jeta en arrière pour ne pas être touchée par la décharge verte lancée par ce dernier. La flèche l'atteignit au front et le projeta en arrière. Mira resta à terre, attendant que les effets de la Flèche Noire se manifestent. Elle n'eut pas à attendre bien longtemps. Le mort ne tarda pas à se relever, gesticulant comme un fou, attirant l'attention du petit groupe, qui cessa de bombarder le haut de la falaise, d'ailleurs bien amoché. Mira risqua un oeil hors de sa cachette et constata avec satisfaction que sa ruse avait eu l'effet escompté. En temps normal, elle fichait le camp, mais sa mission consistait à récupérer un objet. De plus, elle ne se lassait jamais d'assister au spectacle de ses Serviteurs Sombres massacrant ses adversaires. Le Nécromancien, après s'être bien agité, et après que les autres membres du groupe n'aient pas bougés le petit doigt, trop absorbés par cet étrange spectacle, plongea la main dans ses chairs avec une force surprenante pour un mort, et les arracha violemment, révélant un squelette à l'aspect meurtrier, armé d'une grande épée. Avant d'avoir pu esquisser un geste, deux Nécromanciens se retrouvèrent décapités tandis que le squelette se ruait sur la seule Banshee du groupe. La Banshee émit un sifflement strident qui fit exploser les rochers alentours. Le squelette encaissa l'attaque sonique de la Banshee sans broncher, puis lui passa l'épée au travers du corps. La Banshee disparut dans un hurlement. Le dernier Nécromancien, devinant ce qui allait lui arriver, pris ses jambes à son coup sans même recourir à un de ses puissants sortilèges. Visiblement troublé par ce soudain changement d'attitude, le squelette hésita, puis tourna son crâne vers sa maîtresse, attendant apparemment un ordre. Le squelette étant totalement dépourvu d'organes auditifs (et même d'organes tout court !), Mira et lui communiquait par télépathie. Elle pouvait ainsi, en se concentrant, voir ce que lui voyait, et ce, à plusieurs kilomètres de distances.

-Maîtresse, je le laisse partir ? demanda t il dans la tête de Mira.

Tout en descendant de la falaise, Mira répondit de la même façon :

-Surtout pas ! C'est peut-être lui qui possède l'objet ! Neutralise-le !

Obéissant aux injonctions de Mira, le squelette se tourna vers la silhouette maintenant lointaine du Nécromancien. Serrant son épée, le Serviteur l'envoya de toute la puissance qu'il put vers le jeteur de sorts. La lame de l'épée tournoya dans l'air. Le Nécromancien eut tout juste le temps de se retourner pour voir la lame fondre sur lui. L'épée sépara son corps en deux parties distinctes qui retombèrent sur le sol avec un bruit mat, puis s'écrasa sur un rocher. Le squelette ayant consommé toute l'énergie que Mira lui avait allouée pour son combat, il s'enflamma brusquement puis explosa, arrosant les alentours de poussières. Plantée dans la roche, son épée en fit autant.

Désormais seule, Mira fouilla les corps qui jonchait le sol. Elle finit par trouver l'objet recherché sur la partie supérieure du Nécromancien qui tentait de s'enfuir. Elle constata avec soulagement que la lame de l'épée était passée à quelques centimètres de l'objet. Le regardant attentivement, elle vit qu'il se constituait d'un petit disque d'or sur lequel était gravé une série de chiffres et de lettres autour d'un sigle étrange qui paraissait incomplet : un triangle plutôt plat, avec un cercle duquel partait trois éclairs. De l'autre côté figurait de petites syllabes reliées entre elles par des formes géométriques : hexagones, doubles traits. Renonçant à comprendre toute signification, Mira mit l'amulette dans une des poches de sa tunique, réajusta sa légère armure puis ferma sa cape bleu-noir. Puis, elle se mit en route vers les Iles Echo, où attendait son employeur.

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Très haut au-dessus de sa tête, la sphère entamait sa rentrée dans l'atmosphère. Laissant dans son sillage un panache de flammes et de fumées, la sphère se mit à siffler et à surchauffer l'air environnant. La terre ferme n'était plus qu'a quelques dizaines de kilomètres...

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Marchant d'un pas vif mais néanmoins détendu, Mira perçu soudain un faible sifflement s'amplifiant continuellement. Se concentrant une fraction de seconde afin que son camouflage soit pleinement opérationnel pour parer à une éventuelle embuscade, elle s'immobilisa et tourna son regard rouge brillant vers le ciel. Elle vit nettement qu'une sorte d'orage silencieux se déchaînait dans une partie du ciel, qui avait viré au rouge feu. On aurait dit qu'une guerre entre Dragons s'était déclarée, quand une boule de feu jaillit du nuage. Presque aussitôt, le ciel reprit sa couleur d'origine, tandis que le météore traversait le ciel. Sentant la puissance qui se dégageait du bolide, Mira comprit que le choc allait être terrible, bien que ce dernier allait probablement s'écraser très loin. Elle s'accroupit, prête à encaisser le choc. L'aérolite s'écrasa au loin. La terre trembla violemment sous les pieds de Mira qui tomba, déséquilibrée par le choc, tandis qu'un immense geyser de feu s'élevait du lieu d'impact, vers les côtes ouest de Kalimdor. Se relevant prestement , Mira pressa le pas vers les Iles Echo, vers l'est, sentant que quelque chose d'inhabituel venait d'arriver.
Quelques heures avant le lever du soleil, Mira arriva en vue du port secondaire de Theramore. Ce dernier avait été érigé sur les ruines de l'avant poste offensif de l'amiral Proudmoore par sa fille, Jaina, en signe de paix, afin d'éviter que les idées de son père ne trouvent de nouveaux partisans. Le port était contrôlé par les Orcs mais voyait passer beaucoup d'humains, marchands ou mercenaires. Il assurait la liaison entre Durotar et l'île de Theramore. Les affaires allaient bon train, on pouvait trouver des boutiques de vêtements, d'armes, d'approvisionnement et bien d'autres. Trois Grunts gardaient l'entrée du port. Mira s'approcha, et relâcha ses muscles, ce qui eut pour effet de désactiver son camouflage. Un des Grunts la remarqua et l'interpella.

-Hé ! Mira ! C'était quoi, cette nuit, ce météore ?

-Aucune idée. Il est tombé trop loin pour que j'aie pu l'identifier.

Le Grunt parut moins sûr de lui, présumant que si elle ne savait pas quelque chose sur quelque chose, mieux valait s'en méfier. Mira effectuant beaucoup de missions dans les Barrens, ils avaient appris à se connaître, et elle en savait beaucoup sur ces terres, notamment que plusieurs poches de Morts-vivants sévissaient dans le coin, comme l'avait prouvé sa rencontre de cette nuit. Finalement, ils la laissèrent passer sans autre question. Mira pris la direction de la taverne locale. Elle n'avait pas parcouru cinquante mètres qu'elle entendit un autre Grunt interpeller un individu.

-Toi ! Attend ! Je ne t'ai jamais vu par ici ! As-tu une licence marchande, un permis de circulation, ou n'importe quel autre document justifiant ta présence sur ces terres ?

Mira se retourna. Malgré la distance, elle distinguait parfaitement la scène. Pour toute réponse l'inconnu, drapé dans une longue cape sombre, lui glissa trois pièces d'or, plus épaisses que la normale remarqua Mira, dans la main et échangea quelques paroles avec lui. Après un rapide coup d'oeil aux pièces d'or, les trois gardes s'écartèrent vivement. Mira haussa les sourcils. Cet individu devait être bien menaçant ou bien convaincant pour réussir à soudoyer les guerriers de Thrall. Elle allait se détourner quand elle remarqua que la mystérieuse silhouette fit un signe presque imperceptible de la main au buissons environnant. Presque immédiatement, un faible bruissement résonna dans les plantes. Cette fois, les sourcils de Mira se froncèrent. Reculant dans l'ombre d'une maison, elle attendit l'inconnu. Quand il passa à sa hauteur, elle remarqua dans sa démarche quelque chose de familier. Elle était sûr de l'avoir déjà vu quelque part. Mais où ? Le Fléau avait dû endommager sa mémoire plus qu'elle ne l'avait cru. Maudissant les Morts-vivants et leurs techniques de ralliement trop brutale, Mira reprit le chemin de la taverne.

A cette heure, Mira remarqua que le soleil devait s'être levé depuis longtemps. Levant la tête, elle s'aperçut que de gros nuages gris-noirs couvraient entièrement le ciel. Secouant la tête en signe de dédain, elle poussa la porte de L'Orc buveur. Plusieurs marins achevaient leur nuit à la taverne, d'autre recommençait à boire. Cherchant son employeur des yeux elle ne le trouva que difficilement, dans la partie la plus sombre du bâtiment. Elle s'assit dans la chaise lui faisant face avec un grâce féline qu'elle ne se connaissait pas. La silhouette pris immédiatement la parole.

-As-tu trouvé ce que je t'avais envoyée chercher ? demanda-t-elle d'une voix grave et menaçante.

Décidément, songea Mira, cet employeur avait tout pour déplaire : pressé, brutal, et de plus, Mira sentait dans son regard une hostilité grandissante envers elle. Avec un regain de nonchalance sadique, elle sortit lentement l'amulette de sa tunique, et la posa sur la table. Elle retira vivement la main, car l'homme, si c'en était un, venait de saisir l'objet en poussant un ricanement sinistre. Dans ses mains, l'objet émit un sifflement ainsi qu'une douce lumière dorée. A cette lueur, Mira aperçut nettement les traits de son employeur et reconnut les signes de corruption du Fléau. Mira se releva vivement, consciente qu'elle venait d'apporter son aide à un agent du mal.

-Bon. Finissons-en ! dit-elle de sa voix douce et résonnante. Vous avez eu ce que vous vouliez, payez-moi.

-Désolé, chasseuse de primes ! dit la silhouette se levant à son tour. Mais l'existence de cet objet doit rester secrète. Vous représentez un danger. Je suis navré de vous dire que vous avez fait votre temps, créature de l'ombre !

Percevant un raclement de chaise derrière elle, Mira se retourna...et esquiva de justesse un sournois coup de dague. Dégainant à son tour ses deux armes blanches, Mira détailla ses quatre adversaires, tandis que son mystérieux employeur se dirigeait vers la porte de derrière. Celle-ci vola soudain en éclat, attirant l'attention de Mira, de ses agresseurs, ainsi que de tout les clients de la taverne, dont certains hésitaient à prendre part à la future bagarre. Quatre autre silhouette rentrèrent précipitamment par la nouvelle ouverture, alors que l'employeur anonyme battait en retraite vers le milieu de la pièce, où un client, désireux de prendre part à l'amusement, abattit brutalement sa bouteille encore pleine sur sa tête. La silhouette s'écrasa par terre, assommée. Parmi les quatre silhouettes, Mira reconnut immédiatement l'individu aux pièces d'or. Deux de ses compagnons, étaient plus petit et armés de fusils. Le quatrième était encore un peu plus petit, mais beaucoup plus large. La plus grande hurla d'une voix grave :

-Ce sont eux ! Abattez-les sur-le-champ !

Les fusiliers levèrent promptement leurs armes et firent feu rapidement. Deux des agresseurs de Mira s'écroulèrent, touchés respectivement au torse et à la gorge. La petite silhouette poussa un rugissement, que Mira reconnut comme le rugissement d'un Ours, et s'élança, décapitant proprement un troisième assaillant. Ne voulant pas être en reste, Mira tourna sur elle-même, et trancha la gorge du quatrième agresseur. La plus grande silhouette tourna son regard vers l'employeur de Mira, qui avait retrouvé une partie de ses esprits. Mira en fit autant et vit distinctement son employeur cogner son poing contre sa poitrine.

-NON !!!

L'inconnu aux pièces d'or s'élança vers le corps du serviteur obscur. Lorsqu'il l'atteignit, la créature ricana, puis de la mousse s'échappa de sa bouche. La grande silhouette s'écarta vivement tandis que la peau de la créature se rétractait sur son squelette et qu'une fumée nauséabonde s'élevait. La fumée dissipée, la grande silhouette plongea rapidement la main dans les vêtements vide et en retira une minuscule seringue dans laquelle restait un peu de liquide bleu iridescent. Poussant plus loin ses investigations, il trouva rapidement un bout de parchemin plié. Il le déplia promptement, et poussa un soupir de soulagement.

-C'est bon, on l'a retrouvé !

Entre temps, Mira avait récupéré discrètement le médaillon, resté près de la porte de derrière, et avait entrepris de fouiller les corps de ses quatre agresseurs dans le but de récupérer une raisonnable compensation. Ayant trouvé une petite bourse contenant une dizaines de pièces d'or, elle la mit dans sa poche, quand la silhouette petite et trapue l'interpella.

-Hé toi ! Pas si vite ! Donne-nous le médaillon, créature de l'ombre !

Pour Mira, ces derniers mots résonnèrent comme une insulte. Saisissant son arc, elle engagea une flèche dans ce dernier sans prendre le temps d'invoquer une Flèche Noire. Avant que les fusiliers ne puissent réagir, elle les avaient déjà dans sa ligne de mire. Les clients, qui avaient suivi la scène avec attention reculèrent.

-Qui est-tu pour me parler ainsi !? J'ai peut-être servi l'ombre, mais c'était involontaire ! Et de plus, c'est du passé !

-Et toi ? renchérit le druide-ours. A qui as-tu volé cet arc elfique ? Les morts ne sont pas dignes de manier de telles armes !

L'arc de Mira était en effet une superbe pièce d'art. Finement sculpté dans du bois de Teel, un arbre rare de la forêt de Silverpine, souple mais résistant, il possédait de plus de magnifiques armatures d'argent ciselé, le tout pour un poids négligeable. A cet instant, les trois Grunts, relevé de leur garde nocturne, entrèrent. Voyant la scène, l'un d'eux s'adressa à la Ranger.

-Mira, tu as un problème ?

-Mira ? Mira Ghostsong ? répéta la grande silhouette avec incrédulité.

-C'est bien moi...Tu m'est vaguement familier...T'aurai-je déjà croisé ?

La silhouette, après quelques secondes d'immobilité, comme si elle ne croyait pas ce qu'elle voyait, éclata de rire. Ce n'était pas un rire moqueur, ni une crise de fou rire. Seulement un rire détendu, soulagé. Mira baissa imperceptiblement son arc.

-Je m'appelle Anakall répondit la silhouette, ôtant son capuchon, et révélant un visage encore jeune aux traits endurcis, de long et épais cheveux noirs, ainsi qu'un bandeau de la même couleur couvrant ses yeux.

Mira soupira à son tour de soulagement, tandis que les souvenirs de son ancien ami, trop longtemps refoulés, remontèrent en elle...A l'époque où elle défendait Silvermoon, Anakall faisait le messager entre les différents villages elfes. Appartenant à l'Ordre des Chasseurs de Démons, il s'était d'abord considérablement fait remarquer lors de la Grande Bataille contre les Démons. A lui seul, il avait tenu le siège de sa ville natale, la cité de Tassaskil, en plein coeur des vertes forêts d'Ashenvale, pendant neuf jours avant que les renforts n'arrivent. Il était presque un héros, mais ce qui devait arriver arriva. On dit toujours que vous finissez par trouver plus fort que vous...C'est ce qui se passa...Le Seigneur des Abîmes Brothorian le blessa grièvement et le tua presque au cours d'un combat qu'on aurait facilement pu qualifier de « déloyal » envers Anakall. Il lui fallut un mois entier pour se rétablir, mois au bout duquel il apprit une terrible nouvelle. Privée de sa présence, sa cité était tombée sous les assauts incessants de la Légion Ardente. La plupart des habitants avaient réussi à s'enfuir, mais la famille entière d'Anakall y était resté. Ce dernier, l'aîné de sa famille, avait ainsi perdu son père, Valuial*, sa mère, Tintalleë*, ses deux frères, Seregon* et Rauros*, ses trois jeunes soeurs, Elerinna*, Elwing* et Isilglin*, et ses trois oncles, Cuthalion*, Fëanturi* et Fëanoro*. Son chagrin avait dépassé les limites les plus extrêmes du supportable. Ses forces s'étaient multipliées sous l'effet de la colère qui l'avait alors animé. Le facteur « danger » s'était éliminé de son esprit. Seul restait le facteur « vengeance »...Il s'était lancé sur les traces de Brothorian et l'avait littéralement balayé, lui, ainsi que toute sa misérable armée, alors qu'ils tentaient d'attaquer une autre cité. L'énergie démoniaque de la Métamorphose avait tellement circulé dans son corps que, sous l'effet de la colère qui l'animait toujours, il avait failli raser la cité elfique proche, les considérants eux aussi comme des ennemis...Sa retenue avait tenu du miracle...
Après cette quête de justice, sa soif de vengeance ne s'était toujours pas étanchée. La culpabilité due aux sentiments d'avoir laissé sa famille mourir, d'avoir en quelque sorte abandonné sa cité en perdant contre Brothorian l'avait conduit à se couper du monde extérieur, conscient qu'il risquait à tout moment de « péter un câble » et de devenir un danger aussi bien pour les autres que pour lui-même, bien que les survivants lui avait assuré qu'ils ne lui en voulaient pas le moins du monde. Sa cité avait été rebâtie, certes, mais il avait senti que sa guérison se trouvait beaucoup plus loin que ça. Ainsi avait-il quitté Kalimdor pour Silvermoon, réduisant ainsi le puissant guerrier qu'il était au simple messager, passif face au danger.

Il avait l'air plus grandiose que dans son souvenir...Peut-être que ces dernières années de guerre l'avait convaincu que la passivité, c'est la mort. Et que le fait de ne plus combattre pouvait l'amener à perdre d'autres choses auxquelles il tenait.. La voix du druide, qui ne paraissait pas convaincue, la ramena à la réalité.

-Montre-nous ta marque. Si elle est authentique, alors nous te ferons confiance.

Mira rangea prestement son arc et remonta la manche droite de sa tunique jusqu'à hauteur de l'épaule, où était tatoué un croissant de lune, avec le nom de Mira autour. Le druide s'approcha lentement, un air d'étonnement et de respect soudain apparut sur son visage. Il murmura :

-La marque des Ranger de Quel'Thalas....Et elle est aussi visible qu'autrefois, malgré la tempête passée...Ton coeur est donc resté aussi pur qu'avant. Pardonne mes paroles injustifiées finit-il en s'écartant doucement.

Mira hocha la tête, tandis qu'un sourire illuminait son visage et qu'elle serrait Anakall dans ses bras, qui lui adressa la parole, dans un murmure.

-Après tout ce temps, on avait perdu l'espoir de te revoir vivante dit-il tandis qu'il étreignait à son tour celle pour qui il avait versé tant de larmes. Mais je m'aperçois avec plaisir qu'on s'est trompé.

-On ne se débarrasse pas de moi si facilement, tu sais ! lui répondit la Ranger, un léger sourire aux lèvres.

Ils quittèrent la taverne, escortés par les fusiliers et le druide, tandis que les trois Grunts tentaient de ramener un semblant d'ordre à l'intérieur de celle-ci.

Quittant le port, Anakall raconta ce qu'il avait vécu depuis le jour où Mira et lui s'étaient trouvés séparés :

-Il y a cinq ans, je revenais à Silvermoon, après avoir livré un message d'avertissement aux villages alentours. Mais je suis arrivé trop tard. J'ai senti la déchéance du Puit Solaire et la corruption régner en Silvermoon. Je me suis caché pendant quelques jours. Puis, j'ai pris un navire d'urgence pour Ashenvale. J'ai compris qu'il fallait que je rattrape le temps perdu - il prononça cette dernière phrase avec une certaine amertume dans la voix, amertume que Mira comprenait parfaitement bien qu'elle ne connaissait pas tous les détails du passé d'Anakall. La-bas, j'ai aidé à repousser la Légion au mont Hyjal. Puis j'ai eu vent de l'Entrave, structurée par ce qui restait de l'Alliance humaine, mais qui a trouvé de nombreux partisans chez les Elfes de la Nuit. L'Archidruide Stormrage lui-même a envoyé de nombreux combattants, dont moi, se battre pour l'Entrave. Et je pense qu'elle serait heureuse de te compter dans ses rangs.

-Vous battez-vous contre les Morts-vivants ?

-Exactement, sur les terres de l'est c'est-à-dire à Lordaeron et Azeroth. Nous disposons également de petites bases d'explorations à Northrend, tandis que Thrall et ses forces s'occupent de maintenir l'ordre dans les Barrens. Mais c'est surtout la Déchue qui nous donne du fil à retordre.

-La Déchue ? interrogea Mira.

-C'est Sylvanas qu'on appelle comme ça dit Anakall avec un air sombre.

-Pourquoi l'appelez-vous comme ça ?

-Elle nous a tous trahi. Il lui est arrivé la même chose qu'à toi ; Arthas l'a corrompue et écrasé sa volonté, mais elle s'est libérée, tout comme toi. Mais elle se souvenait des souffrances qu'Arthas avait infligé à son peuple et elle en a fait une affaire personnelle. Elle exploite désormais ses propres troupes de morts-vivants et tue n'importe qui lui résistant. Humain, Nains, Elfes, Orcs ! Même des Morts-vivants !...Elle ne fait plus la différence. Sont unique but est de tuer Arthas, et quiconque s'oppose à son règne.

-Elle a même réussi à rallier un Nathrezim à sa cause ! renchérit un des fusiliers. C'est dire si elle est dangereuse !

-Je vois. Au fait, que faisiez-vous au port ?

-J'ai été chargé par Nilas Arcanister, un Archimage de Stormwind qui a rejoint l'Entrave, de venir à Kalimdor pour escorter le convoi naval des troupes que la Prêtresse Tyrande et le druide Furion nous envoient et par la même occasion de recruter d'autres guerriers.

-Qui d'autres vous soutient ?

-Jaina Proudmoore en personne nous fournit des provisions et quelques navires de guerres à domicile via la Marine de Kul Tiras, les Elfes de la Nuit d'Ashenvale nous envoient des plantes que nous traitons sur place faire des médicaments, le Chancelier Lirias Chilar de Stormwind nous approvisionne en matériel militaire, et Ironforge nous fournit les métaux nécessaires pour nos armes. Le Paladin Fynar Melvad, ainsi que le Mage de Sang Tanin Hawkwing, ont également rejoint l'Entrave et apportent leurs connaissances et matière de combat ou de sciences de la magie.

-Et les Orcs ?

-Thrall nous a prévenus qu'il avait besoins de ses troupes pour maintenir l'ordre sur les terres d'Orgrimmar. Je le comprends très bien. Néanmoins, de cette façon, nous sommes sûrs de ne pas nous faire attaquer par derrière, car trois bases de Morts-vivants, dont un avant-poste, sont en action sur ce continent.

- Ah ! Au fait, tu voulais récupérer ceci...dit Mira en sortant le médaillon.

-Oui, merci dit Anakall, sortant à son tour le bout de parchemin. Tiens, on est arrivé.

Mira releva la tête. Ils étaient arrivés devant une grande bâtisse où étaient amarrés plusieurs zeppelins. Soulagée à l'idée que le voyage vers le port d'Ashenvale allait être moins long que prévu, Mira s'assit avec ses compagnons sur un rocher, non loin du laboratoire gobelin, tandis qu'Anakall, assis un peu plus loin, examinait le médaillon et le parchemin. Le druide-ours prit la parole :

-Je vais voir si le zeppelin est prêt.

Puis il disparut dans la bâtisse. Mira interrogea un des fusiliers.

-Qui était cette créature à la taverne ? Et quel était ce produit bleu ?

-Un assassin ! répondit Anakall de loin. Il a tué trois druides d'Ashenvale lors de son passage sur ces terres. Je pense qu'il cherchait ceci dit-il en montrant le médaillon. Il a été émis par un orfèvre de Theramore, qui n'a pas gravé ces étranges figures géométriques au dos. Par contre, je ne sais pas comment il est entré en possession des Nécromanciens dont tu t'es occupée cette nuit. Le produit bleu, c'est de la scopolamine, un poison violent. Il se l'est injecté avant qu'on puisse l'interroger. C'est classique... dit-il, reportant son attention sur les mystérieux symboles.

-Tu arrives à déchiffrer ces sigles ? s'étonna Mira.

-Bien que je sois devenu un guerrier, j'ai toujours le savoir d'il y a quelques années. Il s'agit de fragments de la formule d'une molécule. On l'a appris par un petit groupe de Morts-vivants, à Lordaeron.

-Ils étaient terrifiés !! annonça joyeusement un fusilier. Ils ont parlés bien vite !

-Et ils nous on dit qu'un voleur s'était infiltré dans leur base, et leur avait volé leur formule. Au début, on a cru à une formule magique, mais c'était une formule chimique. A mon humble avis, la production de la formule est répartie en plusieurs cellules de chercheurs, disséminées à l'est et l'ouest . Puis, chaque cellule envoie son résultat à la Déchue, puisque c'est elle qui commande ces pourris, aussi bien à l'est qu'a l'ouest. Si seulement on pouvait s'infiltrer dans sa base, songea t il, on pourrait savoir ou ils en sont de leurs recherches, et quelle sorte d'organisme ils nous mijotent....

-Ou se trouve sa base ? demanda Mira.

-A proximité des Clairières de Tirisfal, sous Lordaeron ! répondit un fusilier en lui tendant une gourde d'eau. Elle l'a nommée Undercity. Drôle de nom, si tu veux mon avis.

Un instant, il sembla à Mira que les sombres nuages s'écartèrent pour laisser passer un peu de soleil. Levant la tête, elle fut frappée d'une brève mais intense lueur qui l'éblouit. Fermant les yeux, elle sentit un léger picotement parcourir son corps pendant une fraction de seconde. Les rouvrant immédiatement, Mira ne ressentit plus nulle trace de cette sensation bizarre, et ne vit aucune marque de la brèche dans les nuages, qu'elle avait crue voir. Se demandant si cela avait été un effet de son imagination, elle regarda ses compagnons qui ne semblaient pas s'être aperçus de cette réaction. Il sembla pourtant à Mira qu'Anakall s'était immobilisé brusquement, avant de reprendre la lecture de ses documents.

-Alors, Anakall...Ca veut dire quoi ce que tu vois ? demanda l'autre fusilier tandis que Mira buvait une longue gorgée d'eau.

Se concentrant à nouveau sur les objets qu'il avait en main, Anakall répondit.

-La liaison au dos du médaillon indique une association carbo-élastomère avec liaison azote intégrée**. Donc sa molécule résistera au feu. Et sur le parchemin, c'est une triple liaison ascorbico-formique oxydable rapidement**. Ca signifie que la molécule ne survivra pas longtemps à l'air libre**. Ca me rassure un peu, mais pour en savoir plus, il faudrait se rendre à Undercity...

-On pourrait peut-être en reparler une fois arrivés sur le continent, non ? proposa le druide-ours qui venait de revenir. Le zeppelin est paré, on peut y aller quand vous voulez.

Les cinq compagnons se dirigèrent vers l'intérieur du hangar. Le zeppelin décolla bientôt, mettant le cap sur le nord de Kalimdor.


*: Valuial : « Pouvoir du Crépuscule » (composé de Val : pouvoir, et Uial : crépuscule)
: Tintallëe : « Dame des Etoiles Etincelantes»
: Seregon : « Sang de Pierre »
: Rauros : « Grondement d'Ecume »
: Elerinna : « Couronnée d'Etoiles »
: Elwing : « Pluie d'Etoiles »
: Isilglin : « Eclat de Lune » (composé de Isil : lune, et glin : éclat)
: Cuthalion : « Arc de Fer »
: Fëanturi : « Maître des Esprits »
: Fëanoro : « Esprits du Feu »
Toutes ces références sont tirées de l'Index des Noms et des Appendices du Silmarillon, par J.R.R. Tolkien.

** : Totalement inventé pour les besoins du récit ;)
A l'autre extrémité du continent, en bordure de la Mer Voilée, au milieu d'un profond cratère, la sphère d'hébergement se mit à grossir. Après que quelques petits éclairs aient couru à sa surface, elle éclata, projetant ses morceaux dans tout le cratère. La Sentinelle émergea de la fumée résiduelle. Son blindage quantique, noir avant son voyage, avait légèrement grisé sous l'effet de la chaleur dégagée lors de l'impact. Flottant à quelques centimètres au-dessus du sol, la Sentinelle sortit de cratère et entreprit de tester ses fonctions. Chacun de ses membres bougea l'un après l'autre. Apparemment satisfaite, elle s'approcha d'un gros rocher, qu'elle fendit en deux de sa hallebarde. S'immobilisant, elle envoya un bref rapport vers la Forteresse de Dalnor. Puis sentant la présence d'êtres vivants approcher à grande vitesse, elle activa son camouflage, puis s'éloigna rapidement vers le nord, filant au-dessus des terres arides des Barrens.

Lorsque l'escadron de Wyvernes, envoyé par Thrall pour enquêter sur cette inquiétante arrivée, se posa près du cratère, la Sentinelle était déjà loin. Mettant pieds à terre, les Chevaucheurs du Vent explorèrent le gigantesque entonnoir. Deux chevaucheurs étaient accroupis au milieu. Le chef s'approcha.

- Vous avez trouvé quelque chose ? demanda t il de sa voix grave et puissante.

Les deux guerriers se redressèrent.

- Oui, Capitaine. L'impact a été provoqué par un objet sphérique. Regardez.

En effet, l'endroit où la sphère avait reposé était complètement lissé.

- C'est bien beau mais ça ne nous avance pas tellement ! répondit le capitaine.

Le second chevaucheur pris la parole.

- Capitaine ! J'affirme avec certitude qu'il y a eu explosion !

- Vous êtes sympa, mais on s'en est déjà aperçu la nuit dernière !

- Ce n'est pas ce que je voulais dire ! Je dis qu'il y eut impact, puis explosion. Regardez la couche de terre inférieure : elle est plus sombre. Or on retrouve des fragments de cette même terre à l'extérieur. Lors de l'impact, la couche de terre supérieure, plus claire, a été éjectée sur le pourtour. Mais maintenant, on retrouve de la terre inférieure sur la terre supérieure.

- Et qu'est-ce que vous faites de ça ? demanda le capitaine qui commençait à être intéressé.

Après un instant de silence, le premier chevaucheur répondit.

- Certaines météorites contiennent des gaz explosifs. Peut-être que...

- Dans ce cas elle aurait explosé dans l'air ! renchérit le second.

Alors qu'ils discutaient, un troisième chevaucheur s'approcha.

- Excusez-moi, Capitaine. Nous avons terminé d'explorer le cratère. J'ai trouvé de nombreux fragments de métal carbonisés, donc non identifiables. Mais ce morceau semble avoir été épargné fini t il en montrant la pièce de métal qu'il tenait à la main.

Le capitaine la saisit doucement. Bien que les bords aient été tordus, on devinait qu'il faisait autrefois parti d'une sphère assez grande. Sur la partie interne, on distinguait de minuscules rayures. Le capitaine s'adressa au second chevaucheur.

- Selon vous, à quand remonte l'explosion ?

- La terre éjectée semble encore relativement fraîche...Je dirais environ une demi-heure.

Le capitaine réfléchit quelques instants.

- C'est bon. Ecoutez-moi !!

Tout les chevaucheurs s'approchèrent.

- Vous allez rester ici ! Je vais rentrer à Orgrimmar prévenir le Chef Thrall, et je vous enverrais des Kodos avec du ravitaillement ! Je veux une surveillance très étroite du site avec rapports constants ! Au bout d'une semaine de couverture, on avisera. Vous, dit-il à celui qui avait trouvé le morceau de métal, tandis que les autres chevaucheurs retournaient vers leurs montures respectives, vous allez vous rendre rapidement au port d'Ashenvale-est. J'ai entendu dire que des membres de l'Entrave étaient de passage sur le continent. Ils pourront peut-être analyser ce morceau de métal. Dites-leur que nous voulons les résultats le plus vite possible. Cette chose est tombé sur nos terres, nous nous devons d'être prudents. Une dernière chose : soyez rapide, mais discret. Volez le plus bas possible.

-A vos ordres, Capitaine !

Puis il retourna vers sa monture qui l'attendait, et décolla promptement, mettant le cap au nord-est.

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Toujours camouflée, la Sentinelle s'aperçut bien vite que se déplacer à grande vitesse à quelques centimètres d'un sol poussiéreux provoque un nuage qui vous révèle immédiatement. Deux solutions s'offraient à elle : réduire la vitesse, ou augmenter l'altitude. Programmée pour effectuer sa mission dans les plus brefs délais, la Sentinelle opta pour la seconde solution. Elle s'éleva encore un peu plus au-dessus du sol. Le nuage révélateur s'estompa rapidement.

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A des dizaines de milliards de parsecs de là, le rapport de la Sentinelle arrivait sur Draenor. Au troisième sous-sol, Somand, qui s'occupait, avec Akama, de la surveillance de la Sentinelle, vit une série de chiffres et de lettres défiler au-dessus du cristal rouge brillant qui composait la principale partie de l'émetteur-récepteur, ainsi que du générateur. Les contours des continents apparurent également. La zone d'atterrissage, qui avait été explorée et reconnue, apparaissait en affichage tridimensionnel. Le cristal bourdonna doucement pour attirer l'attention de Somand. Voici ce qui s'afficha :

- ATTERISSAGE :
[liste]
[o]ETAT : SUCCES
[o]EMPLACEMENT GLOBAL : KALIMDOR/BARRENS/OUEST/COTE
[/liste]- MISSION :
[liste]
[o]DESCRIPTION : EXPLORATION
[o]ETAT : EN COURS
[/liste]- STATUT GLOBAL DE LA SENTINELLE : PARFAITEMENT OPERATIONNELLE

- DISTANCE SPHERE-PLANETE LORS DE SORTIE DE PORTE : 4 653 KM

- HEURE DE L'IMPACT : 4 HEURES 15 MINUTES 21 SECONDES, HEURE LOCALE

- DUREE DU REFROIDISSEMENT : 3 HEURES 36 MINUTES 56 SECONDES

- DECALAGE TEMPOREL : INEXISTANT

- RETARD DES TRANSMISSIONS : 1,2 SECONDES

- REMARQUES NOTABLES :
[liste]
[o]APPROCHE DE FORMES DE VIE ORGANIQUES DETECTEE 0 HEURES 3 MINUTES 23 SECONDES APRES EXPLOSION SPHERE.
[o]DETECTION DE PUISSANTES FORCES ---> RISQUES D'OBSTRUCTION A LA MISSION ---> DECISION DU CENTRE DE COMPORTEMENT : EFFECTUER RECHERCHE PRELIMINAIRE SUR PUISSANCES, DECISION ANNULABLE
[/liste]FIN DU RAPPORT

Le regard vert brillant de Somand s'étrécit légèrement, tandis qu'un léger sourire illuminait son visage.

- Parfait ! murmura-t-elle.

Se levant, elle quitta la salle, pour aller avertir son maître.
Alors que la Sentinelle s'approchait à grande vitesse de la forêt d'Ashenvale, elle perçut soudain une totale absence de vie sous quelques formes que ce soit vers l'est. Même les Barrens renfermaient une faible et latente forme de vie, mais ce que détectait la Sentinelle était semblable au vide de l'espace. Décidant qu'une reconnaissance prioritaire s'imposait dans ce coin, elle changea de trajectoire. A mesure qu'elle avançait dans cette direction, la terre devenait plus grise, plus triste, plus terne...Soudain, elle détecta une présence qui s'éteignit presque immédiatement, un peu plus loin. Interprétant cet écho comme une menace imminente, la Sentinelle s'immobilisa sur-le-champ. Malgré son camouflage toujours actif, ses plaques de blindage s'entrechoquèrent, produisant un bruit semblable à celui d'un chargement d'armures rouillées qu'on aurait jeté du haut des montagnes de Khaz Modan. La Sentinelle ne percevant pas son environnement immédiat comme la plupart des êtres vivants, elle passa en revue plusieurs spectres d'ondes et de lumières. Elle finit par trouver le spectre adéquat, qui pourtant posait quelques problème de visibilité, car trop imprécis pour distinguer clairement le terrain alentour. Elle distinguait pourtant clairement l'être dont elle avait pressenti la présence, ainsi que beaucoup d'autres échos, plus flous, mais plus concentrés en nombre. Cependant, seule cette manifestation à l'écart l'intéressait, car en plus d'être plus nette, elle émettait une espèce de champ rayonnant, parfaitement visible par ce spectre. Pourtant, manquant d'information sur la nature de ce champ, la Sentinelle décida de rester prudente, et tenta de trouver un moyen d'identifier ce champ tout en restant éloignée, et de pouvoir ainsi continuer sa mission en toute sécurité.

Devant la complexité du problème, le centre du comportement de la Sentinelle mit plusieurs minutes avant de commencer à entrevoir une issue possible. Identifiant une solution réalisable avec les moyens dont disposait la Sentinelle, le centre du comportement la rejeta toutefois, considérant qu'elle aurait pu révéler la présence de la Sentinelle sur ces terres. Trois fois de suite, le centre du comportement trouva la même solution, et trois fois il la rejeta, toujours pour les mêmes raisons. Au bout de la quatrième fois, cependant, vu qu'aucune autre solution n'avait été trouvée, il la valida. Obéissant, la Sentinelle descendit et se mit à couvert des rochers alentours. S'assurant que personne ne pouvait la voir, elle désactiva son camouflage afin de disposer de plus d'énergie pour l'action qu'elle se préparait à accomplir : la partie abdominale de son blindage se mit à rougir, quand une boule de métal en fusion en jaillit. Les deux parties se refroidirent rapidement, tandis que la boule, bien plus petite que la Sentinelle, prenait l'apparence de celle-ci. La transformation terminée, la Sentinelle réactiva son camouflage et reprit son altitude d'exploration, tout en ordonnant à sa réplique miniature, qui elle aussi disposait d'un camouflage sans pour autant bénéficier du même blindage, de s'élancer à grande vitesse sur l'apparition « rayonnante ».

La Sentinelle, ayant enregistré la position de celle-ci, repassa en spectre standard afin de relever avec aisance toutes les sollicitations auxquelles son double serait probablement soumis. Voyant distinctement sa copie s'approcher avec vélocité du point noté, la Sentinelle enregistra nettement le brouillage du camouflage de sa jumelle, ainsi que la disparition de ce dernier. Son fac-similé, désormais parfaitement visible, s'élançait au coeur de la base des Morts-vivants. Avant que la Sentinelle, dont le centre du comportement avait légèrement chauffé en s'apercevant qu'un tel camouflage pouvait être très facilement détecté et contré, ne puisse lancer de contrordre, deux décharges d'énergie provenant des défenses de la base, désintégrèrent sans difficulté le minuscule et frêle objet qui venait de forcer leurs frontières. La Sentinelle nota l'évènement pour en rendre compte dans le prochain rapport. Prenant rapidement une décision, elle décida d'effectuer la reconnaissance de la base par derrière, et tout en restant à distance raisonnable de l'Ombre, qui désormais avait conscience qu'un intrus sortant de l'ordinaire rôdait dans les parages. Décidant d'en finir rapidement avec l'exploration de cette base, la Sentinelle croisa le spectre standard et le spectre de détection, afin de pouvoir être avertie si l'Ombre se déplaçait, et pour repérer efficacement le terrain. Cette opération lui pompa malheureusement une assez grande quantité d'énergie. Se déplaçant donc moins rapidement qu'a l'ordinaire, la Sentinelle reprit son exploration...

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Lorsque le zeppelin transportant Mira, Anakall et leurs compagnons arriva en vue du port d'Ashenvale, quelques heures après le départ du port secondaire de Theramore, le pilote gobelin annonça :

- Destination en vue ! Paré pour atterrissage !

Lorsque Mira avait aperçu les gobelins lors de leur départ, elle avait craint que ceux-ci soient comme leurs congénères, traîtres, fouineurs et sournois. Mais, à sa grande surprise, il n'en fut rien. Au contraire, polis et courtois avec les passagers dont ils avaient la charge, ils semblaient faire de l'excellent travail pour gagner leurs vie, ce qui était plutôt rare chez les gobelins remarqua Mira avec une pointe d'amusement. Alors que le zeppelin entamait sa descente, il fut secoué par une forte rafale de vent. Se retenant pour ne pas tomber, Mira entendit les voix des gobelins dans le poste de pilotage.

- Il y a un début de dérive à l'arrière ! annonça le co-pilote.

- Ouais, je le sens....Ca va secouer !

Puis, il s'adressa d'une voix forte à ses passagers.

- Accrochez-vous bien ! On descend, mais il y a un vent de travers de trente noeuds !

Malgré tout, l'aéronef se posa sans autres problèmes qu'un cordage desserré. Mira descendit avec ses compagnons, et vit qu'une assez grande troupe d'Elfes de la Nuit semblait les attendre. Cinq grands navires de transport, équipés chacun de quelques canons attendaient également dans le port. Alors qu'Anakall se dirigeait vers une grande créature encapuchonnée que Mira avait identifié comme étant Furion Stormrage, et que les fusiliers et le druide-ours rejoignaient leurs compagnons, Mira les suivit, se demandant à quel accueil elle devait s'attendre. Se souvenant encore de la façon dont le druide-ours l'avait abordée lors de leur première rencontre, Mira se dit qu'elle ne devait probablement pas en attendre davantage de ses compagnons tant qu'ils n'auraient pas vu sa marque. Pourtant, curieusement, aucune des guerrières qu'elle croisa ne lui fit de remarque désagréable. A l'inverse, elles semblaient la regarder avec admiration et respect. Sentant que quelque chose lui échappait, elle perçut soudain l'attention de l'Archidruide portée sur elle. Se retournant vivement, elle se retrouva face à lui. Il s'adressa à elle avec un sourire énigmatique aux lèvres.

- Mira Ghostsong, dernière Ranger de Quel'Thalas, bienvenue parmi nous.

Inclinant la tête pour répondre à cette salutation, elle entendit la voix paternelle de l'Archidruide continuer.

- Je te sens un brin troublée... Qu'y a t il ?

- C'est à dire que je m'étais préparée à un accueil plutôt froid, à cause des raisons que vous connaissez sûrement.

- Ah ! Oui, je vois ce que tu veux dire, et la dessus, je vais te poser une question : t'es tu déjà sondée pour connaître ton corps ?

- Je l'ai fait, il y a plusieurs année, lors de ma libération, pour connaître l'étendue des dégâts que le Fléau m'avait infligés. En sentant le vide qui y régnait, je me suis sentie morte pour le restant de mes jours répondit-elle sombrement.

Le célèbre Mage hocha légèrement la tête et dit après quelques instants de silence :

- Je pense que tu seras surprise...

Puis il s'éloigna d'un pas complètement quelconque vers Anakall qui avait suivi la scène. Mira resta un instant immobile, se demandant ce que l'Archidruide avait voulu dire, quand un sifflement lointain mais puissant, qui résonna dans tout le ciel, interrompit sa réflexion. En instant, les Chasseresses, montées sur d'énormes et puissant félins, avaient dégainés leurs Glaives Lunaires tri-lames, tandis que druides et archers se préparaient au combat. Mira, qui avait reconnu le sifflement caractéristique d'une wyverne, leur fit signe de baisser leurs armes. Puis, elle s'approcha d'Anakall et de Furion, désormais en grande conversation. Quelques minutes plus tard, la wyverne atterrissait près d'eux, et le chevaucheur s'approcha, un curieux morceau de métal à la main. Après avoir salué le petit groupe, il s'adressa à eux.

- Mon capitaine m'envoie depuis le site d'impact du météore de la nuit dernière. Nous n'avons rien trouvé, à part ce morceaux de métal et plusieurs autres semblables. Le capitaine souhaiterait une identification rapide du matériau pour savoir à quoi s'en tenir ! dit-il.

Anakall tendit la main.

- Montrez-moi ça.....Hmmmm...fit-il quelques secondes après l'avoir saisi. Je peux déjà dire que ce métal ne vient pas de ce monde. Les Nains sont beaucoup plus expérimentés que moi dans ce domaine dit-il en apercevant les minuscules rayures sur l'intérieur du fragment. Je vais emmener cet échantillon à Dalaran. De la, je le ferais parvenir à Ironforge si personne ne peut m'éclairer à notre base. Nous vous enverrons un messager aussi rapidement que possible. Pour le moment, restez prudent.

Sur ces paroles, le chevaucheur enfourcha sa monture, et s'élança vers Orgrimmar pour y faire son rapport. L'Archidruide s'adressa alors à Anakall et Mira à voix basse.

- Au fait...Avez-vous du nouveau sur cette nouvelle chose concoctée par les Réprouvés ?

- Oui répondit Anakall. Mira nous a permis de récupérer deux fragments de la formule. Le parchemin provient de Lordaeron, et le médaillon d'une des deux bases de Morts-vivants assez grandes pour êtres susceptibles d'abriter un laboratoire de recherche sur ce continent. Logiquement, un troisième fragment doit encore se trouver à Kalimdor.

- D'accord renchérit Furion. Nous continuerons à surveiller la zone, avec l'aide de Thrall. Si nous détectons du mouvement, nous interviendrons.

- Très bien. La nuit tombe constata Anakall, sentant encore les épais nuages gris du matin qui n'avaient pas bougé.

A défaut de voir quoi que ce soit, ses yeux aveugles étant protégés derrière un épais bandeau noir, Anakall avait pourtant développé une vision spectrale extrêmement sensible, et voyait donc des choses que pas même Mira, pourtant surentraînée dans ce genre de discipline, ne pouvait voir.

- Nous allons profiter du soir pour appareiller. Dans quelques jours, nous serons en vue des côtes de Lordaeron ajouta-t-il.

Puis, après avoir salué Furion, Anakall donna le signal d'embarquement. Toutes les troupes montèrent à bord des transports. Trois d'entre eux étaient prévu pour les chasseresses et leurs montures félines, qui prenaient beaucoup de places. Archers et dryades avaient pris place sur le quatrième. Le cinquième était occupé par tous les druides, Mira, Anakall ainsi que les deux fusiliers nains qui l'escortait, bien que ce dernier n'eut probablement pas besoin d'escorte. Alors que le convoi maritime quittait le port, Mira s'était accoudée au bastingage pour réfléchir. Elle en avait bien besoin. Elle voulait éclaircir ce mystère sur les différents accueils que lui avaient montrés ses compagnons Elfes de la Nuit. L'un l'avait carrément insulté, les autres l'avaient respectée et même admirée silencieusement ! Sentant que quelque chose lui échappait, elle se demanda si son ami pourrait lui être d'un quelconque secours. Anakall avait dû capter ses pensées, car il apparut comme par enchantement à côté d'elle.

- La nuit sera douce...dit-il simplement.

Décidant de connaître le fin mot de l'histoire, Mira demanda :

- Dis-moi Anakall...Est-ce que tu ..

- Des questions...Toujours des questions...coupa Anakall avec le soupir exténué de quelqu'un qui a passé sa journée à se battre, ce qui n'était nullement le cas remarqua Mira. Ecoute Mira, je suis très fatigué dit-il en réprimant un bâillement un peu trop lourd pour être honnête. Nous pourrions remettre à demain cet épineux problème...

Se détournant, il finit :

- Je te conseille de prendre la cabine de l'avant pour cette nuit

Puis il se dirigea vers l'arrière du bateau et disparu par l'escalier menant aux cabines. Se demandant pourquoi son ancien compagnon de montrait aussi évasif en cet instant, Mira prit lentement la direction des cabines. Elle remarqua que les druides présents sur le bateau semblaient révérer la nuit. Certains récitaient des prières et des louanges, que Mira compris comme adressée à Elune et Cénarius. D'autres druides commençaient à s'endormir sur le pont. Certains s'étaient métamorphosés, soit pour prendre moins de place, soit pour avoir plus chaud constata t elle après avoir successivement regardé un corbeau perché sur la voilure et un ours écroulé sur le pont. Tous semblaient vouloir absolument dormir dehors. Etant des Elfes de la Nuit, Mira les comprenaient très bien. Suivant le chemin qu'avait pris Anakall, elle descendit et trouva rapidement la cabine qu'il lui avait indiquée. Poussant la porte, elle entra et la referma doucement derrière elle. Dans la pénombre, elle distingua un lit, sur la droite, qui paraissait très confortable. Sur la gauche se tenaient une chaise, une petite table avec une lampe à huile dessus. A côté reposait une armoire avec un ornement de cuivre entourant une espèce de vitre sur sa porte. Un hublot agrémentait la cloison face à la porte. Mira déposa ses armes, arc, carquois et épées, sur le lit, puis alluma la petite lampe.

Une lueur chiche se répandit dans la pièce. A la lumière de cette lampe, elle s'aperçut que la vitre décorée était en fait un miroir, qui d'ailleurs constituait le seul élément remarquable du décor. Malgré tout, Mira se raidit et eu un brusque mouvement de recul. Ce miroir venait de lui rappeler un souvenir particulièrement désagréable...Peu après s'être libérée du joug du Fléau, elle n'avait pas vraiment pris conscience de ce qu'elle était devenue et elle s'était coupée accidentellement avec une de ses armes. Quelques gouttes d'un sang verdâtre avaient coulé de sa plaie. Horrifiée, elle s'était précipitée au bord d'un lac voisin, pour examiner son reflet. Sur le coup, elle n'avait pas cru ce qu'elle avait vu, mais la raison et le temps avaient fini par lui faire admettre la triste vérité, et sa vie s'était effondrée...Revenant à la réalité, Mira s'aperçut qu'elle ne pouvait pas voir son reflet dans le miroir dans sa position actuelle. Soudain, certains évènements récents ressurgirent dans sa mémoire ; la sensation bizarre éprouvée à proximité de laboratoire gobelin, le soudain changement d'attitude des Elfes envers elle, les dernières paroles de l'Archidruide Stormrage...Ce pourrait-il que... ? Refusant de le croire, Mira dût admettre que, malgré tout, une seule explication s'imposait. Prenant une décision, Mira se déshabilla entièrement puis, fermant les yeux, elle s'avança devant le miroir.

Se tournant vers ce dernier, elle fit une rapide prière, puis ouvrit les yeux. Ce qu'elle vit fut très loin de ce qu'elle craignait. Malgré la faible lueur de la lampe, elle eut la surprise de se reconnaître parfaitement, contrairement à la dernière fois. Elle reconnut très précisément les lignes délicieuses et les formes féminines attirantes qui étaient siennes avant sa corruption. Ses longues oreilles, autrefois grises et tristes, se dressaient à présent fièrement sur sa tête, perçant sa douce et longue chevelure couleur or sombre. Ce qui attira aussi son oeil fut la couleur de sa peau : elle s'était considérablement éclaircie, et était quasiment identique à celle des guerrières qui naviguaient sur les quatre autres navires, sauf qu'elle était légèrement plus bleutée. Mira nota avec satisfaction qu'un oeil non-averti aurait pu la confondre avec un Elfe de la Nuit. Puis, elle étudia son regard rouge qui luisait dans la pénombre. Elle remarqua que, sans aucun habits, ce regard n'avait plus un air menaçant mais paraissait plus chaleureux, plus réconfortant. Avec une pointe de coquetterie, elle nota que cette nouvelle couleur de peau et de regard ajoutaient à son charme. Lançant une sonde mentale sur son propre corps, elle sentit avec apaisement la vie abonder dans chacune de ses cellules, et non l'apathie qu'elle avait ressentie lors de son dernier essai. Se sentant soulagée d'un poids immense, elle sentit qu'il lui restait encore quelque chose à vérifier.

Se dirigeant vers son lit, elle pris une de ses épées. Revenue près de la petite lampe, elle se fit une légère entaille au dos de la main gauche. Quelques gouttes d'un sang rouge sombre s'échappèrent. Poussant un profond soupir d'apaisement, elle les porta à ses lèvres et les dégusta, trop heureuse d'être de nouveau elle-même. Puis, après avoir remercié les dieux, elle se leva et s'avança vers son lit, qu'elle débarrassa de ses armes. Jetant un coup d'oeil vers sa marque, elle remarqua avec curiosité que les contours de celle-ci brillaient d'une lueur blanche parfaitement distincte. N'y voyant là que la manifestation des récentes transformation, elle s'enroula dans ses couvertures et s'endormit presque immédiatement, enfin convaincue qu'elle n'appartenait plus au Fléau.

A l'autre bout du navire, Anakall, dont les deux doubles-lames en arc de cercle étaient accrochées au mur, était assis sur sa couchette. Sentant un maelström d'émotions et de soulagement émaner de l'avant du navire, il murmura simplement :

- Enfin...

Puis il s'allongea, et s'endormit.
Mira fut réveillée le lendemain par un soleil éclatant qui s'insinuait par le hublot dans sa cabine. Elle se leva, enfila sa tunique brune, sa cape bleu-noir et ses bottes de cuir, mais laissa l'armure légère sur son lit. S'approchant de la petite table, elle ramassa ses armes et entreprit de les entretenir. Elle commença par observer les fines sculptures de son arc. Aucunes ne semblaient sales. Par contre, la corde avait besoin d'être un peu retendue. Ayant fini cette tâche banale, elle s'occupa de ses épées. Elle avait elle-même fabriqué ces armes de corps à corps. Le résultat était digne des meilleurs forgerons de Stormwind. Rien ne pouvait salir ces lames enchantées sur lesquelles étaient gravées de fines runes elfiques. Mira s'accorda un sourire d'autosatisfaction. Lorsque son estomac gargouilla, elle se rendit compte qu'elle n'avait rien mangé depuis la nuit dernière. Laissant de côté ses armes pour le moment, elle sortit sur le pont. Une grande table était dressée sur ce dernier, sur laquelle reposaient des coupelles de fruits, du pain et des pièces de viandes rôties. Mira mangea ce qu'elle put, puis se dirigea vers l'avant, croisant au passage des druides qui s'entraînaient. Anakall, scrutant l'horizon, se retourna en entendant Mira arriver. Elle le salua et lui demanda :

- Je crois que tu me dois quelques explications, non ?

- Je pense aussi. Demande-moi et je te répondrai.

Mira réfléchit quelques instants, se demandant par quel bout commencer. Finalement, elle demanda :

- Quelle était cette lumière près du laboratoire ? Je suis sûre que tu l'as détectée.

- Oui, je l'ai ressentie. Mais je ne sais pas du tout d'où elle viens. Cependant, cette lumière a révélé la pureté et la puissance de ta marque. Tu l'as sûrement remarquée hier soir, n'est-ce pas ?

- C'est exact, mais ça ne m'explique pas pourquoi les Elfes de la Nuit...

- Tu n'as pas compris ? coupa doucement Anakall. Ils n'ont pas eu besoin de la voir. Ils l'ont ressentie à travers toi. Imagines-tu ce que représente pour eux ? Tu as subi la corruption d'Arthas lui-même, mais tu as réussi à te libérer, et ton coeur, ainsi que ta marque, sont restés tout ce qu'il y a de plus pur. Et maintenant regarde-toi. A part quelques séquelles complètement mineures, si on peut appeler ça des séquelles, tu ne porte plus aucune trace du Fléau en toi. Seule une immense puissance magique est capable de neutraliser aussi rapidement et aussi efficacement la corruption. Pour tous ceux qui combattent les Morts-vivants, tu leur donnes un espoir de liberté, un espoir d'éradiquer la corruption à jamais ! Ton charisme et tes talents nous seraient vraiment utiles.

Mira hocha lentement la tête.

- Et pour le coup du miroir, c'était prévu j'imagine ?

- Oui, j'en ai parlé à Furion quand on est arrivé au port. Ca ne servait plus à rien que tu te torture pour quelque chose qui n'était plus en toi.

- Si je peux vous aider en me joignant à vous, je le ferai. J'accepte ta proposition ! dit-elle avec enthousiasme.

- Tu vas faire sérieusement pencher la balance de notre côté ! Bienvenue dans l'Entrave !

Mira, souriante, ferma alors les yeux et leva la tête vers le soleil, et laissa sa douce chaleur se diffuser sur son visage. Elle ne vit pas la forme ailée lointaine qui reprenait la direction du nord.
Entre-temps, la Sentinelle avait terminé la reconnaissance de deux bases défendue par des Ombres, ainsi que d'une troisième, plus petite, sans Ombre, mais beaucoup plus équipée de structures défensives. A présent, longeant la côte est, elle se dirigeait rapidement vers le port secondaire de Theramore, afin de boucler sa reconnaissance du secteur sud de Kalimdor. Fonçant à pleine vitesse sur le port, la Sentinelle ne jugea pas nécessaire d'effectuer une recherche poussée sur d'éventuelles défenses. Survolant le port silencieusement, mais hâtivement, elle se dépêcha de l'inspecter. Sa reconnaissance finie, elle changea brusquement de direction, s'orientant vers la forêt d'Ashenvale. Elle ne détecta malheureusement pas la balise orc qui, cachée dans un petit bosquet, avait parfaitement enregistré l'image d'une silhouette vaguement humanoïde se déplaçant à une dizaine de mètres au-dessus du sol, filant vers le nord.

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L'après-midi était déjà bien avancée, lorsque qu'une escadrille de gargouilles, en provenance du nord, volant à très haute altitude, croisa la route des cinq navires. Profitant des nuages pour se cacher, elles dialoguèrent entre elles par des sortes de sifflements et de bruits rauques. Après une courte délibération, elles s'interposèrent entre le soleil et les navires avant de piquer vers ces derniers. Camouflées dans la lumière du soleil, elles fondirent vers leurs proies...

Anakall, qui était en grande conversation avec un druide-corbeau, sentit des présences hostiles se rapprocher. Tournant la tête de droite a gauche, il ne vit aucune trace d'ennemis. Sentant les présences de plus en plus proches, il leva la tête. Dans sa vision spectrale s'encadrèrent une cinquantaine de formes ailées, dont les contours tremblaient sous l'effet de la haine qui les animaient. Anakall hurla quelque chose en elfique. Tous les druides, ainsi que les guerrières des quatre autres navires, réagirent immédiatement, tandis qu'Anakall et Mira bondissaient vers leurs cabines respectives pour prendre leurs armes. Ils revinrent sur le pont juste au moment où les archers ouvraient le feu sur les assaillants. Les marins humains descendirent se mettre à couvert. La plupart des gargouilles évitèrent les flèches, mais ce ne fut pas le cas d'autres, qui s'écrasèrent. Les chasseresses ne voulant pas être en reste, certaines d'entre elles utilisèrent leurs Glaives Lunaires comme boomerang meurtrier. Une dizaine d'étoiles de métal tourbillonnantes s'envolèrent vers une petit groupe de gargouilles qui ne s'était pas encore dispersé. Le résultat fut saisissant. Toutes les gargouilles du groupe furent proprement découpées et leurs restes tombèrent dans la mer, tandis que chaque Glaive, légèrement rougis de sang de gargouilles, revenaient vers leurs propriétaires.

Certains druides-corbeaux s'étaient métamorphosés en leur forme animale et harcelaient les gargouilles. Bien qu'ils ne puissent pas causer de grands dommages, Mira remarqua qu'ils esquivaient habilement les coups d'ailes, de serres et de becs des ennemis. Elle vit que certains tentaient de crever les yeux de leurs adversaires monstrueux. A sa grande surprise, un des corbeaux y parvint. La gargouille, ressentant plus de frustration que de la douleur, concentra sa folie meurtrière sur la plus proche présence, un congénère. Les druides-corbeaux qui ne s'étaient pas métamorphosés envoyaient des décharges d'énergies violettes sur les agresseurs, ce qui les blessaient assez profondément. Mira encocha une flèche dans son arc, visa une gargouille qui tentait de s'échapper, et tira. La flèche l'atteignit dans l'arrière du crâne et la tua net. Soudain, Mira remarqua un changement de stratégie chez certaines d'entre elles. La plupart d'entre elles remontèrent et virèrent vers l'un des navires contenant les chasseresses et leurs montures puis s'accrochèrent aux mâts du navire et essayèrent de le faire chavirer. Leur manoeuvre réussit presque. Les chasseresses étaient trop occupées à repousser l'autre moitié du groupe qui attaquait au corps à corps. Mira hurla à son tour un ordre.

Tous les druides-corbeaux pointèrent leurs bâtons vers celles qui tentaient de renverser le navire, puis murmurèrent de courtes paroles. De puissantes charges d'énergie volèrent vers les gargouilles situées en haut des mâts. Les explosions déclenchées les déchiquetèrent, tandis que les archers et les dryades avaient pris pour cibles celles qui harcelaient les chasseresses au corps à corps. Le nombre d'assaillants avait diminué de moitié. Brusquement, toutes les gargouilles restantes semblèrent vouloir passer au corps à corps. Elles se précipitèrent toutes sur le navire qui transportait les druides. Mira saisit l'occasion et abattit trois agresseurs à la suite. Un quatrième l'attaqua verticalement, mais Mira bondit sur le côté et la gargouille s'écrasa sur le pont, assommée mais pas tuée. Les deux fusiliers terminèrent le travail. Les druides-ours semblaient attendre ce moment avec impatience. Mira les aperçut se métamorphoser et sortir leurs griffes. L'un d'entre eux était déjà aux prises avec une gargouille. Elle, était en mauvais état. Lui, paraissait follement s'amuser.

Profitant d'un moment de répit de la part de la gargouille, il s'élança en avant et lui ouvrit le ventre. Les druides-corbeaux n'étaient pas en reste et désorientaient leurs ennemis avec des lucioles qu'ils envoyaient presque continuellement. Les gargouilles, agacées par ces multiples insectes jaunes qui virevoltaient autour de leurs têtes, perdaient tous leurs moyens et ne tardaient pas à périr. Entendant un bruit derrière elle, Mira se jeta de côté et évita ainsi de se faire couper en deux par une aile traître. Malgré tout, le coup d'aile découpa proprement sa légère armure, qui retomba sur le sol, en morceaux et inutilisable. Rangeant prestement son arc, elle dégaina ses épées et engagea le combat avec son adversaire. Bien que Mira fut souple et agile, la gargouille finit par la toucher à la jambe droite. Tombant à genoux, Mira contra rapidement. Tendant la main, elle murmura quelques paroles occultes. L'énergie vitale de la gargouille se dirigea immédiatement vers Mira sous la forme d'un mince faisceau d'énergie verte. Mira sentit sa plaie se régénérer, tandis que la gargouille, trop stupide pour songer à achever Mira, tentait désespérément d'interrompre le flux d'énergie verte. Sans succès.

Se sentant ragaillardie, Mira bondit sur ses pieds et récupéra ses deux épées. D'un bond souple, elle sauta à la hauteur du torse de son opposant et lui trancha les deux ailes. Puis, ignorant le sifflement de douleur de celle-ci, tombée à terre, elle lui planta ses deux armes dans la tête. La gargouille se tut. Regardant autour d'elle, Mira aperçut Anakall en train de jouer à une partie de « viens que je te tranche en deux » avec les deux dernières gargouilles. Se ruant vers l'une d'elle, il la transforma en boucherie. L'autre, voyant que toutes ses soeurs de nichée avaient péris, tenta désespérément de s'enfuir. Anakall rassembla alors ses deux armes devant lui, verticales. Puis, hurlant une brève formule, les runes des deux armes étincelèrent d'une lueur bleue scintillante. Une boule d'énergie crépitante fusa vers la gargouille, qui explosa dans un nuage d'étincelles et de chaires brûlées. A peine fatigué, bien que de la transpiration coulait sur son torse nu, il fit un geste en direction des autres navires. Lorsqu'un chiffre apparut au-dessus de chaque navire, Mira comprit qu'il demandait le nombre de pertes. D'après ce qu'elle voyait, trois chasseresses, une archère et deux druides avaient perdu la vie.

-Nous nous en sommes bien sortis, malgré tout. Nos frères et soeurs morts seront abandonnés en mer cette nuit avec les rituels magiques qui s'imposent dit Anakall avec une légère amertume dans la voix, que Mira partageait aussi. Capitaines ! Reprenez le cap.

Les cinq capitaines et leurs marins, qui s'étaient caché durant le combat, à défaut d'être des combattants, sortirent de leurs abris, et relancèrent les navires. Le vent étant tombé, les druides-corbeaux envoyaient de puissants Cyclones dans les voiles, ce qui faisaient avancer les navires avec vélocité. Lordaeron n'était plus qu'à une semaine et demi de voyage...

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Longeant les Monts Stonetalon, la Sentinelle remarqua que la nuit était tombée. S'arrêtant, elle recensa les récents évènements afin de les inclure dans son rapport, puis l'envoya. La lumière des cristaux rouges lui tenant lieu d'yeux se voila faiblement pendant la transmission. Puis, elle reprit sa course.

Sur sa trajectoire, loin, très loin, l'Archidruide Stormrage, ainsi que sa troupe de guerriers attendaient, guettant le moindre déplacement suspect de la part d'une des bases de Morts-vivants......ou d'un fauteur de trouble invisible.

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La nuit venue, Anakall envoya un druide-corbeau sur chaque navire afin de procéder aux rites funéraires. Chaque druide récita de longues prières, tandis que tous chantaient des louanges. Puis, ils invoquèrent des lucioles qui virevoltèrent lentement autour des victimes, les enrobant d'une douce lumière jaune. Avec d'infinies précautions, ils firent léviter les corps sans vies et les déposèrent à la surface des flots, où ils coulèrent paisiblement vers les sombres abysses, toujours éclairés par les lucioles. Les petites lumières percèrent les eaux pendant quelques minutes, puis disparurent.

- Pourquoi leurs avoir envoyé des lucioles ? demanda Mira à Anakall.

- Pour éclairer leurs chemins vers les Vertes Forêts d'Elune, afin d'éviter que leurs âmes se perdent et disparaissent à jamais... répondit doucement Anakall en passant un bras autour des épaules de sa compagne.

Puis, alors que les druides revenaient sur le navire, il saisit un petit cristal blanc dans une de ses poches, puis entama une brève incantation. Le cristal se mit à luire faiblement.

- Je dois rendre compte des évènements à Nilas...dit Anakall, répondant au regard interrogateur de Mira. La nuit, les nuisances magiques sont plus faible et ça ne devrait pas tarder à....Voilà !

Le visage d'un homme venait d'apparaître clairement au-dessus du cristal, qui brûlait à présent d'un feu intérieur. Mira l'étudia attentivement. Il avait de courts cheveux d'un blanc éclatant, et un collier de barbe parfaitement entretenu de la même couleur, bien qu'il parut encore assez jeune. Son sourire avait quelque chose de mystérieux. Ses yeux, d'un bleu très profond, luisaient faiblement. Ses oreilles légèrement pointues trahissaient ses origines elfiques. Il s'adressa au chasseur de démon d'une voix étonnamment claire.

- Anakall ! Quelles nouvelles ?

- Bonnes et mauvaises...Nous sommes parvenus à réunir quelques fragments de la formule et j'ai réussi à retrouver Mira Ghostsong.

- Ah oui ! La fameuse Exilée ! dit Nilas d'un air approbateur en tournant sa tête vers Mira.

- Par contre, nous avons enduré une attaque massive de gargouille en provenance du nord. Aucune n'en a réchappé, mais nous avons subi quelques pertes continua Anakall.

Le sourire de l'Archimage s'effaça et ses sourcils se froncèrent.

- Infiniment regrettable...Nous les pleurerons quand nous auront vaincus les Réprouvés. De notre côté, nous av... Stormw......eng....la......Lir...Chil....

Soudain, la transmission magique s'interrompit. Le visage de Nilas se tordit et disparut, tandis que des étincelles parasites volaient autour du cristal. Mira recula d'un pas tandis qu'une portion de carte, ainsi qu'une série de sigles inconnus défilaient au-dessus du cristal dont la lueur avait viré au rouge vif. Tout à coup, Anakall poussa un petit cri et lâcha le cristal qui, devenu brûlant, commença à noircir la coque du navire. Vive comme l'éclair, Mira s'empara du seau du marin qui nettoyait le pont et qui observait la scène avec appréhension, et déversa son contenu sur le cristal. Celui-ci grésilla en émettant une fumée acide, puis il redevint inerte. Après s'être assuré qu'il était refroidi, Anakall le prit avec précaution. Le cristal était à présent complètement noir.

- Inutile d'essayer une autre transmission. J'ignore ce qui s'est passé, mais il est hors d'état d'émettre. J'espère que Tanin en a encore en réserve dit Anakall d'un air songeur.

- Alors pourquoi le gardes-tu ? interrogea Mira.

- Peut-être que Nilas pourra tirer quelques choses des restes du cristal, comme une traduction des sigles, où la localisation de la portion de carte.

- Tu ne connaîs pas ces symboles ?

- Pas ceux-là. Si Nilas non plus ne sais pas, on pourra toujours fouiller dans les archives de la bibliothèque. Il est tard, je vais aller me coucher.

- D'accord. Bonne nuit...

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Dalnor était présent au troisième sous-sol lorsque le rapport de la Sentinelle arriva à sa Forteresse. Cette fois, toute la partie sud du continent de Kalimdor apparut en affichage tridimensionnel, ainsi que l'habituel compte-rendu :

LIEU DE TRANSMISSION : KALIMDOR/BARRENS/CENTRE-OUEST/MONTS STONETALON
MISSION : EN COURSàUN QUART DU CONTINENT EXPLORE
MODE : EXPLORATION
ETAT : OPERATIONNELLE
REMARQUES : CONTRORDRE DU RAPPORT PRECEDENTàIMPOSSIBLE EFFECTUER RECHERCHE PRELIMINAIRE SUR PUISSANCES SANS PORTER PREJUDICE A LA MISSIONèDECISION ANNULEE
PROBLEMES RENCONTRES : APTITUDE DES MORTS-VIVANTS A BROUILLER ET DISSIPER LE CAMOUFLAGE GRACE A UN CHAMP RAYONNANT VISIBLE AU SPECTRE DE DETECTIONàRISQUE D'ECHEC DE LA MISSIONèRECOMMANDATION DU CENTRE DU COMPORTEMENT : ANNULER MISSION
FIN DU RAPPORT
...

Lorsque ses yeux parcoururent les dernières lignes, Dalnor fronça les sourcils.

- C'est quoi cette recommandation stupide, Akama ? Pourquoi annuler cette mission ? gronda t il.

Akama répondit calmement mais fermement en fixant Dalnor dans les yeux.

- Je vous l'ai déjà répété. Nous ne voulons pas d'ennui à cause de vos magouilles c'est clair ? Si la Sentinelle peut-être détectée, elle peut être vue. Son blindage n'est pas aussi puissant que vous le pensez. Il peut être assez facilement endommagé. Si ses ennemis identifient le métal dont elle est constituée, ilS remonteront jusqu'à Draenor et mon peuple sera en danger.

Dalnor réfléchit quelques instants.

- D'accord dit-il en soupirant. Toi et ton peuple pouvez partir. Mais d'abord, dis-moi ce que je dois savoir sur la Sentinelle et son générateur, puisque tu ne seras plus là pour la contrôler.

- Vous devenez enfin raisonnable ! Très bien. Il vous suffit de passer les mains près du générateur en transmettant vos ordres mentalement. C'est tout. Vous pouvez aussi dialoguer en temps réel avec elle. Sachez maintenant que lorsque la Sentinelle encaisse des dommages, le générateur doit les restaurer. Pour cela, il travaille pus fort, émet davantage d'énergie et de chaleur. Si elle venait à perdre trop d'énergie, le générateur devra dégager une infinie quantité d'énergie.......et détruira la forteresse. Pour éviter cela, si vous sentez que le cristal principal va exploser, coupez la liaison avec la Sentinelle. Cela entraînera l'émission d'un signal d'autodestruction vers la Sentinelle, puis désactivera le générateur. Définitivement.

- Très bien. Adieu.

Sur ce, Akama disparut par la porte de la salle, suivi des yeux par Dalnor et Somand.
Une semaine passa. Le huitième jour, alors qu'elle effectuait ses exercices matinaux sur le pont, Mira s'aperçut que le temps avait beaucoup changé depuis le départ de Kalimdor. Les nuages étaient bas et l'air était froid et humide, ce qui n'était pas le plus agréable. Sentant son ventre gargouiller, elle finit rapidement ses mouvements de gymnastiques avant de descendre dans le mess pour prendre un petit déjeuner. La plupart des druides étaient déjà là, et discutaient plaisamment. S'asseyant à table, Mira se servi un généreux morceau de viande, appartenant aux gargouilles de la semaine dernière. Les marins avaient eut la bonne idée de découper les créatures ailées pour récupérer la viande. Mira mangea jusqu'à satiété. Pendant ce temps, un druide-corbeau, vraisemblablement épuisé, venait d'arriver dans le mess, accueilli avec allégresse par les autre druides.

- Ah ! Te voilà enfin ! Alors, on arrive quand ? demanda un des druides-ours, tandis qu'il s'asseyait à table.

- Si l'allure se maintient, on arrivera en vue des côtes de Lordaeron demain matin répondit-il en se servant une coupe de vin.

La nouvelle fut perçue avec joie. Puis, leurs repas finis, les druides se levèrent l'un après l'autre pour vaquer à leurs occupations respectives.

Les Monts Stonetalon étudiés, la Sentinelle s'approchait d'Ashenvale. Ayant senti le changement de « contrôleur », sur Draenor, la Sentinelle devait s'habituer à ces nouveaux types d'ordres. Il en résultait une attention moins grande de sa part. Si bien qu'elle ne sentit que trop tard l'énorme mais calme puissance qui se dressait sur son chemin...

Furion Stormrage, qui attendait avec une escouade de chasseresses un éventuel mouvement des Morts-vivants, sentit une distorsion dans les courants magiques environnants et s'immobilisa. La chouette d'une des chasseresses tourna ses yeux vers le sud et poussa un vague hululement d'inquiétude. Seules des oreilles elfiques pouvaient détecter ces multiples nuances sonores. Aussitôt, toutes les guerrières et le druide furent en position.

- Par où ? Par où ? demanda précipitamment Furion en empoignant son bâton.

- Dans cette direction ! répondit la chasseresse en pointant son bras dans la direction de la Sentinelle.

Furion pointa son bâton dans la direction indiquée et récita des paroles elfiques. Une puissante charge d'énergie magique fusa vers la Sentinelle.

Celle-ci, qui s'était arrêtée pour analyser l'ennemi ne réagit pas assez vite. La charge la percuta de plein fouet. Son camouflage disparut pendant quelques secondes, assez pour permettre à la troupe de voir à quoi elle avait affaire. Dirigée par un nouveau maître, plus puissant que l'ancien sage Draenei, la Sentinelle éprouva le besoin de riposter un bon coup. Trop tard. Une deuxième charge la frappa.

A la Forteresse, le générateur de puissance siffla en chauffant.

- Que se passe-t-il ? s'alarma Somand.

- La Sentinelle perd de la puissance répondit Dalnor en passant en vue directe.

Sur le cristal apparut ce que voyait la Sentinelle.

Elle riposta rapidement. Ses yeux rouges lancèrent deux éclairs vers une chasseresse. La monture agile de cette dernière esquiva de justesse tandis que les éclairs meurtriers disparaissaient en provoquant une énorme explosion au loin. Puis, son camouflage réactivé, elle reprit rapidement le chemin d'Ashenvale, en essayant de semer ses poursuivants.

POURSUIVEZ L'INTRUS !!!! tonna Furion en enfourchant le cerf magnifique qui lui servait de monture tandis que les chasseresses le suivait.

La troupe s'élança au galop dans le sillage de l'intrus. Elle ne remarqua pas le petit convoi de Morts-vivants qui passait discrètement en contrebas de la falaise, se dirigeant vers un port clandestin sur la côte est...

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Lorsque le sorcier-docteur responsable de la pose de la balise près du Port Secondaire reçu de celle-ci un message urgent, il se hâta. La première chose à laquelle il fut confronté fut de retrouver l'emplacement de la balise. Tâche qui aurait été presque impossible pour des guerriers Orcs, qui frappaient d'abord et posaient des questions ensuite. Cependant, contrairement aux apparences, il la retrouva rapidement. Il passa ses mains au-dessus de la sphère qui faisait office d'oeil. Presque aussitôt, l'image d'une silhouette vaguement humanoïde se forma au-dessus. Réprimant un frisson, le sorcier se dépêcha de retirer la balise avant de la remplacer, puis il reprit la direction d'Orgrimmar, afin de prévenir le chef Thrall...

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Arrivant enfin en vue des multiples forêts du nord de Kalimdor, la Sentinelle prit de l'altitude afin de poursuivre sa mission dans les meilleurs délais. Ses poursuivants étaient depuis longtemps semés. Survolant les forêts, la Sentinelle détecta de nombreuses cités d'Elfes de la Nuit, cachées dans les profondeurs des arbres. N'en tenant pas compte, elle continua son exploration.

Après deux heures de périple, la Sentinelle arriva en vue d'une forêt ravagée et pourrie. Sentant que son maître pourrait être intéressé par cette découverte, la Sentinelle descendit et s'arrêta au milieu de ce havre de désespoir et de corruption.

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Au même instant, sur Draenor, Dalnor sursauta en sentant la corruption de la Légion Ardente qui émanait du cristal. Se ruant sur ce dernier, Somand à ses cotés. Il contempla ce spectacle déplaisant, mais réjouissant pour les Démons.

-Enfin !! s'exclama Dalnor. Felwood !...Une des grande victoire de la Légion !! Même maintenant, il ne peuvent pas enrayer la corruption qui se dégage de cette forêt ! L'écosystème du bois à été fortement détérioré, donnant naissance à des créatures qui se rapprochent des Démons ! Si nous pouvions les contrôler, nous pourrions reprendre la conquête de ce monde pitoyable ! Sens-tu la puissance qui émane de ce lieu ? demanda Dalnor qui ressemblait plus à un dément qu'a un Seigneur de Guerre. Somand remarqua que ses yeux avaient viré au rouge vif.

-Vous devriez rediriger la Sentinelle sur sa mission...fit judicieusement remarquer Somand qui se sentait de plus en plus mal à l'aise aux cotés de Dalnor.

Sans pour autant se calmer, Dalnor passa les mains près du cristal. L'image se remit à bouger, s'élevant dans les airs, puis s'élança de nouveau vers les lointaines Contrées de la Nuit, comme Teldrassil et Darnassus. De son côté, Somand commença à percevoir les raisons pour lesquelles feu Artus avait trahi Dalnor. La légion n'était donc qu'un amas de créatures bestiales, misant plus sur la force pure que sur l'intelligence. Pas étonnant qu'Archimonde ait été détruit...Elle quitta la salle, consciente que le moment de prendre une décision approchait. Dalnor ne la remarqua même pas, ses yeux rouges toujours rivés sur le cristal dans l'espérance d'un autre nid de corruption...
Lorsque enfin le convoi maritime arriva en vue des côtes de Lordaeron, Mira s'aperçut que le temps n'était pas avec eux : une brume épaisse était tombée sur la côte et un vent puissant soufflait en rafale. Les capitaines des cinq navires avaient réduit la voilure au maximum, tandis qu'ils s'approchaient lentement du minuscule port. C'était d'ailleurs un bien grand mot pour désigner le simple ponton qui avait vu passer des milliers de voyageurs. Anakall fit un signe de tête au capitaine de son navire. Ce dernier empoigna un porte-voix et cria :

-Les druides débarquent en premier, les chasseresses débarqueront ensuite, puis viendront les archers et les dryades !!

Lentement, le navire d'Anakall et de Mira s'approcha du ponton.

-Un peu plus près.....Jetez l'ancre !

Le navire s'immobilisa bientôt. Les druides descendirent en compagnie de la Ranger et du Chasseur de Démons. Les quatre autres navires firent descendre leurs occupants sans encombres. Anakall régla rapidement la question financière de deux cents pièces d'or pour chaque capitaine. Leurs navires respectifs repartirent bientôt. Anakall prit la tête du groupe avec Mira.

- Bon. Soyez prudents, on a encore du chemin à faire avant Dalaran. L'éventualité d'une embuscade est toujours à caindre. Surtout, faites silence !

Ils se mirent en route. A mesure qu'ils s'éloignaient des côtes, le vent devint plus doux et moins puissants. La brume se dissipait également, mais le ciel était toujours voilé. Après avoir marché dans les landes plates des bords de mer, ils entrèrent dans la forêt de Silverpine. Mira se souvint avec mélancolie du jour où elle était venue dans ce bois pour confectionner les manches de ses épées. Elle s'aperçut aussi qu'elle avait oublié que, malgré la corruption du Fléau, Lordaeron restait une magnifique région, surtout en arrière-saison. Les arbres prenaient une admirable couleur rouge qui contrastait agréablement avec le ciel bleu, quand il y en avait. Un bruit lointain sortit Mira de sa contemplation.

- Anakall...

Ce dernier avait ses mains crispées sur les poignées de ses lames.

- J'ai entendu, oui....Mais nous sommes vulnérables tant que nous sommes dans la forêt. Essaye de faire semblant de n'avoir rien entendu, il ne faut pas qu'« ils » le sachent, qui que ce soit...

Le bruit retentit un peu plus fort, cette fois-ci. Cette fois, tous les félins des chasseresses tournèrent la tête vers l'origine du son et se mirent à grogner. Mira pris une flèche dans son carquois et passa deux doigts sur la point de celle-ci, qui se mit à briller faiblement d'une lueur violette. Anakall avait dégainé ses armes. Soudain, des éclats de voix se firent entendre, plus loin.

- Espèce d'abruti ! Quand on sait pas piloter un gyrocoptère, on passe plus de temps en terrain d'entraînement !

- Mais c'est la faute de cette stupide gargouille ! Elle m'a foncé dessus, et mes canons étaient vides ! Qu'est ce que je pouvais faire d'autres à part dégager ?

- Et bien sûr, Nun, tu as choisi de dégager par la gauche, autrement dit sur mon engin, au lieu de dégager par la droite, hein ?

Anakall fit signe de continuer doucement. Après quelques minutes de marche très lente et très précautionneuse, ils finirent par arriver en vue d'une petite clairière où étaient posés deux gyrocoptères, dont l'un semblait avoir quelques petites difficultés techniques. En effet, son moteur arrière était sérieusement endommagé. Les deux pilotes nains, dont les visages étaient couverts de résidus noirs sauf autour de leurs yeux, à cause de leurs lunettes, ne semblaient pas s'être aperçut de la proximité de leurs alliés, mais parlaient pourtant fort.

- Et pour comble de misère, on a dû atterrir au milieu de cette fichue clairière en plein Silverpine. Si jamais des Morts-vivants nous trouvent, je ne donne pas cher de notre peau...continua celui à qui appartenait l'appareil endommagé.

- Tu...tu es sûr, Marok ? demanda l'autre qui semblait assez terrorisé.

Mira, ainsi que tous les autres guerriers rangea son arc en poussant un soupir de soulagement. Anakall, de son côté, bien qu'il rangeât ses armes lentement, ne semblait pas convaincu.

- Mais ils sont inconscients ou quoi ? Pourquoi parlent-ils aussi forts ? Ils savent pourtant que des Morts-vivants rôdent dans les parages ! chuchota t il à Mira.

Malgré tout, il fit signe à la troupe d'avancer.

- Et voilà ! Bon, c'est pas magnifique, mais au moins ça tiendra jusqu'à Dalaran annonça le pilote qui réparait son appareil.

- Attends...dit l'autre pilote. Je crois que j'ai entendu du bruit dans les buissons...

Marok, qui était devenu un peu inquiet, se pencha rapidement sur son engin et démonta son canon droit en un temps record. L'empoignant, il la pointa sur la futaie.

- Qui va là ? demanda t il, le doigt crispé sur le mécanisme de détente.

- Ca va, c'est moi dit Anakall en s'avançant.

Les deux nains se détendirent.

- Anakall ! Et les renforts ! Vous nous avez fichus une sacré frousse, vous savez...Figurez-vous que...

- Je suis au courant répondit celui-ci d'un ton passablement désagréable. Apprenez que si nous étions des agents du Fléau, vous seriez déjà morts ! A l'avenir, soyez plus discrets compris ?

Les deux pilotes hochèrent la tête vigoureusement

- A propos, Nilas veut s'entretenir avec Mira et vous dés votre arrivée... dit Nun en remontant à bord de son appareil, tandis que Marok remontait son système d'armement.

- Ca ne m'étonne pas tellement, vu ce qu'il s'est passé. Allez lui dire qu'on arrive.

Sur ce, les renforts reprirent la direction de Dalaran, tandis que Marok et Nun remettaient leurs engins en marche. Ces derniers étaient équipés de deux moteurs pour la direction et la sustentation, et d'un plus gros pour la propulsion, ainsi que de deux canons gros calibre et d'une soute à bombe. Les ingénieurs qui les avaient conçus avaient renoncé à leurs mettre des ailes, afin de ne pas gêner les manoeuvres en combat rapprochés. Même si l'engin était bruyant, le pilote était protégé d'attaques aériennes de corps à corps venant du haut par les hélices, qui pouvaient très facilement découper un inopportun. Après quelques minutes, les deux engins s'élevèrent de la clairière et prirent la direction de Dalaran.
Lorsque les renforts arrivèrent à Dalaran, Mira remarqua que la cité avait été complètement reconstruite. Beaucoup de créatures aériennes, ainsi que des gyrocoptères patrouillaient au-dessus. La troupe fut accueillie avec joie. Tandis que les Elfes de la Nuit rejoignaient leurs compagnons, Anakall présenta Mira à Nilas, Fynar et Tanin.

- Mira, je te présente l'Archimage Nilas Arcanister, responsable de l'organisation de l'Entrave, le Mage de Sang Tanin Hawkwing, qui entraîne tous les lanceurs de sorts, et...Ah ! Voici le Paladin Fynar Melvad, expert en combat contre la corruption. C'est grâce à lui que nous n'avons que très peu de pertes à chaque affrontement, non seulement grâce à sa Résurrection, mais (il baissa la voix d'un ton de conspirateur) Fynar a aussi de nombreux contacts dans le marché gobelin du coin, ce qui lui vaut d'avoir des Parchemins de Résurrection à prix très bas, vois-tu ? finit-il tandis que le Paladin aux cheveux roux et au yeux marrons saluait la Ranger avec courtoisie.

- Oui, effectivement. C'est ça le seul ennui avec les Parchemins : ils ont une fâcheuse tendance à s'enflammer et à se détruire dés qu'on a lu la dernière syllabe ! dit Fynar. D'ailleurs, tu devrais essayer de faire quelque chose à ce sujet, Tanin. Tu es un expert en la matière, après tout !

- Je t'ai déjà dit que c'est impossible, Fynar répliqua Tanin d'une voix calme. Ce sont des lois que je ne peut changer.

- J'ai cru comprendre que vous entraîniez les lanceurs de sorts ? demanda Mira à Tanin.

- Tout à fait. Certains ne sont pas encore tout à fait au point, et il faut leur apprendre ce à quoi ils sont confrontés en rejoignant l'Entrave répondit le mage aux cheveux blonds. D'ailleurs, vous feriez bien de venir assister à un de mes cours, je suis sûr que ça vous intéresserait.

- Je suis sûr qu'elle le fera avec plaisir mais pour le moment, nous devrions songer à l'installer coupa Nilas. Tark va te montrer votre chambre dit-il en désignant un petit homme âgé et claudicant qui s'avançait vers eux, une lanterne éteinte à la main.

Il avait le regard vitreux et une barbe assez mal entretenue remarqua Mira. L'apercevant, Tark fit un bref signe de tête puis se détourna en marmonnant.

- Encore une tête brûlée...Finirons par porter malheur...

Mira jeta un coup d'oeil en direction d'Anakall, qui lui dit :

- Ne t'en fais pas. Il ne paye pas de mine, mais il est génial.

- Alors !! C'est pour aujourd'hui ou pour demain ? lança Tark d'une voix où perçait une pointe d'impatience comique.

Il était déjà au bout du couloir, et avait allumé sa lanterne. Mira le rejoignit en vitesse.
Tout en marchant, et après avoir échangé quelques mots, avec lui, Mira s'aperçut que, bien que grincheux sur les bords, Tark n'était pas désagréable.

- Vous aurez la chambre d'un ancien apprenti dit-il en descendant un escalier. Il y a tout le confort nécessaire. Nous y voilà.

Il se mit en devoir d'ouvrir la porte avec un clé de cuivre. Mira nota que le couloir se prolongeait, et plongeait d'un coup vers le bas, vers les ténèbres.

- Qu'est-ce qu'il y a par-là ?

Tark tourna la tête.

- Par là ? Si vous êtes fatiguée de vivre, c'est le meilleur moyen d'arriver à vos fins. D'après les livres de la bibliothèque, ce passage conduit aux sous-sols de Dalaran. Les Archimages précédents y auraient entreposés de puissantes reliques, des artefacts, protégées par des sorts puissants, évidemment ! Si puissant que même vos amis ont renoncé à les neutraliser. Mais, il aurait fallu s'en douter, les informations ont filtré et certains des soldats de l'Entrave se sont mis en tête de les déloger des sous-sols.

- Et que leurs est-il arrivé ?

- Je pense que vous préféreriez ne pas savoir, croyez-moi ! Bon, voilà votre clé. Le déjeuner est dans une heure. Bonne journée.

Sur ce, il s'en fut. Mira entra dans la chambre et referma la porte. La pièce était très spacieuse. Un lit bas trônait au milieu de la pièce. Une grande fenêtre donnait sur l'intérieur de Dalaran, d'où elle pouvait voir les principales parties. Retirant ses bottes, elle s'allongea sur le lit et s'endormit.

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Très loin de là, sur les terres rougeâtres de Draenor, assombries par la nuit, une silhouette encapuchonnée quittait discrètement la Forteresse. Se dirigeant vers l'ouest, elle pressa le pas tout en prenant bien soin de ne pas faire trop de bruit. Après deux heures de marche, alors qu'elle s'asseyait un instant pour se reposer, elle sentit un fer de lance coincé entre ses omoplates.

- Ne bouge plus !

Réagissant à la vitesse de l'éclair, elle pivota sur elle-même, arracha la lance de la main de son adversaire et dégaina une courte lame étincelante. Elle se figea une seconde en voyant les traits de son adversaire, c'est-à-dire rien, seconde qui lui fut fatale. Un formidable coup la fit basculer et la mit hors combat. Une créature se matérialisa devant elle. Un Draenei.

- Tiens donc ! Somand ! Dalnor serait-il revenu sur sa décision de nous laisser partir ? Je dois dire que ça ne m'étonnerait pas de sa part !

- Non...Je veux juste parler à Akama...

- Je suis là.

Tournant la tête, Somand aperçut une autre silhouette se matérialiser, plus imposante que la précédente.

- Que veux-tu ?

- Akama, tu dois m'aider. Dalnor a perdu l'esprit. Il est complètement obsédé par la Sentinelle et par la corruption de la Légion. Il la met elle-même en danger.

- C'est bien normal pour un Eredar, non ? La corruption est leur raison de vivre.

- Mais il risque de corrompre tout ce qu'il y a autour de lui. Je ne crains pas la mort, mais je préfère la choisir moi-même.

- Tu veux t'infiltrer dans le générateur de puissance, c'est ça ? Et lui voler le contrôle de la Sentinelle ?

- Tu l'as conçue et réalisé. Personne d'autre ne peut me dire comment je dois faire.

Akama réfléchit quelques instants.

- D'accord. Je dois admettre que l'idée de me faire corrompre par Dalnor est particulièrement déplaisante. Attends-moi ici. Vous deux, continuer à surveiller.

Il revint une heure plus tard, avec une petite bourse.

- Voilà ce dont tu auras besoin dit-il en sortant deux petits cristaux translucides. Ce sont des cristaux-pirates. L'un doit être implanté dans le générateur. L'autre, tu dois le garder sur toi pour pouvoir envoyer tes ordres Tu peux éventuellement passer par le cristal des transmissions de la Sentinelle pour contacter quelqu'un à la surface de la planète. Maintenant, c'est là que ça devient délicat : il s'agit d'implanter le cristal exactement à l'intersection des flux de contrôles principaux. Un fois implanté, il se dissoudra dans le système et personne ne pourra le retrouver ni l'empêcher de fonctionne, sauf si le système viens à faire défaut. Et rappelle-toi qu'ils ne peuvent plus communiquer au-delà d'une certaine distance finit-il en lui tendant les deux pierres.

- Et comment reconnaître ces flux de contrôles ?

- Ca, c'est quelque chose que tu devrais pouvoir faire très facilement.

Somand hocha la tête. Elle allait se détourner quand une main saisie son bras.

- Somand...Tu sais ce qui se passeras si Dalnor découvre quelque chose, n'est-ce pas ?

- Je préfère ne pas y penser. Je ne suis pas idiote au point de me faire prendre, tu me prends pour qui ?

Sur ces paroles, elle reprit la direction de la Forteresse. Akama secoua la tête.

- Impétueuse, comme toujours....

Puis il repartit en direction de son campement.
Mira se réveilla une heure plus tard. Se souvenant des paroles de Tark, elle mit ses bottes et sortit de sa chambre, se dirigea vers la salle à manger. Lorsqu'elle entra, elle vit une grande salle avec une table et cinq places. Un Chasseur de Démons occupait l'une d'entre elles.

- Ah ! Te voilà ! l'accueilli Anakall. Viens et assieds-toi. Les autres ne vont pas tarder.

Mira s'assit. Les bonnes odeurs qui montaient de la cuisine lui donnait faim. Anakall lui adressa la parole tandis que Fynar et Tanin entrait dans la salle.

- La chambre te convient-elle ?

- C'est parfait. Mais j'aimerais que tu m'en dises un peu plus sur ces souterrains.

- Que dire sur ces souterrains, sinon qu'ils sont très bien défendus dit Tanin. Ce qui est arrivé à ceux qui se sont aventurés dedans ne nous donnent pas envie d'y aller.

- En même temps, leurs antécédents auraient pus nous renseigner sur le niveau qu'avait atteint leur intelligence renchérit Fynar.

- Leurs antécédents ? questionna Mira

- Tu ne le sais peut-être pas, mais la plupart de nos soldats ont des charges plutôt salées. Ceux dont je parle nous ont été envoyés par mesure disciplinaire. Au lieu d'écoper d'un procès, ils se rachètent en combattant pour nous. Lorsque leur période est épuisée, ils sont renvoyés dans leurs villes respectives avec un dossier exempt des charges qui les avaient amenés ici expliqua Anakall, tandis que Nilas arrivait finalement.

- Tark ! Il arrive ce déjeuner ? questionna Fynar.

- Ouais bah ce sera prêt quand ce sera prêt ! répondit la voix lointaine de Tark.

Lorsqu'il s'assit, Mira remarqua l'air soucieux de Nilas.

- Quelque chose ne va pas, Nilas ?

- J'ai reçu deux nouvelles troublantes (l'attention des trois autres se fixa immédiatement sur eux, Fynar se désintéressant du repas). D'abord, j'ai reçu un message de Furion et de Thrall au sujet d'un intrus qui se baladerait à Kalimdor. Voici à quoi ça ressemble (l'image d'une forme vaguement humanoïde se forma au-dessus de la table). Ca vous dit quelque chose ?

- Je pense que cette chose est arrivé par le météore qui a frappé les terres de Kalimdor il y a environ trois semaines, et je suis sûre qu'Anakall pense comme moi intervint Mira.

- Oui, c'est une explication qui semble plausible acquiesça Anakall. D'ailleurs, j'ai ramené un morceau de ce météore, je comptais le faire examiner par Unkan.

- Tu iras avec Mira après le repas, et tu en profiteras pour lui faire la visite de Dalaran dit Nilas, tandis que le déjeuner arrivait. Deuxièmement, j'ai appris quelque chose sur cette formule. Elle n'est en fait constituée que de trois morceaux. Nous en détenons deux et nous avons pu établir que, techniquement, aucune autre base de Morts-vivants que celle que nous avons déjà attaqué à Lordaeron, et d'où provient le premier fragment, ne possède de structure capable d'abriter un complexe de production chimique.

- Autrement dit intervint Mira, il doit arriver des Barrens.

- Exact dit Fynar. En nous devrions être prudent sur nos bouts de formules, car il est très probable que la Déchue essaieras de s'en emparer au plus tôt continua t il en buvant une gorgée de vin.

- Tiens ! D'ailleurs à ce propos, qu'est-ce qu'il s'est passé en mer, Anakall ? Pourquoi cette interruption ? demanda Nilas.

Anakall sortit son cristal, qui était resté aussi noir qu'en mer.

- Si seulement je le savais ! Il s'est mis à devenir rouge et il a affiché des sigles bizarres. J'espérais que tu pourrais en tirer quelque chose.

Il le tendit à Nilas qui l'examina en fronçant les sourcils.

- Il est totalement inerte. Je ne pense pas qu'il y ait quelque chose à récupérer.

- Fais voir ! intervint Tanin.

Nilas tendit la pierre noire à Tanin. Ce dernier passa la main devant en marmonnant des paroles incompréhensible. Quelques étincelles rouges tournoyèrent autour du cristal puis disparurent aussi subitement qu'elles étaient apparues.

- Il y a des résidus magiques. Avec les équipements du laboratoire, je crois pouvoir en tirer quelque chose.

Sur ce, il le mit dans sa poche.


Lorsqu'ils eurent fini de manger, Anakall entraîna Mira dans son sillage. Ils sortirent dans la grande cour.

- A droite, le complexe des Arcanes (il désigna un amas de bâtiments de couleur blanche étincelante). C'est là que Tanin entraîne les lanceurs de sorts, qu'il y a la bibliothèque et le laboratoire. A gauche, c'est le complexe Aérien ( il pointa le doigt vers une large zone nivelée, bordée par trois Anciens des Vents). C'est là que s'entraînent les pilotes de gyrocoptères et les chevaucheurs de griffons, d'hippogryphes et de dragons-faucons. Derrière, c'est le complexe Standard avec les ateliers, l'armurerie, la forge, et les casernes et les Anciens de Guerre et de Savoir. Il faut que je te dise aussi : en tant que capitaine de l'Entrave, tu auras à charge d'entraîner certains groupes de combats.

- Comment ça se passe ? demanda t elle, intéressée.

- Simple. Briefing le matin, entraînement, puis débriefing l'après-midi. Tu devras aussi accompagner ton groupe sur le terrain. On verra demain comment tu te débrouilles sur un dragon-faucon expliqua Anakall avec un sourire.

- Demain ?

- Eh oui ! Demain, tu entraînes les gyrocoptères !

Mira fut prise d'une pointe d'appréhension, tandis qu'ils entrèrent dans le complexe des Arcanes.
Ils montèrent les marches jusqu'au laboratoire. Là, quelques nains étaient penchés sur des tables de pierres. L'un d'eux était en train d'ajuster une lunette de précision sur son fusil, un autre remplissait des cylindres ressemblant fort à des bombes avec des poudres grises et noires.

-Certains de nos soldats viennent ici pour réparer ou améliorer leurs armes expliqua Anakall. Ah ! voilà Unkan.

Un nain arborant une abondante barbe rousse légèrement brûlée venait d'apparaître au bout de la salle. A voir l'état de ses vêtements, son expérience venait sans doute de rater lamentablement. Une lueur s'alluma dans son regard quand il aperçut Anakall et Mira.

-Anakall ! Vieux brigand ! Comment vas-tu ?

-Bof....la routine répondit ce dernier en serrant la main d'Unkan.

Le nain s'inclina profondément en apercevant Mira.

-Madame, qu'il me soit permis de vous souhaiter la bienvenue en mon modeste laboratoire.

-Je t'en pris Unkan, appelle-moi Mira. J'ai horreurs des chichis dit Mira en souriant.

Unkan releva la tête, visiblement ravi.

-Entendu, entendu. Alors...Que me vaut le plaisir de votre visite ?

-Pourrait-tu examiner ce morceau de métal et me dire ce que c'est ?

-Pas de problème. Suivez-moi.

Il les emmena à travers un dédale de couloir. Puis il finit par déboucher dans une grande salle remplie d'appareils étranges, ainsi que de fioles contenant divers liquides de différentes couleurs. Unkan s'installa devant un instruments constitués principalement de lentilles. Il prit le morceau et le plaça dessous. Après quelques minutes d'observations, il poussa un cri.

-Par les Aeries !!

Mira et Anakall accoururent, croyant qu'il lui était arrivé quelque chose. Unkan tenait le morceau dans ses mains avec une expression d'admiration mêlée de crainte.

-Qu'est-ce que c'est ? interrogea Anakall

-C'est exactement ce que les nains d'Ironforge recherchent depuis des années ! Il est capable de résister aux plus haute température et aux plus fortes pressions ! Il ne vient pas de ce monde, c'est clair.

-Quoi d'autre ? demanda Mira.

-Je suis navré, je ne peux pas en dire plus.

-Bon. On n'est pas plus avancés nota Mira.

-Anakall, tu as encore besoin de ce truc ? Parce que dans le cas contraire, je l'enverrai bien à Ironforge pour que mes compagnons puissent profiter de ce métal extraordinaire.

-Oui, vas-y répondit Anakall en se dirigeant vers la porte avec Mira. Et merci encore pour ces précisions.

-De rien !

Ils sortirent de la salle.

-Bon. Je vais prévenir Nilas. Tu vas faire quoi ?

-Je vais passer voir les cours de Tanin et puis je ferai un saut à l'armurerie. Il me faut une nouvelle armure dit-elle en montrant les habits de tissus qui ne protégeaient que sa pudeur.

-Bien. A tout à l'heure.

Elle descendit de quelques étages. Au bout d'un couloir, elle entendit la voix de Tanin. S'approchant, elle vit une grande salle remplie de trois douzaines de Sorcières, de Prêtres et de Druides de la Nuit. Mira en reconnu certains qui étaient avec elle sur les navires d'Ashenvale. Quelques Brisesorts complétaient le tableau. D'après les vêtements des mages humains, Mira en déduisit qu'ils n'étaient pas très expérimentés en matière de magie. Sans doute n'avaient t ils pas dépassé le stade des Initiés. Tanin semblait être en train de donner des précisions sur une créature dont l'image tournait lentement dans l'air. Mira frémit en reconnaissant le principal constituants de ses anciennes forces d'attaques Morts-vivantes : une Banshee, être corrompu et particulièrement sournois. Mira s'arracha à sa fascination morbide quand elle entendit les paroles de Tanin.

-La Banshee. Utilisée par le Fléau principalement comme jeteur de sort de soutien, notamment pour contrer une utilisation intensive de magie, et pour désorienter l'adversaire dans son attaque. Spécialiste des Malédictions, elle dispose en plus d'une attaque magique sonique de base. Utilisée également massivement pour renouveler les troupes en plein combat. Si vous êtes pris pour cible lors d'une Possession, il n'y a pratiquement aucune chances pour que vous en réchappiez. Cependant, un tel sort demande une grande quantité d'énergie à la Banshee. Si elles sont en plein coeur du combat dés le début, leurs énergies baisseront considérablement. Vous n'aurez pas grand-chose à craindre. Mais méfiez-vous cependant.

Les Initiés paraissaient un peu anxieux à l'idée d'affronter de tels adversaire, qui n'avaient pas pourtant l'air si redoutable, et qui avaient l'air plutôt frêles.

-Excusez-moi, mais savez-vous ce qu'on ressent quand on est Possédé ? demanda un des Brisesorts.

Mira, que personne n'avait remarqué, prit la parole, en s'avaçant vers celui qui avait posé la question.

-Tu sens une volonté de fer qui obture ta conscience, et l'écrase comme un insecte. Le processus est long, très long. Assez long pour te faire comprendre que tu ne t'appartiens plus, que tu deviens un esclave. Tu ressens également une présence étrangère dans ton corps, qui te dégoûte sur le coup, mais à laquelle tu prendras inévitablement goût, car tu finis par devenir un serviteur de la corruption et de la pourriture, un messager de la puanteur, et j'en passe...Mais vous, les Brisesorts, les runes magiques gravées dans votre peau vous protègent contre toutes décharges d'origines magiques.

Disant ces derniers mots, elle s'était retrouvée très près du Brisesorts, qui avait blêmi suite à la description exhaustive que lui avait fourni Mira. Tanin la présenta.

-Voici Mira Ghostsong, dernière Ranger de Silvermoon qui a accepté de nous aider.

Les visages de la plupart des mages humains s'éclairèrent d'une lueur d'admiration quand il la reconnurent. L'un d'entre eux demanda.

-Capitaine Ghostsong, pourriez-vous nous montrer comment vous vous en sortiriez avec cette Banshee ?

-Ce n'est pas une réelle, si ? répondit-elle.

-Pas exactement, mais les créations de Tanin réagissent comme de véritables guerriers. C'est d'ailleurs ces créations qui nous servent à nous entraîner.

Mira réfléchit quelques instants. Ce serait la possibilité d'inculquer à ceux qui étaient là un petit cours de combat rapproché. Ce serait également l'occasion de voir si elle n'avait pas perdu la main en matière de sorts.

-Très bien, comme vous voulez répondit-elle.

-Pas d'armes, rien que des sorts et attaques de bases intervint Tanin.

-Je n'ai pas d'armes sur moi.

-Parfait. Dans ce cas...

Il recula, et passa la main devant son image qui continuait de tournoyer dans les airs. La Banshee, soudain animée d'une intelligence propre, descendit rapidement à terre et identifia son adversaire, une elfe magnifique, au regard rouge brillant et aux cheveux couleur or sombre. Les deux adversaires se jaugèrent l'un l'autre. La Banshee attaqua la première. Avec une rapidité stupéfiante, elle expédia vers Mira une onde sonique de très haute puissance, parfaitement visible. Mira encaissa volontairement le coup, histoire de connaître la valeur de son adversaire. Elle en fut pour ses frais. Le choc l'assomma à moitié, tandis qu'elle sentait ses tympans vibrer, comme s'il allaient se déchirer. Idiote ! se dit-elle. La Banshee tirait sa puissance de Tanin ! Honteuse d'avoir fait une telle erreur de débutante, elle se releva bien vite et sentit un profond sentiment de frustration attiser ses forces démoniaques, depuis longtemps ensevelies. Une boule de feu rouge intense naquit au creux de sa main. Au moment où la Banshee lui en voyait une seconde attaque, elle lança son projectile incandescent, qui pulvérisa proprement le sort que la Banshee venait de lui lancer. Malheureusement, cette dernière réagit très rapidement, levant un bouclier d'Antimagie d'énergie verte devant elle. Le projectile rougeoyant s'écrasa sur le bouclier. Deux gerbes d'étincelles rouges et vertes jaillirent. Les étincelles retombées, Mira constata que le bouclier avait été pulvérisé en même temps que son projectile. Elle en déduisit que le bouclier était quand même sensible aux décharges magiques, bien qu'il n'absorbait que ce genre d'agression.

Cependant, cette attaque avait dû mettre la Banshee en rogne, car elle murmura quelques paroles dans un langue qu'elle n'avait jamais entendue. Elle sentit ses bras trembler et vit son adversaire se dédoubler dans son champ de vision. Elle comprit en un rien de temps qu'elle était en train de la Maudire. Elle préparait également une boule de feu bleu. Réagissant sur le moment, Mira recourut à un de ses sortilèges les plus handicapants. Elle balaya l'air de sa main devant elle. Immédiatement, son champ de vision se rétablit et ses bras s'arrêtèrent de trembler. La boule bleue mourut dans les mains de la Banshee, sur le visage de laquelle s'imprima une expression abattue. Mira se félicita intérieurement. Le sort Silence empêchait l'adversaire d'accéder aux énergies magiques environnantes, lui interdisant donc de lancer ses sorts. Mira prépara une charge de pouvoir pour anéantir définitivement son adversaire. Hélas ! La Banshee, loin de s'avouer vaincue s'élança vers Mira et répéta le même geste qu'elle, à la différence près qu'au lieu de lui lancer un sort, elle lui griffa le visage avec une force étonnante. Un sang rouge sombre gicla sur le sol et une douleur cuisante lui traversa le visage. Se sentant profondément humiliée, Mira puisa dans toutes les sources de puissances de son corps. Elle sentit en elle une poche de pouvoir qui ne demandait qu'a être utilisée. Aveuglée par la rage, Mira se prépara à vider ce pouvoir sur son adversaire, quand elle s'interrompit brusquement, sa clairvoyance et sa sagesse prenant le dessus sur son courroux. Elle ne se souvenait pas posséder une telle quantité de puissance. De plus, cette énergie qui coulait si soudainement en elle portait la signature du Fléau ! Elle entendait presque une voix à l'intérieur d'elle : Tiens...Prends...C'est un cadeau...C'est de la force...Bien que cette intonation avait quelque chose d'attirant, il lui semblait reconnaître une voix qu'elle détestait, une voix qu'elle avait entendu avant un long silence. La voix retentit avec plus d'intensité : Prends...Prends.........PRENDS !!!! .

Ses craintes se confirmèrent. Cette voix n'appartenait qu'a un seul être, particulièrement méprisable, qui n'était nul autre que celui qui l'avait ralliée à sa cause contre sa volonté, autrement dit Arthas, le Roi Traître. Elle devina ce qui allait lui arriver si elle faisait circuler cette énergie dans son sang : elle allait retomber dans la corruption, sous le joug d'Arthas. Le corps de Mira réagit sur-le-champ, dans un réflexe qu'elle ne put contrôler. Elle expulsa brutalement la force noire hors de son corps en poussant un hurlement strident, au moment où la Banshee attaquait de nouveau. Un bouclier d'énergie sombre s'échappa du corps de Mira. La Banshee fut brutalement renvoyée au fond de la salle, où elle s'écrasa contre un mur. Elle se reprit rapidement et s'élança de nouveau vers l'elfe pour l'achever. Mira, décidant d'en finir une fois pour toutes, prépara son sort ultime. Serrant ses poings devant elle, elle murmura une incantation, puis ouvrit brutalement ses mains. Deux longs et fins rubans de lumière bleue-blanche jaillirent de ses paumes et se mirent à tournoyer paresseusement autour de ses mains ouvertes. Puis, serrant à nouveau ses poings, mais gardant ses index dressés, elle les pointa vers la Banshee qui revenait en force. Les rubans de lumière jaillirent vers la créature. Mira dirigeait les faisceaux lumineux à l'aide de ses index. Elle devait viser les yeux de son adversaire, et les rayons devaient y pénétrer exactement en même temps. Sa manoeuvre fut couronnée de succès. Les deux radiations lumineuses s'enfoncèrent dans les yeux de la Banshee, atteignant son cerveau. Mira sentit sa volonté écraser l'esprit de son opposante, qui poussait des sifflements perçants. Elle lui infligea le coup fatal, faisant gonfler l'énergie dans la Banshee. Celle-ci finit par imploser Une grande gerbe de lumière jaillit, la Banshee disparut purement et simplement.

La plupart des mages présents dans la salle poussèrent des murmures admiratifs et applaudirent, tandis qu'un prêtre se dépêchait de soigner les griffures de Mira. Les plaies disparurent rapidement, ne laissant aucune cicatrice.

-Bon. Démonstration terminée !! annonça Tanin. Vous pouvez rentrer dans vos quartiers, le cours est fini.

Les mages se détournèrent et sortirent de la salle, non sans avoir congratulé Mira pour sa performance.
Tanin s'approcha d'elle, qui était assez fatiguée.

-Félicitations ! C'était vraiment un beau combat et très instructif !
-Merci beaucoup, mais est-ce que tu l'as senti ?

Mira avait l'air alarmée.

-Qu'est ce que tu veux dire ?

-Le bouclier d'énergie noire, la corruption d'Arthas...

-Je n'ai rien senti, pourquoi ?

-Quand elle m'a griffé, sous le coup de la colère, j'ai senti une force en moi. Mais la force du Fléau ! Et j'ai entendu la voix d'Arthas dans ma tête qui m'ordonnait d'utiliser l'énergie qu'il m'envoyait. Sur le coup, je ne me suis pas contrôlée, je ne sais pas ce qui s'est passé, mais la force s'est libérée de moi.

Tanin hocha lentement la tête, tandis que Mira continuait sur une note de mélancolie.

-Je pensais m'être définitivement émancipée...

-Tu t'est émancipée, ce n'est pas ça le problème...répondit Tanin avec concentration. C'est autre chose...

-Tu y comprend quelque chose ?

-Oui....Oui...peut-être...Voilà ce que je pense dit-il finalement. Lorsque Arthas a subi la baisse de son pouvoir, il y a cinq ans, ton esprit a réussi à se libérer. Je dois dire que j'ai été surpris lorsque je l'ai appris. Je n'ai jamais entendu parler d'une telle vivacité d'esprit. Un esprit normal aurait dû avoir une période de guérison avant de pouvoir reprendre des décisions. Mais le tien a quelque chose de spécial. Si bien qu'il à appris à se défendre contre les agressions mentales du Fléau. Je crois qu'Arthas essaie de reprendre le contrôle de ses lieutenants qui l'ont...quitté il y a cinq ans, en étendant son pouvoir et en essayant de les tenter avec des énergies puissantes, mais destructrices pour eux. Cependant, ton esprit à réussi à détecter la corruption d'Arthas et l'a instinctivement rejetée. Je pense que ce serait très étonnant si Arthas arrivait à te localiser à la surface d'Azeroth une seconde fois. Ton esprit est trop vif pour lui.

Mira parut soudain plus soulagée. Après quelques minutes de silence, elle se releva et se dirigea vers la sortie, après avoir salué Tanin. Puis elle s'éloigna d'un pas vif en direction de la forge, dans le soleil qui commençait à se coucher.
Loin sous la surface de Lordaeron se trouvait la cité des Réprouvés, gouvernée par la main de fer de la Déchue Sylvanas Windrunner. Des fleuves de liquides verts visqueux serpentaient dans la cité souterraine et une odeur assez désagréable régnait en permanence. Dans le Quartier de la Guerre, un combat mental se déroulait entre Sylvanas et un ennemi invisible. Une mystérieuse force tentait de s'insinuer en elle. Elle ne tarda pas à en découvrir l'origine. Les interactions magiques étaient si grossières, si perfides, qu'elle ne pouvaient émaner que d'un seul homme. Non...pas un homme...Une chose. La chose qui l'avait asservie et dont elle voulait la perte, à n'importe quel prix.

-Tiens...le cadeau de la puissance...prends...ça ne fais pas mal...

La voix était trop tentante pour être honnête.

-Arthas......Toi......Tu oses t'adresser directement à moi, Maîtresse des Réprouvés, celle qui te détruira un jour...

-Ne rêve pas petite Ranger......Tu finiras par succomber au pouvoir......C'est plus fort que toi...Ca te monte à la tête, hein ? dit-il tout en essayant de renforcer son emprise sur sa rivale.

-Je n'ai pas oublié ce que tu m'as infligé, ni ce que tu as infligé mon peuple ! Sors immédiatement de mon esprit, n'essais plus jamais de me mettre la main dessus et je te ferais la grâce d'une mort douloureuse, mais rapide.

-Encore faudrait-il que tu arrive jusqu'à moi, fillette !

-TU REGRETTERAS CETTE INJURE ! AINSI QUE TOUT CE QUE TU M'AS FAIT SUBIR !!

Sur ce, elle lança le sort de Silence sur son propre corps. Touts les énergies magiques se dissipèrent de son esprits, ainsi que le pouvoir d'Arthas. A cet instant, le Seigneur de l'Effroi Varimathras entra dans le Quartier de la Guerre avec l'expression de quelqu'un qui va recevoir sa punition. Varimathras servait Sylvanas plus par crainte que par loyauté, car il s'était comporté en lâche. Il avait eu peur de mourir et avait combattu ses frères, Detheroc et Balnazzar. A présent il n'était qu'un pion, mais il vivait. Varimathras s'agenouilla devant sa maîtresse.

-J'espère que tes nouvelles seront bonnes cette fois, Varimathras. Je commence à me demander pourquoi je t'ai épargné. Et je suis de très mauvaise humeur.

-La...... enfin....le deuxième fragment a lui aussi finit dans les mains de l'Entrave. Je suis navré.

Sylvanas se retourna, l'air exaspérée. Tendant la main vers lui, elle invoqua une pluie d'énergie maléfique pour punir son serviteur....rien ne se passa. Bien normal se dit-elle puisqu'elle avait utilisé le Silence sur elle. Optant pour un autre blâme, elle s'approcha de lui.

-Relève-toi ordonna t elle.

Se hâtant d'obéir, il se releva promptement....pour se recevoir un formidable direct en pleine figure qui l'envoya bouler quelques mètres plus loin.

-LA FORMULE DE LA NUÉE MALÉFIQUE DEVRAIT DÉJÀ ETRE ENTRE NOS MAINS !! Vous n'êtes qu'une bande d'incapable. Néanmoins, je vais te donner une dernière chance (Varimathras releva la tête, plein d'espoir). J'ai été informée que le troisième fragment devait arriver sous peu de Kalimdor. Je t'ordonne d'aller le chercher en vitesse et discrètement. Le Chaos des Esprits partira comme convenu du port clandestin, mais le fragment ne sera pas dedans, car tu l'auras déjà sur toi, et tu seras en route pour me le remettre en main propre. Ne me déçois pas, cette fois. Tu as trois jours.

-Mais...Maîtresse...vous n'y pensez pas ! Kalimdor est à deux semaines de voile, soit un mois aller-retour !

Sylvanas se retourna, une expression meurtrière sur le visage.

-Ce n'est pas mon problème. Si tu échoue, inutile de dire ce qui va t'arriver. Tu devrais déjà être en train de réfléchir à ce que tu vas faire...à moins que tu ne saches pas faire marcher tes méninges...

-Bien Maîtresse...Je....Je réussirais.

Il quitta le Quartier de la Guerre, et commença à réfléchir sérieusement à ce que Sylvanas lui avait dit. Pour réussir sa mission, et remonter éventuellement dans l'estime de sa maîtresse, il lui fallait se rendre d'urgence à Kalimdor. Une idée lui vint. Il se rendit vers le Tombeau des Reliques le plus proche, et poussa la porte. Un acolyte était derrière le comptoir.

-Qu'est-ce que ce sera pour vous, Varimathras ?

-Donnez-moi deux Parchemins de Portail de Ville. Et grouillez-vous !

-Ah... Je suis désolé nous n'en avons plus qu'un. C'est que c'est rare ce genre de marchandises. Et encore, celui-ci est du modèle le moins précis.

Varimathras n'en avait que faire. Pour le moment, c'était tout ce dont il avait besoin.

-Bon. Donnez-le moi quand même.

-Tenez.

Varimathras s'en empara, puis se concentra un moment. Le convoi devait déjà avoir quitté la base. Il décida de se téléporter au port clandestin, où il attendrait le convoi. Déroulant le parchemin, il lut rapidement les caractères qui étaient écrits dessus. Une lueur bleue l'enveloppa. Il disparut.

_______________


Sur Draenor, l'aube commençait à peine à se lever. Somand était rentrée depuis quelques minutes avec son précieux chargement. Rapidement, elle se précipita dans ses quartiers, au dernier sous-sol, et sortit les cristaux-pirates de sa poche. Ils étaient transparents, et faisait chacun deux centimètres de haut. Retirant sa cape, elle remonta les escaliers jusqu'à la salle du générateur. Dalnor était toujours endormi. Somand décida de sauter sur l'occasion. S'approchant à pas de chat du générateur, elle se glissa derrière. Le générateur se composait de ce qui ressemblait à une grosse roche noire volcanique noire surmontée du cristal rouge de visualisation. Ses doigts trouvèrent une faille dans la roche. Elle l'écarta. Le générateur s'ouvrit devant elle. Devant ses yeux se trouvaient différents flux d'énergies magiques multicolores, certains gros, d'autres très fin. Elle repéra rapidement les deux plus gros flux. Elle en déduisit qu'il devait s'agir des flux dont lui avait parlé. Approchant un des deux cristaux de l'intersection, elle entendit soudain Dalnor remuer dans son sommeil. Paniquant, sa main trembla...et heurta un des flux de contrôle. Elle ressentit un choc électrique terrible et serra les dents pour s'empêcher de crier. Se reprenant rapidement, elle recommença l'opération, en ne se laissant pas distraire. Lorsque le cristal atteignit l'intersection, elle retira vivement sa main. Il resta un instant en suspension dans l'énergie, puis se dissipa dans ces derniers. Aussitôt, le cristal dans la poche de Somand se mit à vibrer. Elle s'en empara, puis regarda dedans. Une image se forma. Elle reconnut la vision de la Sentinelle. D'après ce qu'elle voyait, elle avait presque terminé sa reconnaissance de Kalimdor et se dirigerait ensuite vers Lordaeron. Tout à coup, une suite de caractères s'afficha au-dessus de son cristal, ainsi que sur le cristal rouge :

ALERTE ! DOUBLE CONTRLE DETECTE ! CONTINUER ?

Somand frémit, et passa vivement la main près de son cristal afin de répondre à la Sentinelle. Elle lui ordonna également de ne plus émettre aucun message. La communication de la Sentinelle s'effaça des deux cristaux. Somand trafiqua la Sentinelle de façon à réduire sa vitesse de déplacement. Elle avait besoin de temps pour trouver quelqu'un sur la planète qui pourrait l'aider. Elle referma le générateur et commença sa recherche. Elle détecta un possible potentiel vers l'est, loin de la position de la Sentinelle. Cependant, Dalnor commença à remuer de plus belle. Interrompant sa recherche, Somand vida les lieux, et retourna dans ses quartiers. Elle recommencera plus tard. Dalnor, maintenant réveillé, reporta son regard sur le cristal, dont la couleur était toujours la même que son regard obsédé.

_______________


Lorsque Varimathras arriva au port clandestin, le parchemin qu'il venait d'utiliser se consuma dans ses mains. Le convoi était déjà en train d'embarquer à bord de la frégate légère Chaos des Esprits. Quand ils virent le Nathrezim, ils en furent très étonné. Varimathras leurs coupa la parole.

-Les plans ont changé ! La Dame du Soir m'a chargé de récupérer le dernier fragment le plus vite possible ! Remettez-le moi !

Celui qui semblait commander paraissait en colère.

-Pas question ! C'est à moi que la maîtresse a confié cette mission !

Cette réponse exaspéra Varimathras. Il s'avança vers le commandant, menaçant. Le prenant brusquement à la gorge, il serra sa prise.

-Vous êtes relevé de vos fonctions ! Donnez-moi le fragment !

Le commandant sortit de sa poche un grand morceau de parchemin plié. Varimathras s'en empara, puis s'adressa au commandant avec un rictus.

-Votre naïveté est touchante. Trop pour un Guerrier des Réprouvés.

Disant ces mots, il écrasa la tête du commandant entre ses doigts. Ce dernier s'écroula. Le Seigneur de l'Effroi s'adressa aux autres membres du convoi et à l'équipage.

-Faites comme si vous aviez la formule. Votre but est de faire diversion.

Plus par peur de ce qui pourrait leurs arriver que par obéissance, ils hochèrent rapidement la tête et mirent rapidement les voiles. Varimathras se rendit à l'Ossuaire du port pour y récupérer une monture.

-Il me faut une Wyrm immédiatement.

-Patience répondit le dresseur. Il y en a une qui va bientôt naître.

En effet, une lueur bleue émanait d'un énorme bloc de glace à proximité. Le bloc commença à se fissurer. Une forme noire commença à grossir dans la glace. Quelques secondes plus tard, le bloc éclatait, projetant ses morceaux dans toutes les directions. Une grande créature ailée venait de s'extraire du bloc. Elle crachait de longs jets de givre. Varimathras s'avança et l'enfourcha. La jeune Wyrm était étonnamment docile. Elle suivit les ordres de Varimathras, lorsqu'il lui donna le signal de départ. Elle déploya ses grandes ailes et s'éleva lentement dans les airs, puis accéléra. Même une jeune Wyrm pouvait parcourir une grande distance en très peu de temps. Il ne mettrait pas plus de deux jours pour rallier Lordaeron.
La nuit commençait à tomber lorsque le galion lourd Larme Abyssale, fierté du Cinquième Escadron Naval de Kul Tiras, rentrait de sa ronde de surveillance, au large de Theramore et d'Orgrimmar. Le Larme Abyssale différait des autres navires standard par sa taille et son armement. Long d'environ quatre cents mètres, il ne possédait pas trois mais quatre mâts, lui conférant ainsi la vitesse exceptionnelle de cinquante-cinq noeuds*, voir plus en vent arrière. Son armement se composait de cent cinq canons normalisés : cent d'entre eux était répartis par tranches de cinquante sur bâbord et tribord, trois étaient montés à la poupe et deux de part et d'autre de la figure de proue, qui représentait une Sorcière des Mers Naga, à l'allure menaçante mais néanmoins protectrice. Mais le plus dangereux était ses cinquante canons gros calibre, répartis par moitié sur bâbord et tribord. Des quantités non négligeables de mithril avaient été ajoutées à l'acier de ces canons lors de leurs fabrications, ce qui les rendait exceptionnellement résistant. Trois fois plus gros que les canons normalisés, et surnommés Bouches d'Enfer, la quantité de poudre acceptable pouvait être doublée, voire triplée lors de l'envoi de projectiles plus légers que les boulets, comme les projectiles incendiaires. Malheureusement, la puissance de ces canons comportait un revers : le recul était tel qu'il avait fallu les placer au dernier pont inférieur pour ne pas faire chavirer le navire lors des tirs. Il ne fallait pas non plus les placer trop près de la ligne de flottaison sous peine de voir leurs superbe portée considérablement réduite. C'était le Capitaine Svelyn Aarith, une des rares femmes mais aussi probablement la plus douée à servir dans la flotte de Kul Tiras qui avait trouvé la solution. Il avait suffit d'ajouter de petites ailettes sous la coque et d'augmenter la taille de la quille pour compenser la force des tirs. Pour cette découverte, Svelyn s'était vue attribuer le commandement du Larme Abyssale, qu'elle dirigeait maintenant d'une main de fer.

Un épais brouillard tombait à quelques encablures du navire, témoin d'une nuit fraîche. Le chef de quart l'observait attentivement avec sa longue vue. Il balaya lentement, très lentement l'horizon pour être sûr qu'aucun danger ne menaçait. La relève était prévue pour bientôt...Perdu dans ses pensées, il ne s'aperçut que trop tard qu'une forme noire évoquant vaguement la forme d'un autre navire venait d'être dépassée par son champ de vision. Revenant rapidement de quelques degrés en arrière, il ne vit rien de plus qu'une masse de nuages noirs rasant les flots. Cependant, étant certain d'avoir bien vu, il se précipita vers la cloche et sonna l'alarme. L'équipage, en entendant le branle-bas de combat, s'organisa rapidement.

Svelyn se reposait dans sa cabine, quand elle entendit le lointain tintement de la cloche d'alarme. Réagissant immédiatement, elle s'empara de ses armes et sortit de sa cabine. Grande et majestueuse, un bandeau noir ceignait son front et cachait son oeil gauche, lequel avait été blessé irréversiblement par un pirate qui avait eu l'audace de s'attaquer à Svelyn. Une longue et fine cicatrice parfaitement visible partait de son front et se prolongeait vers le bas de sa joue gauche. Il n'avait même pas eu le temps de regretter son geste qu'elle l'avait proprement décapité. Son oeil aurait pu être sauvé si seulement la lame qui lui avait infligé la terrible blessure n'avait pas été enduite de poison. Une infection mortelle avait commencé à se développer dans son oeil. Svelyn avait décidé de mettre un terme définitif à cette souffrance. La guérison par le feu était ce qu'elle avait décidé. Le bandeau qu'elle portait cachait le résultat, pourtant réussi, mais ne cachait pas la longue cicatrice qui n'enlevait rien à son charme. Son oeil droit, portant la couleur de l'azur le plus pur, avait gagné en acuité et en clairvoyance. Ses habits étaient ceux des officiers de la Marine de Kul Tiras : un pantalon et une veste en épais tissu bleu marine, une paire de bottes de cuir noir. Sur sa cape était brodée une ancre dorée.

Lorsqu'elle sortit sur le pont, le vent du large fit voler derrière elle ses longs cheveux couleur de cuivre telle une archange exterminatrice. Une voix cria :

- Commandant sur le pont !

Svelyn fut satisfaite en s'apercevant que tous les marins étaient à leurs postes, prêt à affronter la situation. Elle s'avança vers le chef de quart et empoigna sa longue vue.

- Que se passe-t-il ?

Le chef de quart hésita un peu avant de répondre.

- Par trois quarts avant tribord. Il m'a semblé un instant voir un navire dans la brume. J'ai aussitôt donné l'alerte.

- Vous avez bien fait déclara t elle avant de scruter l'horizon.

Elle ne vit rien d'autre que de sombres nuages qui tourbillonnaient au raz des flots. Par expérience, Svelyn savait que la brume pouvait cacher bien des choses. Levant la main, elle la ferma brusquement. En quelques secondes, le silence le plus total se fit sur l'ensemble du navire. Un nombre assez important de marins étaient chargés de relayer de tels ordres en agitant de petits fanions de couleurs. C'était le moyen le plus rapide de transmettre des ordres sur un navire d'une telle taille. Seul le bruit des vagues cognant contre la coque du navire se fit entendre. Svelyn retira lentement la lunette d'observation de son oeil. Se détournant, elle se prépara à annuler l'état d'alerte quand elle se figea en entendant le bruit lointain mais parfaitement distinct d'une cloche. Elle scruta de nouveau l'horizon avec une pointe d'inquiétude. Soudain, une série de lueurs stroboscopiques illuminèrent brièvement la brume tandis qu'un grondement de tonnerre se faisait entendre. Le sang de Svelyn ne fit qu'un tour.

- Boulets de canons !! A couverts !

Les réflexes des hommes d'équipages fut rapide. Moins d'une seconde plus tard, une volée de projectiles frappa le Larme Abyssale. Si certains soulevèrent de grandes gerbes d'eau, d'autres firent voler des morceaux du pont en éclats, projetant des fragments de bois meurtriers dans toutes les directions. Un marin qui n'avait pas eu le temps de se mettre à l'abris se fit blesser grièvement. Un autre fut déchiqueté par un boulet. La pluie meurtrière passée, Svelyn se releva prestement et observa leur agresseur. Un navire noir sortit de la brume, toutes voiles dehors.

- Trois mâts, carénage renforcé...C'est une frégate que voilà commenta le chef de quart.

- Pas n'importe quelle frégate renchérit Svelyn. C'est le Chaos des Esprits ! Cette fois, il ne nous échapperons pas ! Artilleurs ! A vos pièces !

Tous les servants de canons s'activèrent vers leurs armes respectives.

* : Environ 100 km/h
Les déflagrations des canons du Chaos des Esprits réveillèrent le commandant de celui-ci qui dormait d'un sommeil plutôt agité. Se demandant sous quel prétexte ses hommes avaient ouvert le feu il monta rapidement sur le pont. Une fois sur celui-ci, il vit avec exaspération son second hurler de joie en voyant le navire ennemi touché.

- Touché ! Rechargez et mettez-leurs la pâté, les gars !

Le commandant empoigna brutalement son second par le col et le souleva à quelques centimètres du sol.

- De quel droit avez-vous ouvert le feu sans mon autorisation ?! Pourquoi ?

- C'est que le Seigneur Varimathras en a donné l'ordre balbutia le second.

Un coup d'oeil au navire opposant apprit au commandant à quel ennemi il avait affaire. Son visage blêmit (si tant est qu'un mort-vivant puisse blêmir encore plus qu'il ne l'est déjà).

- Espèce d'inconscient !! Vous vous êtes attaqués au Larme Abyssale !! Si Svelyn est à bord, on est fichu !

- Et comment j'aurais pu le savoir ? Je suis nouveau je vous rappelle.

- C'est bien pour ça qu'on aurait jamais dû vous accepter siffla le commandant avec une telle hargne que le second parut effrayé.

Lâchant le second, le commandant s'adressa à l'équipage.

- Barreur !! Eloignez-nous d'urgence ! Artilleurs !! Maintenez le Larme Abyssale à distance coûte que coûte !! A si petite distance, on vas se faire moucher trop rapidement !


A bord du Larme Abyssale, Svelyn nota le changement brusque de tactique du côté de l'adversaire. Celui-ci semblait vouloir s'en aller. Et de plus, il avait le vent pour lui. Svelyn jura intérieurement.

- Artilleurs...FEU !!

Une série d'explosions retentit. Une seconde plus tard, la volée atteignait le Chaos des Esprits, lui infligeant de lourds dommages.

- Barreur !! Maintenez-nous à portée !

- Bien reçu ! Cap au zéro-deux-un tribord !

- Pont deux !! Rechargez et visez le château arrière !! C'est la que se trouve leur réserve de poudre !! Bouches d'Enfer !! Préparez-vous à faire feu ! Projectiles incendiaires !

Une trentaine de secondes plus tard, de nouveaux tirs partait des deux navires. Ceux du Chaos des Esprits semblaient beaucoup moins précis. Ceux du Larme Abyssale atteignirent leurs cibles avec une précision relative.

- Bouches d'Enfer, faites feu !! ordonna Svelyn.

Les tirs des canons lourds firent trembler si brutalement le navire, que Svelyn et la plupart des marins durent se retenir pour ne pas tomber. De longues traînées orangées atteignirent le navire noir, à bord duquel un incendie se déclara bien vite.

Le commandant du Chaos des Esprits, s'apercevant qu'il ne lui restait plus beaucoup de temps, perdit tout contrôle. Il opta pour une manoeuvre désespérée.

- Barreur !! Cap au zéro-neuf-zéro tribord !

- Vous ....vous voulez les éperonner ?

- Faites ce que je vous dis !!

Le barreur s'exécuta sous le regard menaçant de son commandant. Bientôt, un navire en feu fonçait sur le Larme Abyssale.

- Ils veulent nous éperonner commenta le chef de quart.

- Ouais...Ils en seront pour leurs frais annonça Svelyn. On va leur donner le coup de grâce. Toutes tranches !! Cessez le feu, rechargez et attendez mon ordre pour tirer !!

Au bout de trente secondes, une voix retentit.

- Tranche légère parée !

Quelque secondes plus tard, une autre voix annonçait.

- Tranche lourde parée !

- Préparez-vous à viser l'avant du navire !! ordonna Svelyn.

Elle entendit les canons glisser sur le bois des ponts pour se mettre en position de tir. Le Chaos des Esprits était à présent très proche. Le moment de la victoire approchait. Ce fut avec une jubilation presque perceptible qu'elle ordonna le tir.

- FEU !

Le commandant du Chaos des Esprits vit avec horreur les bouches de tous les canons du côté droit du Larme Abyssale s'embraser et aperçut presque au ralentit les projectiles percuter son navire.

Le choc des boulets avec le Chaos des Esprits fut terrible. L'avant du navire fut proprement explosée. La puissance des projectiles était telle qu'ils continuèrent sur leurs trajectoires initiales, éclatant la coque et le pont progressivement, projetant des morceaux entiers du navire dans les airs. Pour finir, ils pulvérisèrent le château arrière et enflammèrent les réserves de poudre de Chaos des Esprits. Une violente explosion carbonisa ce qui restait du Chaos des Esprits. La boule de feu s'élargit et engloba tous les débris. Une ultime déflagration souleva une immense gerbe d'eau et projeta les débris dans les airs, qui retombèrent en pluie incandescente.

Tous les hommes d'équipages du Larme Abyssale poussèrent un hurlement du victoire et Svelyn laissa échapper un soupir de soulagement. Une menace importante venait d'être éradiquée. Sans perdre de temps, elle ordonna de rentrer à Theramore, où elle devait faire son rapport à Jaina Proudmoore. Le Larme Abyssale s'éloigna bientôt des lieus de l'affrontement, où une carcasse carbonisée sombrait lentement vers les abîmes, tandis qu'une forme ailée volant à très haute altitude disparaissait dans le ciel de l'est.
Tanin avait l'habitude de travailler de nuit, son corps ne demandait pas beaucoup de sommeil. Il s'affairait en ce moment sur le cristal d'Anakall, lequel avait été « endommagé » par une cause inconnue. Il l'avait placé dans une petite pince de métal et avait placé de part et d'autre de son installation deux disques d'argent afin d'amplifier et de visualiser les énergies maléfiques qui semblaient s'être infiltré dedans. Ayant fini sa petite installation, il marmonna quelques paroles en promenant ses mains près du cristal noirci. Soudain, celui-ci étincela intérieurement, d'une très faible lueur. Quelques petites étincelles rouges dansèrent près de lui. Aussitôt, Tanin activa les deux cercles d'argent. Ceux-ci se mirent à briller avec force. Une minute plus tard, une série de symboles rouges, ainsi qu'une portion de carte, s'affichèrent au dessus du cristal, lequel semblait émettre une importante chaleur, ainsi qu'un sifflement caractéristique. Tanin n'en avait cure, il l'avait placé exprès sur ces griffes de métal pour éviter justement de se brûler. Stabilisant la réaction, Tanin se plongea alors dans l'ouvrage ancien qu'il avait apporté. Il savait déjà que la portion de carte représentait le sud de Kalimdor. Cependant, la signification de ces sigles lui paraissait obscure. Il trouva bien vite le chapitre qu'il cherchait, ainsi que les informations correspondantes. Il frémit en lisant les lignes du vieux manuscrits : d'après ce qu'il voyait, c'était le langage utilisé par la Légion Ardente ! De plus, la structure du language, cela ressemblait étrangement à un message ou quelque chose du genre : Tanin reconnaissait la formule de politesse qui accompagnait le rapport. Rapidement, il désactiva les deux cercles d'argent. Tournant un dernier regard alarmé vers le cristal, il quitta le laboratoire.

Le lendemain, Mira s'habilla en vitesse, revêtant sa nouvelle et superbe armure légère sur laquelle était gravé le symbole de l'Alliance. Après avoir mangé en compagnie d'Anakall, elle se dirigea vers le complexe aérien. Les pilotes étaient déjà là lorsque elle entra. Tous les pilotes s'assirent. Mira commença son briefing.

-Bonjour pilotes. Aujourd'hui, entraînement au bombardement et au tir. Vous serez équipés de six bombes à larguer en trois passes. La cible est une petite ruine au sommet d'une colline au bord de la mer, vers le sud. Il ne sera pas toléré plus d'un seul largage en dehors d'un rayon de cinquante mètres autour de l'objectif. Vous arriverez de l'est, dans l'axe de la crête. Nilas jugera vos tirs depuis la crête d'en face. Ne vous trompez pas de colline ! Pour ma part, je serai en dragon-faucon et au-dessus de vous pour vous noter également. Vous décollerez à cinq minutes les uns des autres. Pas de questions ? Alors au boulot !

Tous les pilotes se dirigèrent vers leurs machines. Mira se dirigea vers sa monture. La bête était un volatile au plumage brun et aux grands yeux noirs et curieux, deux fois moins grosse qu'un griffon. Cependant, il était beaucoup plus rapide, léger et manoeuvrable. Mira remarqua également que ses plumes étaient extraordinairement plates et larges, ce qui lui offrait une possibilité d'accélération et de portance inégalées. Une sacoche de cuir était accrochée sur la partie droite du volatile, dans laquelle deux longues et fines chaînes reposait. Mira enfourcha le dragon-faucon, qui s'éleva très vite dans l'air. Les premiers appareils se préparait à décoller en faisant rugir leurs moteurs tandis qu'elle se dirigeait sur les lieux de l'entraînement.

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Les souterrains de Dalaran étaient immenses et s'étendaient sur des kilomètres. Même si certains passages n'étaient pas répertoriés, ils existaient bel et bien. Bien que certains couloirs soient protégés par de puissants sortilèges placés par les Anciens Archimages du Kirin Tor, quelqu'un ayant une connaissance élevée en matière de sorts pouvait en venir à bout assez facilement. Un des couloirs, notamment, s'étendaient vers le nord-est. Au bout de ce couloir, un cul-de-sac. Plus pour longtemps. Une violente explosion retentit. Une gerbe de poussière fut projetée dans le couloir, déclenchant au passage quelques sorts de défenses. Des éclairs multicolores éclairèrent brièvement le couloir, puis se turent. La poussière mis quelques minutes avant de se dissiper. Deux petites silhouettes émergèrent des poussières résiduelles. Avec de longues oreilles pointues, pas assez esthétiques pour appartenir à un Elfe. Ils se parlèrent avec une petite voix aiguë.

- Boooooom ! Ca y est ! Ca a marché ! Trop puissant, cet explosif !

- D'accord, mais tais-toi ! La voix porte loin, là.

- Tu crois que c'est ce qu'on devait chercher ?

Le gobelin consulta la carte qu'il portait sur laquelle étaient griffonnés des calculs, des formules mathématiques ainsi que des trajectoires.

- Aucun doute là-dessus. Bon, va chercher la patronne, notre boulot est fini. On vas enfin être payés.

- Ouais !! Enfin, on aura notre propre laboratoire !

Le deuxième gobelin, sans doute le plus jeune, sautait littéralement de joie. Il s'éloigna dans les souterrains, vers le nord-est, vers Undercity.
Il revint deux heures plus tard avec une troupe assez importante comprenant trois Nécromanciens, un chariot à viande et une grande silhouette, enveloppée dans une épaisse cape noire nuancée de bleu très sombre. Elle gardait les vestiges d'une grande beauté, mais les forces corruptrices du fléau semblaient lui avoir volé une partie de ses attraits. Sylvanas s'adressa aux gobelins d'une voix sifflante, comme celle d'un serpent.

- Personne n'a remarqué votre travail ?

- Je ne pense pas. Je n'ai rien entendu depuis que nous avons creusé le passage.

- Très bien. Votre travail est terminé.

Sur ce, elle plongea sa main dans une de ses poches et en sortit une bourse pleine d'or, qu'elle leurs jeta.

- Tenez. Et maintenant, disparaissez.

Les deux gobelins s'éloignèrent rapidement en poussant des petits cris de joie.

- Vous autres, suivez-moi ordonna t elle.

La troupe avança jusqu'à l'intersection du couloir avec d'autres passages. Sylvanas s'arrêta un instant et sonda l'obscurité. Sentant une puissance magique latente à l'oeuvre, elle lança une pierre dans le passage, pierre qui fut tout simplement désintégrée par deux éclairs verts, qui jaillirent de chaque coté des parois. D'un geste las, comme si elle avait l'habitude de le faire, elle balaya l'air de son bras droit en marmonnant quelques paroles. Immédiatement, les énergies magiques se turent pour laisser le passage à la troupe. Une heure et vingt-cinq sortilèges de Silence furent nécessaires à Sylvanas et à sa petite compagnie pour atteindre le bas des longs escaliers qui menait au coeur de la base de l'Entrave. Quels amateurs ! pensa silencieusement Sylvanas. Trop sûr de la protection des sortilèges des Archimages, ils n'avaient même pas jugé nécessaire d'établir une surveillance efficace. Elle s'adressa à ses compagnons.

- Bien. Vous attendrez que la diversion commence pour faire intervenir vos Guerriers Squelettes. Dès que vous aurez ce que nous sommes venus chercher, disparaissez le plus vite possible. Il ne faut surtout pas qu'ils puissent découvrir que désormais, il existe une faille dans leur base. Nous exploiterons cette fenêtre plus tard. C'est compris ?

- Ne vous inquiétez-pas, Dame des Ombres. Avec nos nouveaux Mages Squelettes, ils n'ont aucune chance ! Par contre, c'est bien vous qui allez diriger l'assaut, non ?

- Bien sûr ! Varimathras n'est pas là. Qui veux-tu que j'envoie ?

- Mais comment allons-nous faire pour traverser à nouveaux les sorts des Archimages ? Il nous est impossible de les neutraliser !

Pour toute réponse, Sylvanas sortit un étrange objet de sous sa cape. L'outil ressemblait à un petit bâton surmonté d'une étoile de métal rouge à trois branches. En son centre était fixée une pierre verte translucide. Un Bâton de Silence. Un artefact très rare et redoutable contre la magie. Elle le leurs tendit, presque avec regret.

- Faites très attention avec ça. C'est extrêmement précieux mais aussi très dangereux : cela pourrait vous couper à tout jamais des énergies magiques environnantes, si vous l'utilisez mal.

- Oui, Maîtresse répondit un des Nécromanciens avec une assurance qu'il était loin de ressentir.

Ses dernières consignes distribuées, Sylvanas s'éloigna dans le tunnel, sa cape noire tourbillonnant derrière elle, tandis que les Nécromanciens déchargeaient les cadavres contenus dans le chariot à viande et plantaient leurs bâtons dedans en invoquant les pouvoirs du Fléau.

Anakall et Fynar étaient en grande conversation dans les locaux de Dalaran, quand Tanin les rejoignit, apparemment essoufflé.

- Vite ! Où est Nilas ?

- Parti superviser l'entraînement des pilotes de gyrocoptères, pourquoi ? répondit Fynar

- C'est au sujet du cristal ! Il...

Il fut interrompu par les cloches d'alarme des sentinelles. Anakall se précipita dans le couloir de sortie suivi de près par ses deux frères d'armes. En sortant, il faillit se cogner au capitaine de la garde.

- Capitaine ! Que se passe t il ?

- Les forces de la Déchue lancent une attaque à grande échelle ! On dirait qu'Undercity s'est vidée ! dit le capitaine avant de partir se mettre en position défensive devant la grande porte.

Anakall s'adressa à ses deux compagnons.

- Les gars, j'espère que vous êtes prêts. Tanin ! Envoie ton Phénix avertir Nilas et Mira, puis tu te mettras en position sur le flanc sud. Fynar, tu le suivras. Je me mettrai en position sur la façade est pour leurs tomber dessus à l'improviste. Compris ?

Les deux guerriers acquiescèrent, tandis que les yeux de Tanin se mirent littéralement à luire d'une furieuse lueur blanche et que du feu commençât à sortir de ses paumes. Tanin fit remonter en lui les souvenirs de son peuple, ravagé puis corrompu et enfin tué. La tristesse qu'il éprouvait se transforma vite en frustration puis en colère pure. Un geyser de flammes jaillit de ses mains et fusa vers le ciel, où il se concentra pour former une grande créature ailée, qui irradiait la chaleur et projetait de longues flammes autour de lui. Tanin lui parla dans une langue étrange, mélange d'elfique et d'une autre langue inconnue. La créature s'élança vers le sud, essayant de trouver les deux héros manquants.

Mira regarda de haut le dernier gyrocoptère effectuer sa dernière passe. Il s'aligna dans l'axe de la colline et commença une trajectoire légèrement en pente. Puis arrivé à une hauteur et une distance suffisante, il largua ses deux dernières bombes, et remonta immédiatement. Les deux projectiles tombèrent en émettant un faible sifflement, puis percutèrent la colline où ils explosèrent très près de la cible. Le gyrocoptère, ses exercices finis, vint atterrir sur la colline voisine où toutes les autres machines ayant finis leurs largages se tenaient devant Nilas, moteurs au ralenti. Mira rejoignit bien vite le groupe. Nilas était en train d'évaluer les pilotes. Elle descendit de son dragon-faucon et vint se placer à côté de Nilas.

-Dans l'ensemble, les largages ont été bon dit-elle. Cependant trois d'entre vous n'ont pas satisfait au test. Nous leurs donnons une chance de rachat au tir aux canons cet après-midi et...

Elle s'interrompit en apercevant la créature enflammée qui venait d'apparaître à l'horizon. Nilas et plusieurs autres pilotes l'avait aussi vue. Le Phénix volait assez haut pour éviter d'enflammer les arbres qu'il survolait avec les flammes qu'il émettait continuellement. Il poussa un sifflement perçant en passant au-dessus du groupe de combat. Nilas semblait comprendre ce qu'il signifiait, car il empoigna son bâton immédiatement.

-Nom de...Pilotes ! Lancez vos machines ! Mira, remonte sur ton dragon-faucon ! ordonna t il tandis qu'il entamait un mouvement de demi-cercle avec son bâton, ce dernier émettant une lumière bleue. Deux cercles magiques apparurent au-dessus et en dessous de lui et se rapprochèrent tandis que d'autres runes tourbillonnaient autour de lui. « Pourvu qu'il ne soit pas trop tard » songea t il tandis que la troupe disparaissait dans une intense lumière blanche.
Fynar et Anakall étaient déjà dans la mêlée avant même que les Morts-vivants n'arrivent à enfoncer les grandes portes qui défendaient l'accès de l'intérieur de la cité. Les deux tours de guets avaient été trop facilement rasées par les forces de sièges de Sylvanas. Des troupes d'attaques lourdes au sol, genre abominations, se déversaient dans l'immense cité, précédées d'une multitude de Guerriers Squelettes et de goules. Une force aérienne de Gargouilles était aussi à l'oeuvre, occupant les griffons et les hypogryphes. Les brisesorts réussissaient à inverser légèrement la tendance en retournant les squelettes contre leurs invocateurs. La bataille demandait toute l'attention des prêtres, qui soignait de nombreuses blessures. Cependant, pour le moment, l'entrée était relativement sécurisée par les sorcières qui ralentissaient toutes créatures passant à leur portée. Fynar faisait tournoyer son marteau de guerre en poussant un hurlement guerrier. La lourde masse faucha trois goules qui avaient eu l'audace de s'attaquer au paladin. Ce dernier repéra un démon des cryptes qui battait en retraite dont les blessures dégoulinaient de sang verdâtre. Il semblait se diriger vers une statue de verre noire comme la nuit qui dégageait une aura de lumière jaune. Fynar saisit l'occasion et tourna son marteau dans la direction du démon, puis prononça des paroles sacrées. Le marteau étincela brièvement et projeta une intense lumière sur l'arachnide, qui s'effondra, brûlée. Cette manoeuvre n'échappa pas à la statue, qui brilla soudain d'une intense lueur violette macabre. Soudain, elle éclata, laissant place à une créature au moins deux fois plus grosse et aussi noire qui s'éleva au-dessus des lieux du combat en poussant une longue plainte grave, puis plongea sur le paladin. Ce dernier répéta le même sort qu'avec le démon des cryptes. Cependant, le feu sacré n'atteignit nullement le destructeur. Il fut proprement aspiré et repoussé en même temps par son corps massif. Fynar se souvint que les destructeurs engendrait une perturbation si grande dans les courants magiques environnants que leurs corps formaient une espèce de porte par laquelle les énergies magiques se déversaient constamment. Bien qu'ils ne puissent pas conserver une réserve de pouvoir suffisante pour utiliser leurs sorts à tous moments, le feu sacré de Fynar semblait l'avoir alimenté d'une force nouvelle. L'infortuné paladin vit la lumière jaune de son sort parcourir la peau du destructeur, comme si elle essayait de trouver une faille dans cette résistance. Puis elle se concentra au bout de la sorte de bâton que le destructeur brandissait. La lumière jaune étincelante se mua brusquement en ténèbres mauve. L'énorme créature ailée retourna alors contre le paladin un rayon d'obscurité pure. Fynar eut à peine le temps de dresser son bouclier divin avant d'être touchée par la décharge noire. Bien que le bouclier était censé le protéger de tout, tel était l'un des secrets les plus puissants des Chevaliers de la Main d'Argent, l'orbe d'annihilation l'envoya bouler sur quelques mètres. La puissance issue du choc de l'orbe sur le bouclier engendra une onde de choc qui souffla alliés et ennemis proches. Se relevant rapidement, Fynar utilisa un de ses nombreux parchemins de résurrection qu'il gardait toujours pour ce genre de cas de figure. Puis, tandis que le parchemin se consumait dans ses mains et que quelques druides et prêtres se relevaient et engageaient à nouveaux l'ennemi, Fynar se précipita sur le destructeur, qui avait atterri dans le but d'en découdre avec le guerrier roux. La créature de l'ombre, visiblement troublée par l'action qu'avait accomplie le paladin, c'est à dire ressusciter ses camarades, ne le vit qu'au dernier moment, autrement dit trop tard. Fynar, dont le bouclier commençait à faiblir, pris appui sur une de ses jambes et se propulsa aussi haut qu'il put. Dans le même temps, il amorça un mouvement de rotation. Arrivé à proximité de la tête du destructeur, il détendit brusquement son tronc. Avant que la masse du marteau ne s'écrase sur la tête du destructeur, ce dernier vit la fureur qui brûlait dans les yeux de son adversaire, tandis que le paladin entrevit comme de la peur chez son adversaire. Une fraction de seconde plus tard, la lourde masse explosait le crâne du destructeur, qui mourut en émettant des volutes d'ombre dans tous les sens. Le paladin atterrit à terre, juste à temps pour voir Anakall submergé d'ennemis. Sentant la force vitale de son ami diminuer à grande vitesse, Fynar lança le feu sacré en y mettant le zénith de sa volonté. Anakall sentit ses blessures se refermer immédiatement, et d'ailleurs il semblait attendre ce moment-la. Une fois régénéré, il se métamorphosa. En l'espace d'un instant, une minuscule mais exceptionnellement puissante tempête d'énergies obscures entoura son corps, qui doubla de taille, et prit une couleur noire profonde. La puissance de la transformation éjecta les ennemis qui l'assaillait sur plusieurs dizaines de mètres, tuant certains sur le coup. Se relevant, il déchaîna les forces démoniaques dont il disposait sur les abominations, qui reculèrent vite sous les assauts chaotiques du chasseur de démons. Soudain, une intense lueur blanche illumina la scène. Anakall et beaucoup de guerriers se retournèrent, craignant d'avoir affaire à une autre force de frappe opposantes. Mais ils se trouvèrent nez à nez avec un archimage entouré de plusieurs guerriers qui semblaient être exclusivement composés de liquide, une ranger sombre montée sur créature volante, un Phénix, et une vingtaine de gyrocoptères, dont les canons semblaient avoir du mal à retenir les projectiles entassés dans les tambours de munitions. Aussitôt, les forces humaines et elfiques semblèrent reprendre le dessus sur l'armée adverse, ce qui prouve bien que la meilleur arme en cas de guerre est l'espoir...

Dès que le paysage de Dalaran se matérialisa dans son champ de vision, Mira lança sa monture dans les airs dans le but de chercher ses cibles. Elle prit une gargouille en chasse et risqua un coup d'oeil en bas. Nilas et ses élémentaires ne se débrouillaient pas trop mal, envoyant des rafales d'eau et de grêlons à qui voulaient leurs chercher noises. Le phénix avait rejoint Tanin. Tous deux semblaient agir en parfaite synergie avec le feu. Les longues flammes que le phénix dégageait empêchaient les ennemis de l'approcher de trop près. Plusieurs cratères noircis entouraient le lieu où le mage de sang menait son combat, signe que le choc de flammes avait dû servir à de nombreuses reprises. D'ailleurs, Tanin se préparait à récidiver. Sous un groupe de démons des cryptes, le sol semblât soudain se séparer. Une longue flamme jaillit de la terre carbonisa les araignées. Le mage de sang repéra un druide-ours à bout de force et à court de mana aux prises avec une poignée de squelettes. Immédiatement, Tanin banni sa forme physique. Les épées des squelettes passèrent soudain à l'intérieur d'une forme verte qui avait la forme de leur adversaire. Ne comprenant pas ce qui se passait, les squelettes se regardèrent, désorienté, puis tentèrent vainement de s'écarter lorsqu'ils aperçurent deux chimères fondre vers eux. Pas assez rapide, ils furent foudroyés par les puissantes créatures volantes, qui remontèrent dans le ciel, à la recherche d'autres objectifs. Constatant que tout allait bien de ce côté, Mira reporta son attention sur la gargouille qu'elle poursuivait. Son dragon-faucon se rapprochait lentement de sa cible. Avec précision, elle prit une flèche dans son carquois et l'encocha. Elle n'eut pas besoin de tirer, sa monture s'en chargea à sa place. Arrivée à distance pratique de tir, le bec du volatile étincela soudain d'une intense lueur bleu ciel. Puis une décharge scintillante partit vers la gargouille et lui déchira le dos. Dans un sifflement de rage, elle perdit rapidement de l'altitude et s'écrasa sur l'affût métallique d'une tour canon, qui ne tarda pas à tirer un obus sur un chariot à viande qui s'était aventuré un peu près des lieux de l'affrontement. Mira flatta l'encolure du dragon-faucon qui lui répondit par un sifflement enthousiaste. Alors qu'elle balayait le paysage à la recherche de nouvelles cibles, le regard de Mira tombas sur une silhouette familière, enveloppée dans une cape noire, qui se tenait en retrait du champ de bataille, observant les évènements avec un calme désarmant. Mira reconnut immédiatement son ancienne soeur d'arme. Lançant sa monture dans cette direction, elle dégaina ses épées dans le but d'un combat au corps à corps.

Perchée sur une colline avoisinante, Sylvanas observait la bataille se dérouler. Elle subissait de lourdes pertes, mais qui étaient loin d'être fatales dans le cas présent. Elle ne cherchait pas à conquérir Dalaran, mais à gagner du temps. Ce but semblait être atteint, mais elle n'avait toujours pas de nouvelles de ses Nécromanciens, cachés au fond des souterrains qui attendaient le moment propice pour intervenir. Qu'importe. Elle pouvait tenir ses forces jusqu'à la nuit s'il le fallait. Tournant légèrement le regard pour observer ses gargouilles, elle repéra une silhouette qui fonçait dans sa direction. Deux éclats brillants attirèrent son attention...et lui révélèrent l'identité de son opposant. Où plutôt de son opposante ! Sylvanas ne reconnaissait que trop bien les éclats caractéristiques des lames elfiques, qu'elle avait déjà vus maintes fois par le passé et qui n'appartenaient à nul autres personnes que Mira, son ancienne amie de Silvermoon. En l'éclair d'un instant, elle comprit les intentions de Mira pour la bonne raison qu'elle aurait eu la même réaction si les rôles avaient été inversés. Cependant, elle se contenta de pointer un doigt vers la forme qui se rapprochait en disant « Pas cette fois-ci... ». Très haut dans le ciel, une escadrille de six gargouilles obéirent à l'injonction de leur maîtresse et piquèrent vers le dragon-faucon qui ne semblait pas les avoir détectées.

Mira, perchée sur sa monture, vit nettement la silhouette lui faire un signe de main puis entendit dans sa tête une voix sifflante : « Pas cette fois-ci... ». S'interrogeant sur le sens d'un tel comportement, elle fut désorientée quand un projectile incandescent, venant du sol, frôla sa monture et pulvérisa une gargouille du groupe qui lui piquait dessus. Prenant immédiatement conscience du danger, elle réussit à esquiver les ailes acérées des autres de justesse avant de regarder vers le sol pour voir d'où aurait pu venir la boule de feu bienfaitrice.

Anakall avait lui aussi repéré la silhouette de Sylvanas et la vit nettement pointer un doigt vers le ciel. Immédiatement, il porta son regard dans cette direction. Un groupe de formes noires piquaient vers Mira et sa monture...et elle ne les avait pas vues ! Sentant les pouvoirs de sa métamorphose disparaître, il concentra ce qui lui restait de forces démoniaques entre ses mains pour former une boule d'énergie puissantes. Puis il la lança de toutes la force qu'il put. Sa métamorphose se termina alors que la boule quittait ses mains. Le projectile captura l'attention de Mira, comme il l'avait espéré, et pulvérisa une des gargouilles du petit groupe assaillant. Puis, ne pouvant plus l'aider, il priât pour que son amie s'en sorte, et reprit son combat contre les créatures de l'ombre qui continuait de se déverser.

Scrutant toujours le sol pendant que les cinq gargouilles restantes entamait une remontée rapide vers leurs cible, elle constata que l'envoi de la boule d'énergie coïncidait avec la fin de la métamorphose d'Anakall, dont le corps était encore parcouru de petits éclairs d'électricité statique noire. Ayant trouvée la réponse à sa question, Mira se sentit un peu coupable de n'avoir pas ressentit la puissance propre à son ami dans la boule d'énergie. Cependant, elle se reconcentra rapidement, car les gargouilles avaient terminé leur manoeuvre et se lançait à nouveau à la poursuite de Mira, qui dû s'éloigner de Dalaran vers le sud afin d'éviter les assauts meurtriers de ses adversaires qui semblaient animées d'une rage bien supérieure que les autres. Bien que les plumes plates du dragon-faucon lui permettait d'accélérer fortement et de garder une grande vitesse constamment, les gargouilles commençaient à se rapprocher. Rejetant l'utilisation de l'arc dans un tel cas de figure, Mira fouilla la sacoche du dragon-faucon et en sortit une des deux longues chaînes, lesquelles avaient une teinte cuivrée. Ne sachant pas s'en servir, elle décida d'improviser. Elle attendit qu'une des gargouilles arrive a portée. Elle ralentit délibérément. Une des créatures saisit l'occasion et se précipita vers la Ranger, toutes griffes dehors. Mira jeta alors la longue chaîne vers la gargouille. Contre toutes attentes, la chaîne se précipita d'elle-même sur la créature et s'enroula toute seule autour de son corps et de ses ailes, puis elle se mit à briller d'une furieuse lueur orangée. La gargouille luttait de toutes ses forces pour maintenir son altitude et pour se dégager en poussant des hurlement frénétiques de douleur. Puis, elle s'enflamma brusquement et tomba à travers les nuages. Ses congénères, qui ne l'avaient pas quittée des yeux durant son agonie, et qui étaient aussi étonnée que l'était Mira, dirigèrent leurs vengeance sur la frêle créature ailée qui tentait désespérément de les semer. La colère les motivants, elles furent très rapidement sur leur cible. Décidant de ne pas attendre davantage, Mira répéta la même opération avec la deuxième chaîne, qui atteignit une deuxième gargouille. Plus que trois. Utiliser son arc serait extrêmement dangereux dans cette position, et elle le savait parfaitement. Par contre, elle venait de s'apercevoir qu'ils venaient d'arriver en vue des côtes maritimes. Son regard se posa sur les rochers acérés qui tapissaient le bas de la falaise. Une idée folle germa dans son esprit. Mais c'était sa dernière chance. Prenant de l'altitude, elle grimpa jusqu'à être à la verticale des rochers pointus, puis elle fit piquer sa monture à la quasi-verticale. Les gargouilles la suivirent dans ses moindres mouvements, trop aveuglées par la colère pour tenter un raisonnement logique et pour comprendre l'intérêt de cette manoeuvre. La vitesse de Mira augmenta très rapidement, le vent sifflant dans ses longues oreilles. Les rochers se rapprochaient...en même temps que les trois gargouilles. Le dragon-faucon poussa un petit couinement de terreur. Tout à coup, alors que le sol n'était plus qu'a une cinquantaine de mètres, Mira tira brusquement sur les rênes de sa monture. Celle-ci émit un sifflement de protestation, devant la force que lui demandait la manoeuvre, mais il obéit immédiatement. La monture remonta promptement, tandis que le voile noir* aveuglait Mira momentanément. Les gargouilles, quand à elle, trop concentrées sur leur proie, n'avait pas vu le sol arriver. Elle ne redressèrent pas assez vite et s'écrasèrent sur les rochers pointus dans un bruit d'os broyés. Mira, un peu épuisée et dont la vue était revenue rapidement, donna une petite tape au dragon-faucon et mit le cap sur Dalaran.

* : Troubles d'ordre physiologique dus à de brusques changements de vitesse où de direction, qui se manifeste par un reflux de sang dans le bas du corps (dans le cas présent), cessant momentanément d'irriguer le cerveau et pouvant provoquer des troubles de la vision, ainsi que des pertes de connaissances. A long terme, le « voile noir » est mortel.
Une petite armée de Squelettes se déversait dans les couloirs de Dalaran, à l'insu totale des guerriers, trop occupés sur le front à affronter les troupes de la Dame des Ombres. Les ordres étaient simples et clairs : récupérer coûte que coûte les deux fragments que l'Entrave avait cachés dans son laboratoire. Encore fallait-il le trouver, le laboratoire ! On ne trouvait principalement que des salles de cours, de méditation, d'exercices, mais pas le moindre indice concernant la structure la plus importante. D'ailleurs, quelques querelles éclataient au sujet de l'emplacement du laboratoire.

- Prend à droite !

- Bien sûr que non ! C'est à gauche ! T'est donc aveugle au point de ne pas savoir reconnaître une armurerie d'un laboratoire ?

- Eh ! Je te signale que mon maître invocateur à travaillée un temps au Quartier des Apothicaires d'Undercity ! Alors excuse-moi si je sais mieux que toi à quoi ressemble un laboratoire !

Ils parvinrent finalement devant une grande baie vitrée à travers laquelle on pouvait voir une multitude de fioles remplies de liquides de différentes couleurs, ainsi que des établis avec différents instruments de contrôles. On pouvait voir également un petit homme âgé et claudicant qui brandissait une épée un peu longue pour lui à l'intérieur du laboratoire, qui regardait les squelettes massés à l'extérieur avec une franche hostilité. Son regard vitreux brillant légèrement de colère, Tark avait insisté pour défendre le laboratoire lui-même. Les squelettes se concertèrent.

- L'humain est-il une interférence aux plans de la maîtresse ?

- Toute interférence doit être éliminée définitivement et radicalement répondit le Guerrier Sombre Supérieur qui semblait diriger le commando. Ce sont les ordres de la Dame des Ombres.

- En même temps, vu son âge, quels ennuis veux-tu qu'il nous cause ?

- Je ne sais pas, mais s'il me regarde une fois de travers quand nous serons entrés, je me ferai un plaisir de me tailler un veston de chair dans ses entrailles. Allez ! Trouvez l'entrée !

- C'est déjà fait, mais il semble qu'il ait verrouillé la porte de l'intérieur.

- Eh bien dans ce cas là, vous devez vous débrouiller ! dit le guerrier supérieur en prenant le ton de quelqu'un qui apprend à un enfant réticent que un plus un égalent deux.

Le mage squelette s'exécuta maladroitement et ne réussit qu'a mettre le feu à la cape qui lui servait de vêtement.

- Est-ce qu'on est vraiment obligé de porter ces fringues pourries ? dit-il tout en éteignant non sans mal la flamme qui dévorait sa cape

- Désolé mon vieux : article 7 de la Constitution du Fléau : toutes les créatures invoquées par quelques moyens que ce soient s'en tiendront à la tenue vestimentaire exigée par l'invocateur. Bon maintenant dégagez le passage, espèce d'incapable, je vais m'occuper moi-même d'ouvrir cette porte.

Disant ces mots, il abattit son énorme épée sur le battant métallique de la porte qui s'ouvrit dans un bruit de ferrailles. Tark se tendit, prêt à défendre chèrement sa peau.

- Cherchez les fragments et grouillez-vous ! Toi, tu surveille le guignol. Au moindre geste suspect....

Il fit mine de se trancher la gorge avec un doigt. Le mage squelette se plaça à courte distance de Tark et se prépara, juste au cas où...Pendant ce temps, les autres squelettes fouillaient le laboratoire à la recherche de la formule. Cependant, ils faisaient attention de ne rien déranger non seulement car ils devaient être discrets, mais aussi parce que de nombreuses substances auraient pu les endommager. L'un des squelettes s'empara d'une petite fiole qui contenait un liquide orangée. Le squelette ne savait pas du tout ce qu'il tenait. En revanche, Tark savait qu'il s'agissait d'un puissant acide. Il attendit que le squelette la lève à hauteur de sa tête, puis ses yeux étincelèrent brièvement. La fiole explosa dans les mains du squelette, l'aspergeant de liquide corrosif. En quelque secondes, il ne fut plus qu'un petit tas fumant sur le sol. Le mage qui surveillait Tark le chargea.

- C'est lui ! Il l'a fait exprès !

Il prépara sa charge magique, mais Tark fut plus rapide que lui, lui enfonçant son épée au niveau du coup, détruisant ainsi l'intégrité du mage, qui tomba en un petit tas d'os sur le sol. Le guerrier supérieur hurla de rage et se précipita vers Tark qui se prépara au combat. Combat qui fut exceptionnellement court. Le guerrier bloqua sans mal l'épée de Tark et, d'un violent coup, l'envoya s'écraser près de la fenêtre où il se brisa les os. Sentant son dernier souffle arriver, Tark concentra le peu de magie qui lui restait et s'en servit pour créer une grande flamme rouge sang qui jaillit par la fenêtre, flamme parfaitement visible à plusieurs lieux à la ronde.

- Cet abruti a déclenché l'alerte ! Nous allons être repérés ! Vous avez fini ?

- C'est bon ! On a trouvé ! Fichons le camp !

Les squelettes quittèrent le labo en hâte. L'un d'eux s'arrêta un instant près du guerrier supérieur.

- Que fais t on des cadavres ?

- On les laisses, abruti ! Allez ! Magne-toi le train !

Ils retrouvèrent leur chemin plus rapidement qu'a l'aller et s'engouffrèrent dans les souterrains, rejoignant leurs maîtres.

Lorsque Mira survola à nouveau la bataille qui faisait rage, elle s'aperçut que les forces du fléau n'avait pas faiblies. Cependant, elle ne semblaient pas vouloir entrer plus loin dans Dalaran. Un éclat rouge sang attira son regard. Un longue flamme venait de mourir sur le flanc du laboratoire. Amplifiant sa vision, Mira reconnut le corps sans vie de Tark. Qui l'avait tué, elle n'en savait rien, mais ses craintes quand à cette attaque, qui puait la simple diversion se confirmèrent. Furieuse de s'être fait avoir comme une débutante, elle fit plonger sa monture au raz du sol en cherchant Anakall du regard. Quand elle l'eut trouvé, elle atterri juste à côté de lui. Le dragon-faucon faucha de quelques coup de serres les deux démons qui cherchait noises au chasseur masqué. Elle hurla :

- Anakall ! Grimpe !

Surpris par son ton, Anakall obéit rapidement. Quelques secondes plus tard, le volatile était de nouveau dans les airs, fonçant vers le labo.

- Tu peux me dire ce qui se passe ?

- Le labo viens d'être attaqué ! Et apparemment, ils ont eu Tark !

- Qui ça, « Ils » ?

- Aucune idée, mais on va bientôt le savoir.

Elle fit atterrir sa monture juste devant l'entrée principale. Ils sautèrent à terre et s'engouffrèrent rapidement dans la structure. Mira vit des ombres disparaître au fond du couloir.

- Par là ! chuchota-t-elle

Ils avancèrent en silence, tout en essayant de progresser le plus vite possible. Des bruits sec retentissaient devant eux. Au bout d'une traque de quelque minutes, ils débouchèrent sur le couloir qui menait à leurs chambres respectives. Au fond, l'escalier qui menait aux souterrains s'enfonçait dans les ténèbres. Des squelettes, aucune trace, aucun bruit ne trahissaient leurs présence.

- Ils n'ont pas pu disparaître !? s'inquiéta Anakall.

- Regarde si ta chambre est verrouillée dit-elle simplement.

En effet, les verrous étaient en place.

- Il ne reste plus qu'une seule issue...

Disant ces mots, elle avait tourné son regard vers le souterrains. Sur la pointe des pieds, ils s'approchèrent du tunnel. Des bruits lointains, amplifiés par l'écho des tunnels, se firent entendre. Mira serra son arc et s'engagea dans le chemin sombre, tandis qu'Anakall lui emboîtait le pas. Leurs pas résonnaient furieusement dans le tunnel glauque. Arrivés en bas, plusieurs passages s'offraient à eux. Les voix lointaines semblaient venir de tous les côtés à la fois.

- On va quand même pas passer la journée à errer dans ce souterrain ! s'exclama brutalement Anakall, frustré d'avoir été trompé par les morts-vivants.

- Chut !...fit Mira en se baissant. Ils ont bien dû laisser des traces de leur passage.

En effet, de gros sillons de terre, ainsi que des empreintes de pieds toutes fraîches serpentaient en direction du nord-est.

- Ils n'ont même pas pris la peine de brouiller leurs traces murmura Mira avec satisfaction. Sûrement des initiés, sinon encore plus bête.

- Bon. Alors qu'est-ce qu'on attend ? demanda Anakall avec un sourire.

Précautionneusement, ils se mirent en chasse sur les traces de leurs ennemis.
Après une heure de traque à travers les égouts de Dalaran, vingt-quatre sortilèges de Silence pour Mira et une superbe Esquive de la part d'Anakall - ce dernier ayant déclenché par distraction un des nombreux sorts défensifs, ils arrivèrent au pied d'un pan de mur effondré, situé au bout d'un long couloir noir. Mira passa sa main sur les bords de l'ouverture et sentit comme un dépôt poudreux sur les pierres. Une puissante et bizarre odeur régnait également.

- Il y a des dégâts faits à l'explosif...Ca ressemble fort à des charges thermiques brisantes...

- Facture gobeline, j'imagine ? interrogea Anakall.

Mira répondit en hochant la tête. Plus loin, ils commencèrent à sentir une odeur désagréable, qui coïncidait avec l'apparition dans les égouts d'un liquide verdâtre et gluant.

- On doit pas être très loin d'Undercity...Je m'étonne qu'ils aient repéré si vite une faille dans les égouts...dit Anakall.

- Ouais...Faudra songer à sceller tout ça. Attends ! Prend à droite.

Une lueur bleue-blanche illuminait le bout du tunnel. Alors qu'ils s'approchaient, plusieurs rugissements se firent entendre. Ils passèrent discrètement la tête par l'ouverture. L'endroit ressemblait fort à une volière. Il y avait une multitudes de gargouilles accrochées la tête en bas au plafond ainsi que beaucoup de cocons. Etaient également présentes trois grosses wyrms des glaces, ainsi que deux autres, plus petite, donc sans doute plus jeune. Quatre énormes blocs de glace, lieu de naissance des wyrms, agrémentaient le décor. Mira se retourna pour faire part de son point de vue sur la situation à Anakall et se retrouva face-à-face avec...rien. Levant la tête, elle aperçut son ami qui était monté à la galerie de circulation supérieure et qui lui faisait signe de le rejoindre. L'idée de circuler à nouveau dans les égouts ne lui disait rien qui vaille, et elle se mit à se hisser sur les petits appuis que la roche lui offrait, tandis que deux cadavres vivants entraient dans l'immense salle.

- Le maître arrive quand ?

- Dans pas longtemps. D'ailleurs il serait plus que temps, la maîtresse commence à s'impatienter.

Mira ne mit pas longtemps à rejoindre Anakall. Utilisant l'agilité et la souplesse des elfes, elle se jouait de tous les pièges que lui réservait la paroi. Alors qu'elle parcourait les derniers mètres, un rugissement bien plus fort que les autres se fit entendre. Toutes les wyrms présentes dans la salle se turent, tandis que des gargouilles commençaient à remuer, réveillées par le cri. Mira et Anakall reculèrent dans un petit conduit, juste assez haut pour un nain. La jeune wyrm à qui appartenait le cri arriva par l'entrée de la grotte, occultant la lumière pendant un court instant. Mira reconnut nettement la silhouette d'un Seigneur de l'Effroi perché sur la monture.

- Varimathras...siffla t elle entre ses dents. Anakall ! Si nous pouvions l'éliminer, le moral des Réprouvés en prendrait un sacré coup !

- T'emballes pas trop, Mira. C'est pas un bleu. Même si c'est un lâche, il est prêt à défendre sa peau très chèrement. J'en sais quelque chose...finit-il en montrant une grosse entaille cicatrisé sur son épaule gauche, tandis que Varimathras atterrissait.

- Où est la Dame des Ombres ? demanda t il au deux dresseurs qui s'occupaient de sa wyrms.

- Au quartier des Apothicaires, Seigneur...Elle a demandé à ce que vous la rejoigniez au plus vite.

- Ca ne m'étonne pas.

Alors qu'il descendait de la créature des glaces, Mira entendit un faible bruit derrière elle. Le bruit de quelqu'un qui creuse la terre. Se retournant, elle vit un démon des cryptes sortir de la terre et l'observer avec sa multitudes d'yeux noirs brillant. Elle dégaina aussitôt ses lames aussi discrètement que possible, et tenta de le frapper. Malheureusement, l'étroitesse du passage ajoutait un handicap à la combattante, qui n'avait pas l'habitude de se battre dans les tunnels, contrairement à son adversaire. Elle frappa deux fois dans le vide, le démon esquivant avec une relative agilité. Le poing d'Anakall surgit avec vélocité et frappa dans un petit bruit sec la tête de l'araignée qui perdit un instant l'équilibre. Mira en profita et enfonça ses dagues dans la tête du démon qui s'écroula par terre dans une mare de sang verdâtre. Puis, il se mirent en route dans les étroites galeries d'Undercity pour tenter de pister le seigneur de l'effroi jusqu'à sa maîtresse.

Varimathras quittait la volière, laissant le soin aux deux dresseurs de s'occuper de sa monture, lorsque il entendit une succession de bruit très discret : le bruit d'une lame qu'on dégaine, le bruit de la même lame fendant l'air, un petit bruit sec et un autre bruit sourd. Relevant imperceptiblement la tête, il remarqua que des ombres s'agitaient dans une petite galerie située en hauteur. Il serra les dents. Des intrus dans la cité ! Cela intéresserait sûrement la maîtresse...Il se remit en route, passant par des arches successives, sous lesquelles coulait le liquide verdâtre malodorant, source de nutriments pour tout morts-vivants qui auraient voulus se sustenter un brin. Après un quart d'heure de marche, il arriva enfin à l'endroit où sa maîtresse l'attendait. Il s'agenouilla.

- Maîtresse, voilà le fragment que vous m'aviez ordonné de ramener.

Il n'y avait plus de crainte dans ses paroles. C'était maintenant un ton de triomphe qui pointait dans ses paroles.

- Excellent, Varimathras ! Je savais que je pouvais compter sur toi ! Grâce à toi, l'heure de gloire des Réprouves à sonné.

Varimathras se releva profondément soulagé. Il ressentait une telle fierté et une telle confiance en lui en cet instant qu'il aurait sans doute pu vaincre l'Entrave à lui tout seul, car Sylvanas était plutôt avare de compliments.

- J'ai aussi autre chose à vous dire..

- Très bien mais soi bref. Il faut crée la Nuée Maléfique au plus tôt.

Varimathras s'approcha d'elle et lui murmura quelque chose tout bas. Sylvanas le regarda avec méfiance.

- Tu es vraiment sûr de ça ?

Il hocha la tête pour toute réponse.

- On s'en occupera plus tard, d'accord ? Pour le moment, voyons voir ce qu'on peut faire avec ce que tu nous as ramené. Acolytes ! Projetez-nous ça !


Cachés non loin, Mira et Anakall observaient la scène en chuchotant.

- Ils ont donc eu le troisième fragment ! se désola Mira. Ca ne peut pas être pire que maintenant !

- Peut-être qu'ils n'ont pas pensé à tout. Dit simplement Anakall. Attendons...

En face de Sylvanas, trois images apparurent dans les airs, puis se rassemblèrent. Presque aussitôt, Anakall poussa un souffle. Mira crut un instant que c'était un souffle de désespoir, mais en regardant le visage de son ami, elle se rendit compte qu'il souriait.

- Qu'es-ce qui te rend si heureux ?

- Ces types sont des incapables ! Ce n'est rien de plus que la formule d'un pollen qui peut-être très facilement contré par n'importe quel organisme doué de défense. Ils n'ont mis au point rien de plus qu'une fleur !

- Tu est sûr ?

- Absolument certain ! Viens, on a assez moisi dans cette cité. Je regrette seulement de ne pas être là quand elle découvrira l'inefficacité de son truc !

Essayant de rester le plus discret possible, ils repartirent d'où ils venaient bluffant au passage la patrouille censée les rechercher.
Tanin, Fynar et Nilas faisait le bilan de la bataille contre les Réprouvés, qui avaient brusquement rompu le combat pour retourner vers le nord-est. Fynar en était à son troisième sortilège de résurrection, et à son cent-cinquante-quatrième Feu Sacré. Il paraissait complètement épuisé. Tanin discutait avec Nilas de ses inquiétudes concernant le petit cristal noir qui semblait aimer brûler les doigts de ses manipulateurs.

- Tu es sûr de ce que tu affirmes ? demanda l'archimage d'un ton grave.

- Absolument certain. Le cristal a été réceptif à une liaison magique en rapport avec la Légion...répondit Tanin

- C'est pourtant bizarre que le mien n'ai pas eut le même comportement, non ?

- Tu étais sans doute trop loin de la source de la transmission...

- Bon. Montre-moi toujours ce que tu as découvert...

Il emboîta le pas à Tanin vers le laboratoire. Lorsque ils arrivèrent à l'entrée, de nombreux nains s'affairaient à remettre le laboratoire en ordre. Certaines étagères avaient été balayées, des fioles renversées et quelqu'un semblait avoir foncé tête baissée dans le pan de mur à côté la fenêtre.

- Qu'est-ce que c'est que ce bordel ? dit Tanin plus pour lui-même que pour Nilas.

- Hola ! Unkan ! Qu'est-ce qui s'est passé ? appela Nilas.

Le nain roux s'approcha d'eux. Il semblait anxieux et nerveux.

- Il se passe que des guerriers squelettes ont profité de la bataille pour entrer dans le laboratoire. Et apparemment, ils cherchaient quelque chose.

- J'aurais dû m'en douter...cracha Nilas. Je savais bien que ça puait la simple diversion. Est-ce qu'il manque quelque chose ? Et ou est Tark ?

- Mes nains sont en train de vérifier s'il ne manque rien. Mais personne ne vous a encore mis au courant pour Tark ? répondit Unkan en prenant un air gêné.

Nilas n'eut pas besoin d'en savoir plus pour connaître la vérité.

- Il est mort, c'est ça ?

Unkan écarta les bras comme pour se résoudre à la fatalité. Il désigna le coin délabré du mur.

- Ces foutus squelettes lui ont fait visiter le mur. Tous ses os se sont brisés.

A ce moment là, deux nains à la barbe noire sortirent du compartiment d'expérimentation et se dirigèrent vers le mage de sang et l'archimage. Ils s'inclinèrent brièvement devant eux.

- Nous avons fait toutes les vérifications. Le cristal de Tanin est toujour là. Par contre, il semblerait qu'ils se soient enfuis avec la formule.

Nilas fut troublé par cette nouvelle.

- Et où serait leur intérêt ? Le message que j'ai reçu de Jaina la nuit dernière me confirmait que le dernier fragment avait été coulé avec le Chaos des Esprits !

Tanin haussa les sourcils.

- Jaina ? La nuit dernière ? Ah, c'est pour ça que vous aviez l'air endormi ce matin...

- Non, une minute : c'est pas ce que tu crois...

- Ah non ? Pourtant, si je ne m'abuse, vous êtes tous deux archimages, et vous maîtrisez parfaitement la téléportation, hein ? Non, non ! ajouta t il en voyant l'expression de Nilas. N'essaie pas de te justifier. D'ailleurs, on ne te blâme pas. Donc tu disais que le troisième fragment devrais être détruit ?

- Exactement ! répliqua une voix féminine derrière lui. De toute façon, ce n'est plus un danger.

Mira et Anakall venait d'entrer dans le laboratoire. Tanin et Nilas firent volte-face, tandis qu'Unkan retournait vaquer à ses occupations.

- Comment ça, « plus un problème » ? répondit Nilas, interloqué.

- Explique-leur, Anakall...dit doucement Mira.

- D'accord. Il apparaît qu'ils sont bien plus doués en horticulture qu'en « chimie agressive ». Nous avons pu accéder à la vue de la formule complète, à Undercity. Il semblerait que ce ne soit que la formule chimique d'un simple pollen.

Tanin et Nilas avait du mal à en croire leurs oreilles. Non pas que ce soit le fait que la formule ne soit plus dangereuse, qu'elle n'ait jamais été un danger réel, mais ces deux-là avait été à l'intérieur d'Undercity et étaient revenus vivants.

- Vous sortez d'Undercity ? Comment avez-vous fait ?

- Oh...Pas grand-chose. Il nous a suffit de suivre la piste des squelettes à travers les souterrains de Dalaran, pour se rendre compte qu'ils s'étaient frayé un chemin à l'explosif. On est resté caché durant tout notre petit voyage souterrain. Malheureusement, on ne peut pas vous dire quelle tête a fait Sylvanas en s'apercevant de l'inefficacité de son soi-disant poison, bien qu'on soit restés dans les tunnels un peu plus longtemps que prévu.

Tanin haussa de nouveau les sourcils.

- Vous aussi ! Ma parole ! Vous vous y mettez tous où quoi ? dit-il avant de passer dans la chambre d'expérimentation où attendait le cristal.

- De quoi il parlait, là ? demanda Mira en se tournant vers Nilas, avec un air amusé.

- Tu laisse tomber, tu veux bien ? lui répondit doucement Nilas en rougissant légèrement.

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Le ciel rouge de Draenor commençait à s'assombrir avec la tombée de la nuit. A l'entrée du troisième sous-sol se tenait une silhouette drapée dans une cape noire, observant silencieusement le Seigneur de Guerre qui contemplait toujours le cristal de contrôle de la Sentinelle. Au bout de quelques heures, la silhouette massive de Dalnor s'effondra de fatigue dans son siège. Il ne quittait plus le troisième sous-sol, complètement obsédé par les effluves de corruption qui émanait de cette dimension. Il comptait bien évidemment les mettre à profit dés que possible. La silhouette drapée de noir choisis ce moment pour sortir de sous sa cape un petit cristal translucide. Elle le manipula précautionneusement. Au bout d'un moment, le cristal émit une faible lueur blanche éclairant le visage délicat de Somand, qui était bien décidée à reprendre sa petite exploration. Elle passa la main devant son cristal. Une image se forma. La vision de la Sentinelle. Somand sentit la lumière et la puissance du cristal de contrôle rouge faiblir, tandis qu'elle s'appropriait une partie de la puissance pour exercer son contrôle sur les divers instruments mis à sa disposition. Elle étendit les pouvoirs du cristal afin de retrouver ce qu'elle avait commencé à ressentir la dernière fois qu'elle avait entrepris une telle opération. Elle retrouva bien vite cette trace, en bordure de Lordaeron, d'après la carte. D'après les sigles qui apparaissait au-dessus de son cristal, il s'agissait d'un autre cristal, qui semblait inerte, mais qui gardait les traces d'une importante corruption matérielle. En y faisant un peu plus attention, elle remarqua également quelques infimes traces d'activité énergétique. Elle tenta d'établir une liaison directe, ce qu'elle réussi à faire avec succès. Aussitôt, son cristal vira au rouge et se mit à dégager une intense chaleur. Insensible à certaines formes de douleur, Somand le maintint fermement entre ses doigts et se mit à étudier les sigles qui venaient de remplacer les précédents. Elle fut d'abord surprise de reconnaître dans ces sigles un des précédents rapports de la Sentinelle. Puis, se mit à sourire. Bien sûr ! se dit-elle. Le possesseur devait avoir établi une transmission pendant que la Sentinelle envoyait son rapport. Sa puissance avait certainement dû supplanter celle de l'autre utilisateur. Ce qu'elle voyait était donc, d'une certaine manière « enregistré » dans le cristal de ce mystérieux utilisateur, qui d'ailleurs n'était pas n'importe qui. Elle sentait bien ces traces de magie, même masquées par les traces de la Légion. Elle appartenait à un elfe de la nuit, elle en était certaine. Dans ce cas, pourquoi ne pas profiter de la capacité d' «enregistrement » de son cristal pour émettre un avertissement ? Non pas qu'elle voulait l'aider ou être aidée, elle ne voulait rien devoir à personne, mais tout ce qui pouvait nuire à Dalnor était le bienvenu. Inversant les épanchements magiques afin d'accéder entièrement au cristal récepteur, elle commença son message...

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Tanin était en train de montrer à Nilas, Fynar, Mira et Anakall sa découverte. Il répéta les gestes qu'il avait déjà effectué devant le cristal. Une fois que les sigles furent apparus, il s'adressa à eux.

- Voilà à quoi j'ai pu aboutir. D'après le manuscrit que j'ai étudié, il s'agirait du langage de la Légion Ardente.

- En tout cas, c'est exactement ce que j'ai vu en mer intervint Anakall.

- Et ça voudrait dire quoi ? dit Mira

- Aucune idée... avoua le Mage de Sang d'un ton désolé. La seule chose que je peut dire, c'est que...

Il s'interrompit brusquement. Et pour cause ! Le cristal d'Anakall s'était remit à briller furieusement. Quelle ne fut pas la surprise des cinq observateurs en voyant les signes rouges se brouiller tandis qu'un visage apparut au-dessus du cristal, exactement le même système de communication qu'utilisait l'Entrave ! Le visage ressemblait à celui d'une femme, néanmoins quelque chose d'inexplicable la rendait plus dangereuse qu'elle n'en avait l'air, Mira le sentait bien. Le visage se mit à parler, bien qu'apparemment il ne semblait pas s'adresser à eux. La voix semblait attirante, mais un soupçon de cruauté perçait dedans.

- Qui que vous soyez, je vous avertis : un danger arrive vers vous par la mer. Il s'agit d'un guerrier d'exploration, peut-être plus, invisible en provenance de Draenor oeuvrant pour le compte de la Légion Ardente. Si vous ne trouvez pas le moyen de le détruire, il est fort probable que votre dimension sera très bientôt envahi de nouveau par les troupes de la Légion.

Puis la transmission cessa aussi brusquement qu'elle avait commencé. Aucun des cinq compagnons ne parla pendant les quelques minutes qui suivirent la fin du dialogue. Fynar rompit le silence.

- C'est une blague ?

- En tout cas, ça n'a pas l'air d'en être une... répliqua Mira d'un ton neutre.

- Ca corroborerait avec les différentes anicroches qu'on rencontré les elfes de la nuit et les orcs sur le continent de Kalimdor, non ? demanda Anakall.

- Exact assura Nilas qui bougea soudain comme si il avait reçu une décharge électrique. Mais s'il est invisible, alors il faut prendre des prédispositions. Je fonce aux centre des arcanes voir s'il ont quelque chose qui nous permettra de le détecter. Mira, envoie des gyrocoptères patrouiller en zone ouest. Qu'ils reviennent dés qu'ils repèrent quelque chose d'anormal. Les autres, commencez à alerter vos guerriers.

Il quitta ensuite rapidement la salle, bientôt suivis par les autres...
Quelques jours plus tard, Dalnor était toujours devant le cristal rouge, aux commandes de la Sentinelle. Bizarrement, il semblait avoir brusquement perdu l'obsession de la corruption, se reconcentrant ainsi sur un contrôle optimal de Sentinelle, laquelle approchait des côtes de Lordaeron.

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A Dalaran, les Brisesorts du centre des arcanes étaient en train d'installer sur les gyrocoptères de patrouilles de curieux systèmes composés d'une sorte de longue vue dont le verre était légèrement verdâtre. Ceci était la marque d'un traitement magique du verre dans le but de le rendre beaucoup plus sensible aux influences externes. Il pouvait donc détecter assez facilement les corps invisibles. Le même système avait été installé dans chaque tour. Le plan était relativement simple. Les gyrocoptères devraient surveiller les environs. Dés que cette chose serait en vue, leur mission consisterait à rabattre la Sentinelle vers Dalaran, où elle serait détruite. Bien sûr, son blindage était résistant, mais Tanin, expert dans le domaine de la magie, estimait qu'il ne pourrait sans doute pas résister aux assauts répétés des mages, prêtres et autres guerriers et magiciens.

Quelques heures plus tard, les gyrocoptères décollèrent, faisant vrombir leurs moteurs et mirent le cap a l'ouest.

A peine furent-ils arrivés sur la zone de patrouille qu'ils aperçurent une grande gerbe d'eau au loin qui arrivait sur eux à toute vitesse. Sur un ordre du chef d'escadrille, ils se mirent et position d'attaque et descendirent en piqué sur la gerbe d'eau. Les pilotes installèrent alors la longue vue, équipée du système de détection, dans leurs champs de vision. A travers le verre, ils virent une forme ondulante qui rasait la surface des flots. Aussitôt, ils ouvrirent le feu de tout leurs canons. De petites gerbes d'eau giclaient sous les impacts des tirs ratés. Les projectiles qui faisaient mouche déstabilisaient le camouflage de la Sentinelle et produisaient des gerbes d'étincelles avec un bruit de métal contre métal.

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Dalnor sursauta quand il vit dans le champ de vision de la Sentinelle de multiples petits objets volants qui tournaient autour. Après un court instant de calme, le cristal de contrôle s'était mis à chauffer furieusement, essayant de renouveler l'énergie du guerrier invisible. Dalnar n'arrivait pas à en croire ses yeux. Les objets étaient en train de tirer sur la Sentinelle ! Comment ces maudits humains arrivaient-ils à détecter eux aussi la Sentinelle ? D'une façon où d'une autre, Dalnor fut surpris de la stupidité de ces humains. Pourtant, il lui semblait qu'il s'agissait d'une stupidité calculée. Le cristal commençant à émettre trop de chaleur, il modifia la trajectoire de la Sentinelle afin d'éviter trop de dégâts. Après quelques minutes pendant lesquelles les tirs furent moins nourris, il aperçut au loin de grandes tours. Il reconnaissait parfaitement cet endroit. C'était par-là qu'Archimonde était entré dans cette dimension. Ses pensées changèrent immédiatement lorsqu'il s'aperçut que les tours se mettaient, elles aussi, à bombarder la Sentinelle ! De plus une multitude de soldats se mettaient à la harceler ! La chaleur émanant du cristal devint si forte qu'il dû vivement s'écarter pour éviter d'être brûlé. Il jura en dirigeant la Sentinelle hors de ce guet-apens. Il n'avait pas pu faire une telle erreur...

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Mira vit la Sentinelle arriver à pleine vitesse sur Dalaran. Le piège avait visiblement fonctionné, mais la Sentinelle semblait encaisser avec efficacité toutes les attaques. Elle la vit nettement entamer une procédure de dégagement. Elle réagit immédiatement, essayant une tentative désespérée. Rapidement, elle récita quelques incantations qui la vidèrent presque entièrement de son énergie. Deux rubans de lumière se mirent à tournoyer autour de ses poings, qui jaillirent avec une vitesse phénoménale vers la Sentinelle lorsqu'elle pointa les doigts. Elle visa ses yeux, enfin....les deux cristaux rouges qui lui tenaient lieu d'yeux. Lorsque le Charme atteignit sa cible, la Sentinelle se figea brusquement. De multiples éclairs dansaient à la surface de son corps, son camouflage ayant été mis hors fonction suite à l'intense dégagement d'énergie qu'avait produit le Charme lors de l'impact sur les cristaux optiques. Elle se mit à vibrer violemment, son armure de métal se mit à gémir, comme si on la chauffait et qu'on la tordait. Soudain, Mira sentit sa volonté infiltrer le « cerveau » de la Sentinelle. Elle sentit sa véritable conscience, c'est à dire celle de celui qui la contrôlait vraiment...Elle ressentit le chagrin, le désespoir, la corruption, la violence émaner de cet...être qui pouvait parfaitement les détruire. Tout ce qu'elle sentit ensuite ne fut que sa vision vaciller, puis le noir complet...

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Dalnor sentit soudain quelque chose qui essayait de se faufiler dans son esprit en même temps que le cristal de contrôle devenait blanc à force de chauffer. Soudain il sentit un passé sombre, un sentiment de paix, et....un curieux mais puissant sentiment d'attirance qui était rallié à....un Chasseur de Démon ! Autant de pensées qui le dégoûtait, car il ne pouvait pas comprendre ce qu'il ne pouvait pas ressentir. Cependant, il ressentait parfaitement l'intense fournaise qui se dégageait du cristal, craquelant la pierre. Il remarqua également qu'il s'était inconsciemment écarté d'encore un bonne dizaine de mètres de la source de l'étuve. Il se souvint, juste à temps, des paroles d'Akama. Presque avec regret, il prononça la formule de rupture. Le cristal émit une intense et brève lueur jaune, signal d'autodestruction vers la Sentinelle. Puis il s'éteignit, la chaleur se dissipa rapidement.

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Manque total de chance, alors que Mira venait de perdre conscience, le cristal des transmissions, sous l'effet du sort de Mira, explosa en morceaux brillants, creusant un trou béant dans la tête de la Sentinelle. Les forces magiques qui assuraient l'intégrité de son corps se dissipèrent, elle tomba en morceaux au beau milieu de la base de l'Entrave. Le signal de destruction de Dalnor se perdit dans les espaces inter-dimensionnels...
Les soldats hurlèrent de joie en voyant une gerbe d'étincelles jaillir du crâne de la Sentinelle quand elle se désagrégea. De toutes parts de Dalaran les guerriers accouraient pour voir la mystérieuse créatures en morceaux. Perdus dans le flot de monde, Anakall cherchait désespérément Mira. Il avait senti son esprit défaillir lorsque la Sentinelle avait été vaincue. Il ne comprenait pas pourquoi un tel lien existait entre elle et lui. Peut-être venait-il juste de s'en rendre compte...Alors que le Mage de Sang, l'Archimage et le Paladin s'approchaient, il la retrouva finalement, allongée sur le sol. Son esprit, qu'il ressentait maintenant avec une clairvoyance étonnante, semblait s'être considérablement affaibli. Pris d'une sorte de affolement, il la prit dans ses bras et se releva rapidement pour l'emmener dans sa chambre, ou à l'infirmerie afin qu'elle reçoive des sois appropriés. A peine s'était-il relevé qu'il entendit Fynar s'adresser à lui.

- Anakall ! Où est passée Mira ?

- Elle est là. Je crois qu'elle a subi quelque chose de grave. Qu'est-ce que tu en penses ?

Il y avait dans la voix d'Anakall quelque chose qui ressemblait à de la panique. Fynar le sentait bien. Pourtant, ses paroles furent loin d'être affolantes.

- Elle est très épuisée, certes, mais je ressens comme une cicatrice intérieure...Je n'arrive pas à la définir, mais cela risque de lui causer quelques maux si on ne fais rien. Ramènes-la à sa chambre et vois ce que tu peux faire, j'avertirais les autres de ce qui s'est passé.

- D'accord et merci.

Anakall s'élança vers les quartiers de celle qu'il tenait dans ses bras. Il avait l'impression d'avoir failli perdre pour la seconde fois quelque chose à laquelle il tenait particulièrement. Les émotions qui remontaient en lui à cet instant ressemblaient fort à celles qu'il avait ressentie lorsqu'il avait appris la destruction de sa famille. Il s'était juré qu'un tel genre de choses ne se reproduirai plus jamais ! Il avait toujours eu un peu de mal à analyser ses sentiments, mais une ignorance totale de ceux-ci témoignait d'une complète stupidité de la part du chasseur de démons. En tout cas, il se sentait vraiment coupable de ne pas les avoirs identifiés plus tôt. Celle pour qui il venait de ressentir - pour qui il avait toujours ressenti - tellement de choses risquait de partir à tous moments. Il se rendit enfin compte qu'elle n'était pas si immunisée, si invulnérable qu'elle en avait l'air.
Arrivé devant la porte de sa chambre, il l'ouvrit en coup de vent, la referma et déposa délicatement Mira sur son lit. Il s'assit ensuite à côté d'elle et posa une main sur le front de celle qu'il aimait. Se concentrant, il sentit un profond désespoir, du chagrin, ainsi que la mort...

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Dans une salle inférieure de la forge, Tanin, en compagnie de Nilas et d'un spécialiste forgeron, étudiait fixement les morceaux de métal disposés devant lui, sur une table de pierre. Les débris de la Sentinelle avait été amenés dans la forge dans le but d'être identifiés, puis détruit. Aucune trace de la Légion Ardente ne devait rester sur Azeroth. Bien sûr, les forêts de Kalimdor portaient encore les cicatrices de la corruption, mais les Elfes de la Nuit de là-bas se chargeait de les purifier.

- Nuls doutes là-dessus dit Tanin. C'est de la très belle ouvrage.

- Blindage quantique renforcé ajouta le maître forgeron Kéris qui se tenait près d'eux. C'est pratiquement infranchissable lors d'attaques continues. La première fois que j'en ai entendu parler, ce devais être il y a quarante ans, dans un très vieux livre qui relatait la première invasion des démons il y a dix mille ans. Jamais je ne pensais voir un jour ce matériau ! reprit-il, médusé.

A ce moment-là, Fynar entra dans la forge. Nilas tourna le regard vers lui.

- Alors, où sont les deux autres ?

- Mira a subi un important choc lors de la destruction de la Sentinelle. Anakall l'a ramenée dans sa chambre pour essayer de la soigner. Je pense qu'il vaudrait mieux ne pas la déranger pour le moment. Vous avez du nouveau concernant cette...chose ?

Nilas, qui étudiait ce qui devait être le crâne de la Sentinelle, répondit d'un air affairé.

- Oui, tu n'as qu'a demander au forgeron pour de plus ample explications dit-il tandis qu'il extrayait de la pièce sphérique qu'il tenait à la main un curieux système composés exclusivement de petits cristaux reliés entre eux par un enchevêtrements de fils de matière que Nilas semblait ne pas reconnaître. Deux cristaux rouges sang étaient reliés à un gros cristal blanc veiné de vert, duquel partait un fil qui rejoignait un cristal bleu qui semblait avoir explosé. Une multitude de petits cristaux gris étaient également reliés au cristal blanc. Quatre autres fils semblaient descendre et étaient coupés. Nilas apostropha la Paladin.

- Fynar ! Regarde si il y a quelque chose de bizarre dans les pièces blindées intérieures.

Il y eut un moment de silence, un gros bruit de vaisselle cassée, et un cri de douleur quand une des pièces de métal tomba sur le pied du Paladin roux. Fynar lança une série de jurons retentissants. Tanin fut impressionné quand au vocabulaire élargi dont il disposait dans ce domaine.

- Tout ça c'est bien, Fynar... soupira le jeune Archimage d'un ton las.. Mais tu n'as pas répondu à ma question...

- Ca va ça va , je m'en occupe... grogna Fynar.

Après quelques minutes, il reprit la parole.

- Ouais, il y a quelque chose qui cloche. Regarde.

Il exhiba quatre cylindres de métal qui semblaient pulser d'une lueur bleue interne. Tanin, ainsi que Nilas visiblement, ressentirent immédiatement la dangereuse puissance qui émanait de ces objets.

-Je ne pense pas qu'il soit sage de les détruire ces cylindres...dit lentement le forgeron. Cela risquerait de ...

- Oui on voit très bien ce que tu veux dire. Tanin, mets-les en sécurité. La puissance contenue dedans nous seras peut-être utile.

- Excusez-moi, mais je reconnais l'architecture des Draeneis sur ces débris annonça Kéris.

Nilas se pencha. Il n'avait pas tort. Il y avait des gravures très caractéristiques. Quelque chose commença à germer dans son esprit. La Sentinelle était donc originaire de Draenor. Mais la Légion Ardente aussi ! Les Draeneis n'étant pas des traîtres, la Légion Ardente devait avoir trouvé un nouveau moyen d'établir une liaison entre Azeroth et Draenor ! Tanin aussi semblait avoir fait le même raisonement, car il regarda Nilas avec inquiétude.

- Si la Légion arrive à revenir...commença t il

- ... Il nous sera impossible de les arrêter comme il y a cinq ans. Azeroth est trop affaiblie pour pouvoir faire face à une nouvelle invasion... finit Tanin.

- Quelles sont les options qui s'offrent à nous ?

- Je vais y réfléchir dit Nilas. La nuit porte conseil, et nous avons tous besoin d'un peu de sommeil. Kéris ! Détruis ces morceaux, on n'en tirera plus rien.

- Comme vous voudrez... répondit le forgeron.

Sur ce, il mis dans le feu des morceaux de pierres poudreuses qui se mirent rapidement à rougir et à dégager une intense chaleur au contact des flammes. Hochant la tête, Kéris jeta alors dans la fournaise les pièces de métal blindée. Malgré leurs résistance, la chaleur eut bientôt raison des pans de matières, qui fondirent bientôt en crépitant.
La nuit était tombée de puis longtemps lorsque Anakall se concentra davantage, essayant de faire disparaître du corps de sa dulcinée cette sensation d'inertie, de froid mortel qui ne lui rappelait que la mort. Il lui avait enlevé son armure et ses lourds habits de protection. Elle n'était plus habillée que d'une longue robe bleu pâle. Il puisa au plus profond des plus tendres sentiments qu'il éprouvait pour sa bien-aimée. Une décharge de pure énergie parcourue son corps, passa par ses mains et se répandit dans le corps de Mira, qui ouvrit brusquement les yeux. Anakall ressentit un immense soulagement en voyant le regard grenat de Mira qui le regardait avec tendresse. Avant qu'il ait pu esquisser un geste, elle l'enlaça amoureusement, nichant sa tête au creux de son cou. La présence d'Anakall inhiba en Mira toutes les sensations déplaisantes qu'elle avait éprouvé en perçant involontairement l'esprit de Dalnor. Anakall lui rendit son enlacement du mieux qu'il put. Il avait l'impression de tenir quelque chose de frêle, de délicat, de fragile qu'il ne fallait surtout pas brusquer sous peine de voir cette chose se briser à jamais.

- Anakall...Pardonne-moi...

- De quoi donc, mon amour ?

C'était la première fois de sa vie qu'il appelait ainsi quelqu'un qu'il chérissait autant. Cette nouvelle expérience lui apporta un sentiment de responsabilité, de force et de courage qui était très loin d'être déplaisant. Mira retira doucement sa tête du torse d'Anakall et le fixa dans les yeux.

- J'ai senti ta panique lorsque j'ai perdu connaissance...J'ai ressenti exactement la même chose que toi...Mourir sans t'avoir dit ce que j'éprouvais réellement...Toute cette attente...pour cette seconde...

- C'est déjà oublié s'empressa de répondre Anakall. Et toi, me pardonnes-tu de ne pas m'être rendu compte plus tôt de l'évidence même ?

Pour toute réponse, le beau visage de Mira se mit à sourire de plus belle. Elle avança doucement sa tête de celle d'Anakall et l'embrassa du plus tendrement qu'elle put...Délicieux...Etonnant...Il avait l'impression de la boire... Le contact des lèvres d'Anakall sur les siennes la plongea en extase... Il accentua sa pression sur les lèvres de celle qu'il aimait... Mira se sentit répondre au baiser...Elle se laissa aller...Elle sentit Anakall s'allonger à ses côtés... L'étreinte chaude et vigoureuse de son amant fit chavirer son coeur, tel un navire au centre de Maëlstrom... Un frisson stimulant parcouru son corps des pieds à la tête tel une décharge électrique lorsqu'elle sentit sa légère robe glisser de ses épaules et de son corps... La passion les enveloppa tous les deux d'une aura de chaleur charnelle et d'émotions... Leurs sentiments, depuis trop longtemps refoulés, inhibés par des années de guerre, de destruction, de menaces et de devoirs débordèrent de leurs coeurs...L'amour qu'ils éprouvaient l'un pour l'autre crépita soudainement...

La vive lueur de la foudre réveilla soudain Anakall en sursaut. Le tonnerre ne tarda pas, grondement lointain, mais audible. La pluie tambourinait sur les vitres de la chambre, émettant ainsi un sorte de chant mélancolique. D'après la position de la lune, Anakall estima qu'il ne devait pas être plus de trois ou quatre heures. Un doux et tiède contact attira son attention. Le corps nu et profondément endormi de Mira était appuyé contre le sien, sa tête sur son pectoral gauche, une main sur son coeur, l'autre sous son dos. Il observa avec tendresse la peau de soie de Mira qui semblait scintiller à la lueur des éclairs. Ses cheveux d'or sombre dégageaient une senteur si exquise qu'Anakall se sentit se rendormir lentement. Néanmoins, il lui restait quelque chose à faire. Il devait avertir les autres de la guérison partielle de Mira et s'informer de ce qui s'était passer pendant l'« examen » de ce guerrier de métal. Il se leva lentement pour ne pas réveiller sa bien-aimée. S'approchant de la fenêtre, il vit que de la lumière filtrait encore des appartements de Tanin. Il mit quelques vêtements et sortit doucement, tout en remarquant que le fond du couloir, là où étaient passé les squelettes, avait été condamné. Il marcha lentement dans les couloirs sombres de Dalaran pour se diriger vers les appartements de Tanin.

Arrivé devant, il entendit la voix de Nilas qui discutait avec Tanin. Une des voix, grave, celle de Tanin donc, semblait affairée. Quelque bruit de métal de firent entendre, tandis qu'il semblait examiner quelque chose. L'autre voix, un peu plus claire et bien timbrée, se fit entendre de l'autre côté de la salle. Il semblait perdu dans ses pensées. Anakall frappa et entra. Nilas faisait les cents pas, pendant que Tanin semblait penché sur d'étranges cylindres bleus qui semblaient rayonner. Un curieux systèmes composé de cristaux et de fils était également disposé devant lui. En le voyant entrer, leurs visages s'éclairèrent.

- Anakall ! Comment va Mira ?

- Elle va mieux. Mais quelque chose dans son esprit semble être...bridée par une autre conscience. J'ai peur que ses capacités combattives ne soit considérablement réduite pour le moment. Je pense que le seul moyen de la libérer, c'est de trouver la source de cet esprit...et de le détruire.

- Ce ne sera pas aussi facile que tu sembles le penser...répliqua Tanin qui observait toujours les objets bizarres. Ah ! C'était presque parfait comme plan, parfaitement huilé, mais comment ont-ils pu atteindre un tel degré d'intelligence chez la Légion !? finit-il en frappant la table de son poing. Il avait l'air visiblement énervé et inquiet.

- Qu'est-ce que tu veux dire ? interrogea brusquement Nilas.

Tanin lui brandit un cylindre sous le nez.

- Il se passe que ces cylindres transportent assez de puissance pour transformer une partie non négligeable de Northrend ou de Teldrassil en Barrens ! Et si cette énergie peut être dégagée ainsi, elle peut aussi être concentrée et canalisée, avec toutes les conséquences que ça implique ! Tu devines, maintenant ?

Anakall n'en crut pas ses oreilles. Nilas aussi semblait avoir deviné.

- Un portail ambulant...souffla le chasseur de démons, horrifié.

- Et merde...C'est-y pas gentil ça....grogna Nilas.

- A partir de là, il y une bonne et une mauvaise nouvelle : la bonne, c'est qu'ils ne peuvent plus contrôler ces cylindres, donc le portail. La mauvaise, c'est qu'ils risquent de récidiver à tous moments, maintenant qu'ils savent qu'on les a percé à jours. Il nous faut donc agir très rapidement...

Nilas resta silencieux. Anakall semblait réfléchir à toute vitesse. Une idée commença à germer dans son esprit. Une idée folle. Et surtout dangereuse...Le danger...Une notion dont il n'avait pris conscience que très récemment...Trop récemment peut-être...Tout avait basculé si vite pour lui...Mais ils n'avaient pas le choix. Une grande menace, même latente planait sur Azeroth. Ils devaient stopper cette menace... Coûte que coûte. Il interrogea le Mage de Sang.

- Tanin...Quelle est la quantité de pouvoir contenue dans les éléments du portail ?

- Assez pour permettre le passage de légion entière de soldats démoniaques, de Nathrezims, et de toutes les autres joyeusetés du genre...répondit sombrement Tanin. Par contre, si on les utilise séparément, la puissance dégagée permettra le passage de seulement un ou deux guerriers, mais...

Le désignation « guerrier », combinée au fait qu'il savait que Mira ne pouvait pratiquement plus combattre et qu'ils avaient quatre cylindres à leurs dispositions éveilla quelque chose dans l'esprit de Tanin. Il tourna un regard éberlué vers Anakall.

- ...Attends...Tu as vraiment l'intention de faire ce que je pense ?

- Et pourquoi pas ? Bien sûr, ce sera risqué, très risqué...Et le nombre sera sans doute synonyme d'échec, mais un petit groupe de guerrier bien entraîné a une chance d'y arriver.

- C'est quoi, ton idée ? demanda Nilas.

Tanin répondit à sa place.

- Je pense qu'il a l'intention de se servir des sources de pouvoir comme billet aller-retour pour Draenor. Je me trompe ?

Anakall fit « non » de la tête tandis qu'un sourire éclairait son visage. Nilas hocha la tête.

- Ca pourrait marcher...Mais qui va y aller ?

- Nous avons quatre sources de pouvoir. Je pense que nous trois, ainsi que Fynar, nous devrions pouvoir en venir à bout. Mira n'est pas en état de combattre...

- Tu oublies les Réprouvés ! Si jamais Sylvanas attaque, Dalaran va y passer !

- Ca m'étonnerait répondit lentement Anakall. Je l'ai côtoyée pendant longtemps, à Silvermoon. Je sais qu'après son cuisant échec de chimie amusante, elle mettra longtemps à digérer cette défaite. J'en suis sûr.

- Bien. Alors si nous sommes tous d'accord...J'en parlerais à Fynar dés demain. Et je donnerais des ordres pour que Dalaran soit le plus en sécurité possible. Demain midi dernier délai nous devrons êtres partis. Nous devrions retourner nous coucher. Nous en aurons bien besoin.

Anakall retourna dans la chambre de Mira. Cette dernière était toujours allongée sous ses draps. Avant de retourner à ses côtés, Anakall s'agenouilla devant la fenêtre. Il commença sa prière à Elune et Cénarius, ses dieux de toujours. A sa grande surprise, une voix grave et agréable résonna au plus profond de son esprit. Une image se forma dans son champ de vision, une tête avec de longs cheveux et des ramures majestueuses.

- Guerrier...Ton idée tiens à la fois de la folie et du génie...

- Ce qui est surprenant, c'est que ces deux qualités vont souvent ensemble, Cénarius...reprit une douce voix de femme.

Les contours d'une autre silhouette se dessinèrent dans le champ de vision d'Anakall. La femme avait des traits très fins, bien qu'il ne puisse pas apercevoir entièrement son visage, qui semblait voilé. Elle était splendide...

- Elune...dit doucement Anakall. C'est réconfortant d'entendre votre voix et de ressentir votre présence en ces heures si sombre...

- Merci guerrier. Mais je dois te mettre en garde...Vous ne vous attaquez pas à si simple partie...Si vous échouez...Il est probable qu'il n'y aura plus d'avenir pour quiconque...Il augmentera sa puissance et pourra étendre son pouvoir jusqu'à Azeroth...Il me sera impossible d'intervenir en votre faveur sur Draenor...Néanmoins, je vais te dire quelque chose qui pourra t'aider...Ce...Cette chose était présente lors de l'invasion des démons il y a dix mille ans...Bien sûr, il n'était pas aussi puissant...Mais il en a quand même réchappé...S'il est insensible au froid et à la foudre, il est particulièrement vulnérable au feu magique qui le blesse grièvement et le fait beaucoup souffrir...Je crois que cette faiblesse est l'effet d'un sortilège que lui a lancé une Prêtresse de la Lune lors de la dernière invasion...A moins que ce ne soit une marque de son alliance avec les démons...

- Nous réussirons, Déesse...Je vous le promets !

- Il en va de la survie de ta bien-aimée ajouta le vision d'Elune.

Cette dernière remarque accentua la résolution du Chasseur de Démons.

- Bonne chance, guerrier reprit la vision de Cénarius. Et contre toutes attentes, si vous réussissez...dites-leurs bien Adieu de notre part !

- Pas de problème répondit Anakall non sans esquisser un léger sourire.

Puis les représentations mystiques disparurent lentement de sa vision. Il se releva, animé d'une confiance nouvelle, et retourna s'allonger auprès de Mira qui venait d'ouvrir les yeux. Elle sentit la sensation de détermination d'Anakall.

- Que se passe-t-il, mon amour ?

Anakall déposa un léger baiser sur les lèvres de son amante et lui raconta toute l'histoire, ainsi que ce qu'il projetait de faire avec le Paladin , le Mage de Sang et l'Archimage...
Assis dans sa forteresse, Dalnor vivait très mal cet échec, dont il sentait qu'il n'était pas en cause. Bien sûr, ce n'était qu'un contretemps regrettable. Il avait suivi toutes les étapes de conception de ce guerrier invisible qui était sur le point de lui offrir un passage vers ce monde pathétique, ses dieux minables qu'il écraserait de sa propre main dès qu'il le pourrait. Des milliers de soldats et de démons attendaient ses ordres de destruction dans les salles d'entraînement. Recréer un nouveau guerrier disposant de plus de pouvoir et d'un meilleur potentiel ne devait pas être une tâche insurmontable.

Malgré cela, quelqu'un devait payer pour avoir osé tenter le doubler. Dalnor se mit à se creuser la cervelle pour découvrir quel était le petit imbécile qui avait osé le trahir...Il n'avait pas perçu d'intention de trahison récemment...ni même presque jamais, en fait. Il devait donc procéder par élimination...Aucun de ses guerriers n'auraient pu avoir accès à la Sentinelle. Son fonctionnement et les interactions magiques qui en résultaient constituaient pour eux un problème d'une immense complexité. Ca faisait déjà un bon paquet de personne éliminé...Venaient ensuite les mages et les sorciers...Non...Eux non plus...Leurs pouvoirs ne leurs permettaient pas de contrôler de si puissantes entités...De plus, étant un peu plus intelligents que les simples guerriers, ils savaient parfaitement que se dresser contre Dalnor, c'était perdre d'avance...Il pensa à ses quatre lieutenants...Quatre puissants Nathrezims qui étaient capables de semer la terreur et le chaos en moins de temps qu'il ne faut pour le dire, et qui avaient participé à la Grande Bataille à ses côtés ...Il y avait d'abord Dazrak, qui affectionnait beaucoup l'utilisation de la magie sous toutes ses formes. Il était rusé, malin, sournois, mais lâche. Bien trop lâche pour risquer la mort en trahissant son maître...Ca en faisait un de moins au décompte...Qui y avait-il ensuite ? Relem ?...Fin stratège, n'aimant que moyennement être au coeur des batailles mais il se délectait de voir ses armées exécuter ses ordres et écraser ses adversaires. Relem avait un sens aigu de l'autorité...mais il était bien trop intelligent pour essayer de doubler Dalnor...Encore un en moins...Restait deux...Belgar ? Contrairement à ses précédents camarades, Belgar n'avait aucune ambition. Il était satisfait de son travail et de sa situation...Donc, logiquement, ce ne pouvait être lui...Un de moins...Restait un...Sardath...Il était le seul des Lieutenants à porter une armure et adorait les combats au corps à corps. Bien qu'il soit aussi un fervent utilisateur de magie, sa façon préférée de tuer ses ennemis était de leurs broyer lentement les os et de couper leurs circulations sanguines. Ainsi, le pauvre ennemi voyait parfaitement sa mort arriver. Néanmoins, Dalnor doutait de sa culpabilité...Sardath avait l'ambition de quinze démons réunis. Il n'était pas né de la dernière pluie, et ne se serait certainement pas risqué à le trahir, l'espionner ou à lui faire face...Non...Si d'aventure il lui était venu l'idée de tenter quoi que ce soit, il aurait sûrement opté pour le « coup d'état » et le renversement du pouvoir en place...Aucun Lieutenants n'était donc en cause...Ah ! Que cela l'énervait !... Un instant !... Akama ? Non plus...Il était reparti vers son village avec ses guerriers...et il n'aurait certainement pas voulu s'attirer des ennuis avec Dalnor. Résultat : choux blanc sur toute la ligne...

Poussant un long soupir, il se leva et se dirigea vers le cristal générateur, inerte depuis la soi-disante « destruction » de la Sentinelle. Pourtant, Dalnor sentait bien que le cristal gardait une trace très légèrement active de magie. Il l'examina de très près, espérant trouver une « signature » d'un éventuel fauteur de trouble...Le cristal lui-même avait été fissuré par la très intense chaleur qui s'était dégagée de lui dernièrement. A part ça, pas de signes visibles...Il s'intéressa ensuite au socle de pierre noire volcanique qui servait de support au cristal, et qui, probablement, alimentait le cristal en magie brute...La pierre semblait intacte, mais...Une petite fente apparaissait, qui laissait filtrer une légère lumière. Il approcha sa main et écarta les deux parties, faisant ainsi glisser de côté un morceau entier de la roche de côté, révélant les entrailles du générateur magique. A l'intérieur se trouvaient deux fins faisceaux de lumière bleue qui s'entortillaient autour...d'un tout petit cristal translucide...Dalnor fronça les sourcils et essaya d'attraper cet étrange élément qui, a priori, n'avait rien à faire dans songénérateur ! Il toucha malencontreusement un des faisceaux et sentit soudain une partie de son énergie se faire aspirer!! Il retira vivement sa main. « Saleté de sangsue ! » s'exclama t il. Recommençant sa petite opération, il réussit à le prendre sans encombre cette fois. Doucement, il l'éleva à la lueur des torches qui parsemaient la salle. Le cristal n'avait, à première vue, rien de surprenant, mais, pour une raison qu'il ne s'expliquait pas, il sentait que la réponse à sa question se trouvait dans cette petite pierre transparente.

Il essaya de la sonder...Bizarre...Quelque chose semblait...bloqué. Décidant que cette petite comédie avait assez duré, il libéra toute la puissance de son esprit dans ce misérable caillou. Il savait pertinemment que cela détruirait partiellement ce qu'il voulait découvrir, mais cela lui était égal. Il déversa sa puissance dans la petite pierre qu'il tenait dans sa main. Celle-ci émit une intense lumière blanche. Le « verrou » magique sauta dans l'instant. Hochant la tête avec satisfaction, il l'éleva à nouveau dans la lumière et marmonna quelques paroles. N'ayant plus aucune raison de cacher ce qu'il contenait, la petite pierre révéla ce qui était passé par elle. Un visage apparu alors au-dessus du cristal. Un visage très brouillé par les incantations anti-magie qu'avait prononcé Dalnor. Ce qu'il disait aussi était quasiment incompréhensible. Dalnor ne comprit que quelques mots, parmis lesquels : «...avertis...», «...guerrier... », «...invisible... », «...Draenor... », «...Légion... », «...dimension... ». Dalnor fut persuadé qu'il s'agissait non seulement d'un traître, mais aussi d'un saboteur...Où plutôt...Non !...Une saboteuse !!...Dalnor failli lâcher le cristal en reconnaissant le visage de Somand...Bien sûr ! Comment avait-il pu passer à côté ? Elle qui s'était montrée si prompte à servir la Légion auparavant...Mais elle était devenue si distante en découvrant Felwood par la Sentinelle...Avait-elle pris peur ? Dalnor en doutait...Si c'était le cas, la Légion Ardente ne pouvait accueillir une lâche dans ses rangs. Dans le cas contraire, ...Eh bien la Légion n'acceptait pas non plus les traîtres...Somand paierait donc, comme Artus auparavant...

Dalnor était très en colère. Plus en colère encore que quand il avait subi son premier échec en tant que commandant. Il broya le pitoyable caillou dans un crissement de pierre et hurla.

- GARDES !!

Aussitôt, un soldat entra dans le sous-sol.

- A vos ordres, Seigneur Dalnor !

- Convoquez-moi immédiatement les Lieutenants ici, c'est clair ? rugit Dalnor.

Le garde s'inclina précipitamment.

- Tout de suite Seigneur Dalnor...

Puis il s'en fut rapidement, sachant parfaitement que Dalnor n'aimait pas attendre. Ce dernier retourna s'asseoir sur le fauteuil de pierre qui trônait dans un coin de la salle. La haine envers tous ceux qui obstruaient sa marche s'intensifia. Il tuerait Somand lui-même... lentement ...très lentement...a petit feu...ce serait beaucoup plus agréable que de gâcher un peu d'énergie magique pour si peu...Cela faisait longtemps qu'il ne s'était pas dérouillé les muscles...
Dalnor entendit la porte du sous-sol s'ouvrir. Il tourna son regard. Quatre imposantes silhouettes ailées, dont une ne semblait n'avoir que des ossatures d'ailes, venaient d'entrer et se dirigeaient vers le maître des lieux avec une démarche lente, mais néanmoins menaçante...Une démarche qui rappelait l'inéluctabilité, le fait que même si vous parveniez à vous enfuir très loin, elle finirait par vous rattraper. Il s'immobilisèrent à quelques mètres de Dalnor, et s'inclinèrent profondément.

-Chers et précieux Lieutenants...Vous n'êtes pas sans savoir que nous poursuivons les plans conquêtes de monde à détruire, à ravager, à corrompre, ainsi que de dieux minables à écraser. Néanmoins, dans notre précédente tentative, quelqu'un a jugé bon d'intervenir et de faire échouer ce qui aurait dû se passer comme sur des roulettes. Nous avons un traître parmis nous...

Seule la voix exceptionnellement rauque de Relem, souvenir d'un échec pour le moins... cuisant, lui répondit. Il était tombé dans une embuscade il y a de cela plusieurs générations, et ses agresseurs avaient jugé bon de le brûler pour le tuer. Relem avait tellement hurlé de douleur dans les flammes que ses cordes vocales s'étaient à moitié déchirées, lui donnant ce timbre de voix impossible à imiter. Nul ne sait comment, Relem s'en était tiré avec de terribles brûlures sur tout le corps, qui n'étaient rien en comparaison de ce qu'il avait fait ensuite subir à ses assaillants, surtout pour la perte de ses ailes qui le défavorisait terriblement. Cependant, il y avait un revers - bénéfique - à la médaille. Sous l'effet de la douleur, une partie de son système nerveux avait été littéralement calciné, et le rendait ainsi insensible à la pire des douleurs.

- Peut-on savoir de qui il s'agit ? Soupçonnez-vous l'un d'entre nous ?

- Non. Pas vous, fidèles Lieutenants. Vos actions sont irréprochables, et vos convictions sont inébranlables. Celui - ou plutôt celle - dont je parle n'est autre que la Reine des Souffrances de la forteresse.

Un murmure incrédule se répandit parmis les Nathrezims.

- Elle ?

- Comment est-ce possible ?

- Etes-vous sûr ?

Dalnor leva la main pour réclamer le silence.

- Oui, j'en suis sûr. Elle a trahi la confiance que j'avais placée en elle. Et comme vous me faites confiance, du moins j'ose l'espérer, elle vous a trahi !

« Logique irréfutable » pensa Sardath, dont le visage s'agrémentait d'une importante cicatrice mal refermée sur l'oeil gauche, souvenir qu'un Chasseur de Démons lui avait laissé lors de la Grande Bataille, ce qui ne lui permettait plus que de voir que d'un oeil. Ce fut lui qui s'adressa à Dalnor de sa voix, placée très bas dans la gamme sonore. Elle aurait pu paraître extrêmement sensuelle si elle n'avait pas cette lourde tonalité parasite de menace et de mort.

- La légion ne peut laisser cet acte impuni ! Ce serait contraire aux lois de Sargeras !

- Tu as parfaitement raison, Sardath...C'est pourquoi j'aimerais que vous me l'ameniez ici, de gré ou de force... Et vivante, surtout !

- Vous allez vous amuser un peu, pas vrai ? demanda Belgar.

Dalnor lui répondit avec un sourire assassin.

- Parfaitement exact, mon cher Belgar. Aussi je vous demanderais de ne pas me faire attendre trop longtemps...

- Parfait, parfait...murmura Sardath en découvrant ses crocs meurtrier, et en faisant craquer ses jointures. Personnellement, je n'ai toujours pas digéré la « petite » punition disciplinaire qu'elle m'a infligé, il y a trois mille ans...Il va être temps d'y remédier...

- Rancunier, Sardath ? interrogea Dazrak.

- Oh...Si peu...

Les quatre imposantes statures des Lieutenants prirent la direction du dernier sous-sol...Les quartiers de Somand...
Alors qu'ils descendaient les derniers escaliers, chaque Nathrezim invoqua un Inferno, dans un silence relatif. Les quatre golems de feu et de roche les escortèrent jusqu'à la lourde porte de métal qui barrait l'accès au dernier sous-sol. Ils s'immobilisèrent à quelques mètres de celle-ci...

- Inutile de frapper...dit Sardath avec dédain.

Puis, sur un ordre de sa part, les quatre Infernos défoncèrent littéralement la lourde porte dans un grondement sourd...

Somand était assise devant un petit établi de pierre, à examiner le petit cristal pellucide qui, pour une raison qui lui échappait, ne lui obéissait plus. Elle n'eut pas le loisir de s'interroger plus longtemps à ce sujet. La lourde porte du cachot, de ses quartiers, explosa dans un grondement en projetant des morceaux dans toutes les directions. Elle se cacha la tête pour éviter d'être blessée...Les éclats retombèrent...Lorsqu'elle releva la tête, huit imposantes silhouettes barraient le passage dont quatre étaient nimbées de flammes. La silhouette de Sardath s'avança d'un pas et pris la parole d'une voix où perçait une pointe de sadisme.

- Somand, au nom des lois de Sargeras, ainsi que du pouvoir de Dalnor, nous venons t'arrêter pour haute trahison envers la Légion Ardente !

Il fit un geste en direction de Somand. Les trois autres Lieutenants s'avancèrent vers elle, d'une démarche menaçante. Somand se mit en position de combat, n'ayant nullement l'intention de se laisser avoir comme ça. Les quatre Infernos réagirent immédiatement et s'élancèrent aux côtés de leurs invocateurs respectifs pour les défendre. Non pas que ceux-ci en aient besoin, mais c'était ce pourquoi ils étaient créés. Consciente qu'elle ne pourrait pas gagner, Somand se calma quelques peu. Sardath esquissa un sourire bestial en faisant mine de se curer les ongles.

- Résistante, hein... ? Comme tu peux le voir, nous sommes très bien entourés dit-il en désignant ses compagnons d'un air absent. J'ajoute que toute opposition de ta part entraînera ton élimination immédiate. Tu es obligée de garder le silence. Si tu n'as pas d'Arbitre pour assurer ta défense à ta place, il ne t'en sera fourni aucun. Je pense que j'ai été très clair...Emmenez-la, vous autres !

Sur ce, les trois autres Lieutenants lancèrent simultanément leurs Torpeur sur Somand. Cette dernière senti son esprit défaillir, ses forces l'abandonner...Sa vision tournoya sur elle-même, se brouilla, puis disparu...Elle s'effondra au milieu des quatre Infernos qui la saisirent chacun par un membre avant de l'entraîner hors du cachot, vers le maître de la forteresse, sous les ricanements des Nathrezims.


Anakall guettait l'aube depuis un bon moment déjà. Les mots de la Déesse résonnaient encore dans sa tête : « Il en va de la survie de ta bien-aimée... ». Plus l'esprit de cette...chose se renforçait, plus celui de Mira s'altérait. Cependant, pour une raison qu'il ne s'expliquait pas, et qu'il ne connaîtrait sans doute jamais, il doutait qu'elle-même en soit parfaitement consciente. L'emprise de l'esprit adverse semblait se faire...sournoisement. Anakall se jura d'y mettre un terme, d'une façon ou d'une autre. Un rayon de lumière rose filtra à travers les rideaux de la chambre, signe que le soleil venait de pointer son nez. A ce moment, une main se posa sur l'épaule du chasseur de démons. La voix douce de Mira se fit entendre.

- Anakall...Tu est sûr de vouloir le faire ?

- Plus que jamais...répondit celui-ci. Je ne les laisserais pas te corrompre à nouveau, et je ne me permettrai pas de te perdre comme j'ai déjà perdu ma famille !

Mira frémit en sentant le courroux dans ses paroles.

- Je comprends...dit-elle simplement.

Puis, mettant ses mains derrière son cou, elle en retira un minuscule pendentif constitué d'une très fine chaîne en argent et d'une étoile en or. Elle le mit dans les mains d'Anakall et referma ses doigts dessus. Elle lui murmura à l'oreille.

- S'il te plaît, garde-le...Il te protègera...

Puis elle serra très fort son amant contre elle.

- Quoi qu'il arrive, mon amour...souviens-toi que je t'aime...

- Je ne l'oublierais jamais...lui répondit Anakall.

Puis, après un dernier et long baiser, il sortit de sa chambre, ses armes bouclées à sa ceinture, le coeur remplit de détermination. Il se dirigea vers le complexe des arcanes, où attendaient les trois autres héros...

A l'entrée, il croisa le capitaines des gardes de Dalaran qui le salua. Il entra dans la vaste salle. Tanin, Nilas et Fynar étaient déjà là. Au centre de la pièce trônait l'ancien cristal de communication d'Anakall, corrompu par la Légion...

- Enfin te voilà ! lança Tanin. Tiens, attrape !

Il lui lança un des cylindres de puissance.

- Dis-moi, Tanin...Que fait mon cristal ici ? Il ne devrait pas être au laboratoire ?

- Si ce que tu nous as dit sur Mira est vrai, on ne peut pas se permettre de perdre du temps bêtement à errer sur les Terres Dévastées en cherchant cette foutue forteresse ! Ton cristal va permettre de guider les énergies des cylindres afin de nous envoyer directement à l'endroit qu'on cherche. C'est dangereux, je sais, ajouta-t-il précipitamment, mais on a pas le choix.

- On peut peut-être y aller ? demanda Fynar. J'ai le marteau qui me démange.

- D'accord. Prenez position...

Ils se placèrent en carré autour du cristal noirci, tenant le cylindre à bout de bras. Tanin les prévint :

- Attention à ne pas brûler toute l'énergie des cylindres d'un coup, il nous en faut pour le retour.

Sur ces mots, ils se concentrèrent sur les puits d'énergies qu'ils tenaient dans leurs mains. Une lueur intense apparut devant chacun d'eux, qui se divisa en plusieurs points lumineux tournoyants. Les points se mirent à tourner de plus en plus vite. Une sorte de rideau liquide de couleur violette iridescente apparu soudain entre les points lumineux. Méfiant, Anakall passa d'abord une main, puis un bras à travers le rideau. Ce dernier, qui pulsait légèrement sous l'effet des variations dimensionnelles, semblait être constitué de la plus pure des matières. L'espace d'un instant, il rappela un instant à Anakall la texture de la peau de Mira. Prenant une décision il clama :

- Rendez-vous de l'autre côté...

Puis lui, ainsi que chacun de ses camarades, firent un pas en avant et traversèrent les étranges disques quasi-immatériels...
Dalnor jubilait. Il sentait sa puissance brute s'accroître d'heure en heure, depuis que le guerrier d'exploration avait été vaincu. Est-ce que cela était la compensation d'avoir perdu un élément de valeur ? Ou était-ce à cause de cet...esprit minable et sensible qu'il avait senti s'infiltrer en lui ? Un instant, il avait craint que celui-ci ne lui prenne sa puissance, mais c'était le contraire qui semblait se passer. De plus, il sentait que, bien que cette conscience fut trop emplie de sentiments insupportables, sa force gardait un net avantage. Aussi ne se privait-il pas de tenter d'en puiser le plus possible. Avachi dans un fauteuil de pierre au troisième sous-sol où trônaient les restes de l'ancien cristal de contrôle - Dalnor avait l'intention de les étudier en vue de la création de son (pourquoi pas ses ?) prochain guerrier - Dalnor attendait que sa petite troupe d'intervention lui ramène la traîtresse. Finalement, Dalnor aimait plus les sous-sols que son étage privé, six niveaux plus haut. Et au moins, il ne risquerait pas d'être dérangé pendant le petit « interrogatoire » qu'il mènerait. Peut-être ne serait-il pas nécessaire d'un mener un. Peut-être qu'il passerait directement à l'exécution.

La porte du sous-sol s'ouvrit dans un grincement. Les quatre Lieutenants entrèrent, suivis des quatre Infernos qui tenaient une silhouette inconsciente par ses membres. Ils la jetèrent sans douceur aux pieds du Seigneur de Guerre. Dalnor resta un instant à toiser la pitoyable personne qui avait osé le défier.

- Je vois que vous avez eu quelques problèmes, non ?

- Oh...Pas vraiment répondit Sardath. Juste qu'on ne voulait pas trop quelle nous file entre les doigts. Elle devrait reprendre ses esprits d'un instant à l'autre.

L'esprit de Somand se désembua graduellement. Sa tête lui semblait lourde, très lourde. Etait-ce à cause de la nuit qui approchait ? Non...Elle se souvint péniblement du visage de Sardath qui lui souriait méchamment, des trois autres Lieutenants et de leurs Démons...Ce Sardath ! La prochaine fois qu'elle le verrait, elle lui infligerait la pire des douleurs, comme il y a trois mille ans ! Elle releva doucement la tête...Une forme sombre qui semblait bouger rapidement s'encadra dans son champ de vision...Moins d'une seconde plus tard, une violente douleur accompagna un puissant choc qui la propulsa six mètres en arrière. Elle poussa un glapissement de douleur, tandis qu'une voix s'éleva dans un concert de ricanement.

- Alors ! Fini de dormir ?

Cette voix, impossible de se tromper. Se relevant douloureusement, elle vit son ancien maître s'avancer vers elle, ses quatre pantins à ses côtés.

- Fouillez-la ! ordonna t il

Dazrak, Belgar et Relem l'immobilisèrent sans douceur, tandis que Sardath, savourant sa vengeance, lui passait ses mains griffues sur le corps. Somand grogna de dégoût.

- Fantasmes pas ! Tu rêves !

- Si tu crois que tu me procure la moindre once d'excitation, tu t'enfonces le doigt dans l'oeil jusqu'à l'omoplate, ma pauvre ! Je n'ai qu'une envie pour le moment, c'est de te voir souffrir et mourir !

Somand essaya une ultime fois de se dégager...En vain...Les poignes des Nathrezimz étaient bien trop fortes...Debout devant eux, Dalnor observait la scène avec calme. Les mains de Sardath s'arrêtèrent sur une petite protubérance solide dans une des poche de la cape de Somand. Il s'en empara et l'éleva à la lueur des torches. Après un rapide examen, il la tendit à Dalnor.

- Voilà tout ce qu'elle avait sur elle...

Dalnor s'empara de la minuscule pierre transparente. Presque aussitôt, sa rage augmenta exponentiellement. Il reconnaissait parfaitement ce type de pierre...

- La preuve est faite !! gronda t il en s'avançant. Cette pierre, j'en ai trouvé une identique dans le générateur de la Sentinelle après que celle-ci eut été détruite. Il ne faut pas être un génie pour déduire que c'est toi qui a tenté d'en prendre le contrôle pour je ne sais quelle objectif ! Je suis navré de te dire...que c'est la fin pour toi ! finit-il en broyant la petite pierre limpide comme il avait fait avec sa soeur jumelle.

Somand se souvint des derniers mots qu'elle avait échangé avec Akama...

- Somand...Tu sais ce qui se passeras si Dalnor découvre quelque chose, n'est-ce pas ?

- Je préfère ne pas y penser. Je ne suis pas idiote au point de me faire prendre, tu me prends pour qui ?

Une idiote...Elle en était une...Et de première classe...Le pied de Dalnor lui infligea une terrible douleur, peu amortie par sa musculature qu'elle avait pourtant assez forte, et l'envoya se cogner contre un des sièges de pierre. Sardath l'interpella.

- Désolé, Somand, si c'est pas moi qui t'achève. Mais Dalnor va se faire un plaisir de te réduire en miettes !! ricana-t-il.

Somand releva la tête. Les quatre Lieutenants s'étaient installés sur des sièges aux coins de la salle, accompagné de leurs Infernos respectifs, prêts à savourer le spectacle. Les Infernos eux-mêmes semblaient s'esclaffer d'un rire guttural. Somand se dressa sur ses pieds. Elle était peut-être une idiote, mais elle ne laisserait pas Dalnor triompher si facilement ! Elle allait lui montrer ce qu'elle valait en combat à mains nues, puisqu'il ne semblait pas vouloir faire usage de magie contre elle. Elle rassembla toute son énergie physique et rigidifia son squelette, en prenant une position de défense. Dalnor haussa les sourcils et se tourna vers ses Lieutenants, l'air faussement horrifié.

- Ma foi, je crois que j'ai très peur...Pas vous ?

Les Nathrezims s'esclaffèrent. Cette remarque exaspéra Somand. Elle détendit ses muscles brusquement. En trois grands bonds souples, elle était arrivé au niveau de Dalnor, qui ne semblait pas avoir pris conscience de ce qui se passait, tellement le mouvement de Somand fut rapide. D'une détente des jambes, elle se propulsa au niveau du visage de Dalnor et enfonça son talon dans la gorge de ce dernier, l'envoyant valser pour le compte. Somand retomba souplement sur ses jambes, tandis que Dalnor s'effondrait comme une masse sur le sol. Les Nathrezims cessèrent immédiatement de rire, une expression d'incrédulité sur le visage. Deux Infernos voulurent intervenir, mais Dalnor hurla.

- Non !! Elle est à moi !! Laissez-la moi !!

Il se releva bien vite, un air meurtrier sur le visage. Il dressa ses mains pourvu de longs ongles devant sa figure.

- Cette exécution va finalement être un peu plus intéressante que ce à quoi je m'attendais !

Il lança son corps en avant, et, avant que Somand ait pu esquisser un geste, il envoya son bras à travers l'air qui la heurta brutalement. Somand eut le souffle coupé et fut envoyé deux mètres en l'air. Elle retomba sur le dos, un craquement lui appris qu'une de ses côtes venait de se briser. Elle expira brusquement de douleur. Dalnor s'avança et essaya de lui écraser la tête avec sa masse corporelle. Elle roula sur le sol, essayant d'ignorer la douleur qui provenait de son torse, se releva rapidement en mordant sa lèvre jusqu'au sang tellement la douleur l'élançait. Cependant, elle parvint à placer un coup de coude assez fort au niveau du bas de la colonne vertébrale de son adversaire. Ce coup déstabilisa Dalnor qui tomba à la renverse, tandis que Somand s'éloignait vivement, le souffle court à cause de sa blessure au torse. Dalnor se redressa une fois de plus, visiblement plus qu'exaspéré. Il venait de se faire ridiculiser devant ses plus fidèles guerriers ! Il était en train de perdre la face ! Décidant que cette comédie avait assez duré, il déclara :

- Assez joué ! Ici finit ta misérable existence !

Il expédia à Somand un très vigoureux coup de poing. Cette dernière, affaibli par sa côte cassée, ne réussi pas à l'esquiver à temps. Le coup lui brisa le nez et l'envoya voler en direction du mur opposé. Sa tête heurta avec violence la façade de pierre. Elle émit un gémissement strident...

L'horizon vacilla, puis se brouilla dans son champ de vision. Elle retomba lourdement sur le sol, incapable de faire le moindre geste. Il ne lui restait qu'un souffle de vie, grâce auquel elle tenait encore. Sa respiration était haletante, tout son corps semblait s'être brisé. Elle sentit une ombre se pencher sur elle, une ombre qui lui murmura d'une douce méchanceté :

- La mort lente est encore plus agréable à voir quand on la laisse faire, que quand on l'aide...Adieu...

La douleur et la honte de s'être ainsi fait massacrer ainsi la plaquèrent sur place. Chaque souffle lui demandait un énorme effort...Elle sentit ses forces diminuer de minutes en minutes...Elle voyait presque sa mort arriver...
La sensation qu'éprouvât Anakall lorsqu'il pénétra dans le disque liquide transcendait toute les perceptions qu'il avait ressentie au cours de sa longue existence. Ce n'était pas désagréable du tout, mais il n'aurait pas choisi de ressentir pendant le restant de ses jours ces stimulus. Son corps semblait comme...engourdi...Ses mouvements étaient extrêmement lents...Le pas qu'il avait commencé en entrant dans le portail semblait durer éternellement...Son pied s'approchait tout doucement de ce qui semblait être le sol...Pendant ce temps, le paysage dansait autour de lui. Le décor lumineux de la salle s'était mis à tournoyer, à onduler. Il passait maintenant par toutes les couleurs du spectre lumineux et prenant différents ton. Le panorama changea brusquement...Un paysage rouge sombre qui semblait fait de pastel et de peintures dégoulinantes se matérialisa dans son champ de vision...Puis il s'atténuât en ténèbres profondes...Dès l'instant où son pied toucha le sol, Anakall regagna brusquement toute sa liberté de mouvement, ce qui eut pour effet de le déséquilibrer. Il faillit tomber à la renverse, mais parvint à se rétablir. Entendant un chuintement derrière lui, il se retourna juste à temps pour voir la porte liquide disparaître en émettant un anneau de lumière blanche. « Ca y est, nous sommes dans la place.. » pensa Anakall. « Reste plus qu'à trouver les autres... ».

Deux des « autres » n'étaient pas arrivés bien loin. Anakall n'eut besoin de franchir que deux portes avant de trouver Tanin et Nilas, qui étaient chacun à l'extrémité de ce qui ressemblait à une chambre. Ils étaient vautrés à terre et grognaient d'énervement. D'après ce que pouvait voir le chasseur de démons, ils semblaient s'être empêtrés les pieds dans leurs capes respectives, et paraissait avoir toutes les difficultés du monde à se dépêtrer les jambes des imposantes pièces de tissus. « Sûrement cet effet de déséquilibre... » soupira Anakall en levant le regard au ciel comme pour implorer la réponse des dieux à la question qu'il se posait en ce moment même, à savoir « pourquoi a-t-il fallut qu'ils soient si maladroits ? ». Finalement, les deux mages réussirent à se démêler et reprirent leurs équilibres initiaux. A ce moment, Tanin remarqua.

- Et Fynar ? Il est passé où ?

Il obtint pour toute réponse un bruit sourd contre le mur du fond, suivi d'une série d'injures bruyantes, obscènes et blasphématoires, aussi bien en langage humain qu'en elfique nota Anakall en haussant les sourcils, injures qui ne convenaient guère à un guerrier appartenant à un Ordre aussi sacré que celui de la Main d'Argent. Nilas regarda Tanin

- Aucun doute, c'est bien lui...

Puis s'adressant au mur.

- Tout va bien, Fynar ?

Une voix étouffée qui semblait venir de l'autre côté lui répondit, l'air exaspéré.

- Je me demande bien où j'ai atterri ! Ca pue drôlement par ici !

Un instant plus tard, le mur s'effondrait sous un puissant coup de masse. Une ombre rousse en sortit, l'air étourdi. Un filet de sang coulait de son front, tandis qu'une grosse bosse se formait. Il promena le regard autour de lui. Il regarda de travers l'établi de pierre sur lequel étaient posés des outils de métal à l'aspect tranchant. Certains étaient rouillés, d'autres fendus et semblaient avoir besoin de révisions. Détournant la tête, il s'interrogea à voix haute.

- Alors ? où sont nos « amis » ?

- On va justement essayer de les trouver...susurra Anakall. Et je te conseille de baisser d'un ton si tu ne veux pas avoir tous les démons du coin à tes trousses...

Il sortir de la petite chambre sur la pointe des pieds. Après un couloir de quelques mètres de longueur, ils pénétrèrent dans une vaste salle uniquement éclairée par quelques torches. L'entrée semblait avoir été défoncée. A l'entrée, deux soldats montaient la garde. Anakall fit brusquement signe à ses compagnons de battre en retraite dans l'ombre.

- Qu'est-ce qu'il se passe ?

- Deux gardes...Armés...

- D'habitude, c'est pas ça qui pose problème ! protesta Fynar, toujours prêt à se lancer dans la bataille.

- Si un seul d'entre eux donne l'alerte, tu auras juste le temps de dire « ouf » qu'une multitude de soldats te transperceront, c'est ça que tu veux ? Je vais essayer de me les faire à la « discret »...Préparez-vous juste au cas où...dit Anakall.

Il sortit légèrement de la petite zone d'ombre dans laquelle il s'était caché et détache lentement ses armes de sur son dos. Il les empoigna fermement et étudia ses deux futurs adversaires. L'un d'eux était affalé à terre, et sifflotait un air qui ressemblait étrangement à « La Salsa du Démon ». Une bouteille verte était serrée dans son poing. Nul doute qu'il avait un peu abusé de la boisson songea Anakall. L'autre était sans nuls doutes beaucoup plus dangereux. Il tenait sa hache de guerre debout devant lui et semblait aux aguets. Néanmoins, le sifflement à peine audible mais parfaitement distinct de l'autre garde paraissait le gêner considérablement.

- .......Ta gueule ! Y'en a marre à la fin ! Tu me soûle, mais quelque chose de grave !

- Hips....Oh pardon. Allez mon pote ! Chante avec moi !! Hahaha !!

- Bon tu l'auras voulu..

Sur ce, il se dirigea vers son frère d'arme avec l'intention évidente de le frapper pour lui faire passer le goût de l'alcool en service. Anakall saisit l'occasion. Le garde ne s'occupait plus que de la façon de frapper son compagnon. Le chasseur de démons s'élança avec souplesse en avant, ses lames serrées contre son corps. En quelques enjambées puissantes et agiles, il fut au niveau des deux sentinelles. Le garde bourré eut à peine le temps d'esquisser une expression d'étonnement sur son visage que le guerrier masqué avait tranché ses deux carotides, faisant ainsi gicler un sang noir sur les murs du large couloir qui menait au dernier sous-sol. Le guerrier lucide, trop étonné pour avoir entraperçu le mouvement d'Anakall, ressenti brusquement deux douleurs cuisantes au torse. Baissant les yeux, il aperçut deux plaies sanglantes de part et d'autre de son sternum. Anakall avait planté et retiré ses lames du buste de sa victime à une vitesse hallucinante. En voyant son meurtrier planté devant lui avec un air de profonde haine, il voulut crier, donner l'alerte...En vain. L'air de ses poumons s'échappa par les plaies plutôt que par ses cordes vocales. Il s'effondra quelques secondes plus tard dans une mare de fluide vital sombre. Satisfait, Anakall fit un geste en direction de ses trois compagnons qui sortirent bien vite des cachots. Avec prudence, ils se remirent en route, empruntant le long escalier menant aux étages supérieurs.

Tout en progressant, Anakall commença à ressentir la domination que dégageait la forteresse. Des vibrations supra-maléfiques emplissaient l'air de toutes parts, lui donnant la chair de poule...Tout à coup, son ouïe très fine releva des chocs graves et sourds qui résonnaient presque dans les soubassements de l'immense bâtisse...Anakall frémit...Plus ils montaient, plus il sentait de fortes puissances émerger de l'ombre...Surtout une...Très reconnaissable, et pour cause ! Une forte partie de cet esprit provenait de celui de Mira ! Ainsi se trouvait là ce « voleur d'esprit »...Anakall serra les poings sur ses lames...Il allait régler une fois pour toutes le compte de celui - ceux ? - qui osait mettre des bâtons dans ses roues ! Après quelques minutes qui lui semblèrent une éternité, ses compagnons et lui arrivèrent devant une grande porte métallique. Un gémissement strident survint soudain de derrière la porte. Les quatre amis se regardèrent.

- On y va ? interrogea Tanin.

- Après toi, Tanin...répondit Nilas qui semblait un peu mal à l'aise.

Le Mage de Sang sourit et se plaça devant la lourde porte de fer. Il leva une main devant cette dernière.

- Tâchons de faire une entrée surprenante... susurra Tanin entre ses dents.

La paume de sa main se mit à luire fortement. Dans le même temps, la lourde porte sembla chauffer de l'intérieur. Elle se mit à rougeoyer très fort...Du métal fondu commença à couler le long de l'accès. Puis, comme si un marteau invisible l'avait frappée, les deux battants de la porte furent soufflés vers l'intérieur dans un vacarme assourdissant. Les quatre guerriers entrèrent dans l'immense sous-sol...A l'autre bout de la salle, une imposante silhouette était penchée sur une masse informe étendue sur le sol. L'ombre massive se redressa bien vite pour découvrir l'origine de l'intrusion, ainsi que les quatre silhouettes ailées accompagnées chacune d'un démon de flammes et de roches...

Dalnor entendit un puissant bruit dans son dos, ainsi que l'apparition de quatre puissants courants magiques étrangers. Il se retourna vivement vers l'entrée. Ses Lieutenants en firent autant. Les Infernos, dont les flammes s'étaient considérablement réduites suite au repos des démons, reprirent immédiatement leurs activités tandis que ceux-ci se placèrent à côté de leurs invocateurs respectifs. Dalnor examina les quatre étrangers. Il y avait un paladin, quelqu'un qui ressemblait à un archimage, un mage elfe, et...un - le - chasseur de démons que Dalnor avait entraperçu lors de l'emprise de son esprit sur celui de l'assassin de la Sentinelle. Enfin arrivait le bénéficiaire de tous les sentiments repoussants ( du point de vue de Dalnor) qu'il avait ressenti partiellement. Le coin de sa bouche se retroussa légèrement.

- Fidèles Lieutenants, il semblerait que nous ayons de la visite !

Sardath ricana et toisa les futurs adversaires. Son rictus s'effaça brusquement lorsque son regard passa sur le chasseur de démons. Celui-là, il n'était pas près de l'oublier ! Il pointa un doigt frémissant de colère vers lui.

- J'te connais toi...Espèce d'ordure ! A cause de toi, j'ai plus l'usage que d'un oeil !

Anakall riposta avec un petit sourire.

- Ah oui ! Permets-moi de te dire que j'ai été très déçu de ta minable performance de la dernière fois. Est-il utile pour moi de préciser que ton lamentable échec va se renouveler aujourd'hui de manière définitive ?

- Pour parler, tu parles...Mais pour oser ? Le seul problème, vois-tu, c'est que je vais plutôt me poser sur ce siège de pierre...et je vais laisser mon copain l'Infernal te faire la peau. Pas par lâcheté, non ! Mais avec lui, tu souffriras beaucoup plus...

- Surtout te prives pas ! riposta Anakall. Ah, j'oubliais...C'est toi qui as passé un pacte avec Sargeras pour avoir la puissance éternelle ? Déprimant...

Sardath fulminait.

- Dalnor...Celui-là commence à me taper sur les nerfs. Je peux m'en occuper moi-même ?

Dalnor toisa les guerriers encore restés devant la porte. Il venait de « s'amuser » avec Somand...Les Lieutenants avaient aussi besoin de se défouler...

- Supprimez-les tous...Jusqu'au dernier !

C'était le signal qu'attendaient tous les guerriers présents dans le troisième sous-sol. Ils s'élancèrent vers leurs cibles...
Sardath et son Infernal s'élancèrent vers Anakall - coïncidence ? - tandis que Relem, ayant la haine du feu, et connaissant le penchant des Mages de Sang pour ce genre de magie, choisissait Tanin. Belgar engageait le combat avec le Paladin roux du nom de Fynar pendant que Dazrak, lâche comme toujours, commençaient la bataille avec celui qui paraissait le plus faible, c'est à dire Nilas. Ce dernier appela toutes les ressources dont il était capable. Aussitôt, deux guerriers liquides se dressèrent à ses côtés et s'attaquèrent à l'Infernal de Dazrak. Le démon de flammes voulus frapper un des élémentaires...mais son puissant membre de roches passa au travers des corps fluides de ses adversaires et éteignirent les flammes de son bras droit. Les flammes d'un Infernal était comme le sang des êtres biologiques : ils ne pouvaient pas vivre sans. C'est pour cette raison que son bras se désagrégea dans un nuage de poussière. L'Infernal poussa un rugissement de douleur et de frustration et se rejeta en arrière et entreprit un petite réflexion... Ayant une petite idée, il concentra les flammes qui lui restait au bout de son unique main et l'envoya avec force vers un des élémentaires. Ce dernier explosa en une immense gerbe d'eau qui retomba en une fine bruine sur les combattants. Ce fut au tour de l'élémentaire de s'interroger sur la marche à suivre...L'Infernal commençait déjà à réitérer le sort qu'il avait invoqué....L'élémentaire opta pour une solution qui allait lui coûter beaucoup d'énergie. Au moment où il la lançât, le corps de l'élémentaire sembla s'écarter d'un point situé au centre de son corps, créant ainsi un tube d'air au travers du corps liquide, par lequel la boule calcinante s'engouffra et ressortit de l'autre côté, allant frapper - comme par hasard - l'Infernal de Relem qui était aux prises avec Tanin. L'autre Infernal explosa en un millier d'éclats scintillants, tandis que l'élémentaire, épuisé, canalisait toutes ses forces pour accomplir sa dernière action offensive. Il lança son corps liquide vers la tête et le corps de son adversaire. Les flammes cessèrent d'alimenter les fonctions vitales du démon de flammes....Ils se désagrégea en poussière...

Nilas était aux prises avec Dazrak quand son Infernal mourut. Le Nathrezim hurla de rage et concentra sa frustration sur l'archimage en une nuée de chauves-souris démoniaques qui se déversèrent sur Nilas. Ce dernier poussa un cri de douleur en envoya plusieurs boules de feu sur les vicieuses créatures. Une boule de feu désintégrait facilement une chauve-souris.

- C'est pas solide, mais y en a beaucoup ! maugréa Nilas.

Ripostant sur-le-champ avec un sort à grande échelle, il envoya une bourrasque de blizzard givrant sur l'essaim envahissant que composaient les chauves-souris. La plupart, celles des extrémités, furent simplement déviées par le souffle gelant. Les autres, en revanche, furent transformées en glaçons volants - pendant environ trois secondes, car la pesanteur imposant sa loi, ces glaçons se transformèrent bientôt en miettes de chauves-souris maléfiques. Nilas acheva rapidement les autres de quelques autres sphères enflammées bien ajustées. Alors qu'il pulvérisait la dernière petite créature ailée, Dazrak attaqua sournoisement Nilas sur le côté. Il entama un mouvement de balayage de sa main pourvue de longues griffes acérées afin de couper l'Archimage en deux. Sa manoeuvre fut presque couronnée de succès. Nilas sauta sur le côté, mais les longues griffes de Dazrak réussirent quand même à entailler sa chair. Avec une expression triomphante, Dazrak en profita pour pomper une partie de l'énergie vitale de Nilas. Avec ce pouvoir nouvellement acquis, il lança une Torpeur dans le but de mettre son adversaire hors course.

Nilas se remettait à peine de ses blessures, quand il sentit soudain sa tête tourner, l'horizon vaciller...En voyant les mouvements des mains de son adversaire, il comprit immédiatement ce qu'il lui réservait. Il comprit aussi, que s'il ne réagissait pas rapidement, il ne serait plus de ce monde lorsqu'il se réveillerait. Essayant de lutter contre la brume qui essayait d'envahir l'intérieur de sa tête, il commença son incantation d'une voix sourde, mais parfaitement audible. Dazrak ricana, sûr que son moment de triomphe était proche.

- Qu'est-ce que tu essayes de faire, mage stupide ?

Nilas ne répondit rien, continuant son incantation.

- Tu ne veux pas répondre ? Arrête au moins de parler, comme ça tu seras un peu plus crédible ?

Sur ce, il accentua le pouvoir de la Torpeur. Nilas faillit tomber dans les « vapes ». Il se raccrocha à la dernière once de pouvoir qui circulait sous sa peau. Il continua son incntation, mais par pensée, cette fois. Il savait bien que cela demandait beaucoup plus d'énergie, mais dans l'autre cas, Dazrak ne le laisserait pas faire. Le Nathrezim, pendant ce temps là, continuait de tourner autour de ce qu'il considérait comme sa prochaine victime.

- Vois-tu, mage stupide - peu importe ton nom - je n'ai jamais pu supporter tes semblables. Fiers, arrogants, vous pensez détenir toutes les capacités alors que c'est de nous que viens le vrai pouvoir !

Nilas ne daigna même pas le regarder, conscient que sa seule chance de s'en sortir à peu près intact était de finir son incantation silencieuse. Pourtant, il sentait son énergie faiblir...Il doutait de finir son incantation à temps...Dazrak approcha son immonde face très près de celle de son adversaire, lequel fronça les sourcils en sentant une odeur lui rappelant les égouts de Dalaran.

- En définitive, conclut Dazrak, vous êtes un peu comme...la gangrène. Et nous, nous sommes...l'amputation !

Nilas releva soudain la tête sous cette insulte indigne. Le feu de la colère attisa les cendres de ses pouvoirs. Avec un grand cri, il propulsa toute la vague de froid qu'il préparait. Dazrak de jeta en arrière, en poussant un hurlement de surprise, de peur et de douleur. Nilas maintint la vague jusqu'à ce que la température du corps immonde de Dazrak atteigne le zéro absolu*. Ce dernier explosa alors dans un nuage d'étincelles glacées qui se dissipèrent rapidement. Nilas se releva péniblement et regarda avec dédain les quelques restes qui traînaient sur le sol.

- Quand on tue un adversaire, on raconte pas sa vie ! lança t il.

Relem, de son côté, venait de perdre son Infernal suite à une cause inconnue de lui - tout ce qu'il avait perçu fut une grosse explosion à côté de lui, puis des poussières avait remplacé son démon favori. Comble de misère pour lui, le mage blond qu'il affrontait était aidé par un immense oiseau nimbé de flammes qui ne l'aidait pas à se défaire de son adversaire. Il s'était alors rapproché de Belgar et de son Infernal qui combattait le guerrier roux. Le combat se déroulait donc à trois contre trois. Contrairement aux deux Lieutenants, qui semblaient complètement désorganisés, le mage et le guerrier, ainsi que le phénix, agissaient en parfaite synergie. Fynar usait grandement de son sort de soin et de son bouclier divin, tandis que Tanin n'arrêtait pas de puiser dans les réserves de Mana de ses adversaires pour recharger les siennes. Ainsi, on pouvait apercevoir autour des combattants de nombreuses chauves-souris grillées qui jonchaient le sol par dizaines, voir par centaines. Malgré tout, les deux compagnons commençaient à s'épuiser**. La magie de Tanin n'ayant pratiquement aucun effet sur l'Infernal, c'était évidemment à Fynar que revenait la tâche d'éliminer l'Infernal, ce qui n'était pas chose facile, il faut bien le dire. A u moment où le démon de flamme envoya son membre de roche contre lui, le paladin dressa son bouclier divin. Le membre de roche s'écrasa dessus et n'eut pas d'autres effets qu'une gerbe d'étincelles. Fynar saisi cette occasion et abattit avec force son lourd marteau*** sur un des membres porteurs du golem de feu. Le résultat fut immédiat. La roche, même maléfique, ne put rien contre la lourde masse d'acier renforcée au mithril. Elle s'effrita et se cassa sous le choc. L'Infernal, privé d'une de ses jambes bascula et tomba à la renverse. D'un bond souple et agile, et évitant un coup direct en provenance de Belgar, il fit décrire à sa masse un arc de cercle, qui alla frapper de plein fouet la tête de l'Infernal à terre. Celle-ci éclata en mille morceaux, projetant des torrents de feu par le trou béant provoqué par le marteau. Une fois vidée, la carcasse de l'Infernal se figea, incapable d'esquisser l'ombre d'un geste offensif....Trois contre deux...Les Lieutenants goûtèrent à ce moment au désavantage du nombre, côté de la loi des probabilités qu'ils n'avaient encore jamais vraiment connu. Malgré ses aptitudes de stratège, Relem fut totalement brouillé par cette inversion de force. Il s'immobilisa pendant quelques dixièmes de secondes, le temps de réfléchir un instant sur la stratégie à adopter. Cette immobilisation lui fut fatal....Le phénix de Tanin, qui l'avait pris pour cible de puis un bon moment, lui déversa dessus un torrent de flammes magiques. Si le feu conventionnel n'avait plus aucun effet sur Relem, des suites de son « accident », le feu magique du phénix avait un effet quasiment doublé. Les longues langues de feu pénétrèrent la peau, les chairs brûlées et les organes vitaux de Relem. Ce dernier, insensible à la pire des douleurs, se rendit à peine compte de ce qui se passait. Tout ce qu'il sentit fut une légère chaleur comme s'il s'était mis à bronzer au soleil. Puis son corps se paralysa, sa vision disparu...Il s'effrita en cendres qui formèrent un nuage autour de Belgar, qui venait de se retrouver à un contre trois. Dire que le combat fut bref serait un euphémisme...A peine Relem s'était dissipé que Tanin envoya une décharge lumineuse au creux du ventre de Belgar, qui se plia en deux sous le choc. Fynar arriva par le côté et frappa de son lourd marteau la nuque de Belgar, qui éclata en envoyant des morceaux de cervelle un peu partout.

Quant à Anakall, il surpassait de beaucoup son adversaire. L'Infernal était de l'histoire ancienne depuis un bon moment déjà. Les lames d'Anakall, finement aiguisées, avaient fini, après de multiples assauts souples, rapides et précis, par trancher des sections entières de roche démoniaque. L'Infernal avait largement eu le temps de voir sa mort arriver en sentant ses capacités s'amenuiser petit à petit. Finalement, deux coups de lames dans les yeux du démon de flamme l'avaient achevé. Anakall avait déjà porté quelques coups bien placés a Sardath, lui occasionnant quelques plaies bien saignantes. Sardath, quand à lui, ne lui avait infligé que quelques égratignures superficielles....En fait, c'était ses chauves-souris qui lui avaient infligé ces légères blessures, pas lui...Le chasseur de démons Esquivait sans mal les « faibles » assauts de Sardath, tantôt « s'amusant » avec lui pour lui faire sentir qu'il était faible et qu'il n'avait pas progressé depuis dix mille ans, tantôt lui infligeant une lourde blessure quand sa haine séculaire reprenait le dessus. Néanmoins, la Métamorphose était totalement inutile, vu la non-valeur de son adversaire. Le dernier Nathrezim s'essoufflait rapidement.

- Quel dommage que je ne puisse pas te rendre la pareille...Déjà aveugle...maugréa Sardath en jetant un coup d'oeil en direction d'Anakall.

Anakall sourit du coin de la bouche. Sardath ne le savait pas, mais les yeux d'Anakall était loin d'être aveugle. Au contraire, se vision spectrale était beaucoup plus développée que n'importe quelle autre vision sur Azeroth, et même sur Draenor. Sardath continuait de lui parler.

- Comment fais-tu pour être si rapide, si précis alors que tu es aveugle ?

Cette question interloqua Anakall. Depuis quand Sardath était-il devenu aussi loquace pendant un combat ? Il n'avait pas cette conduite lors de leur dernière...altercation... « Peut-être que ces dix mille ans l'avait tout simplement rendu stupide... » songea Anakall. A moins que...Il baissa les yeux vers les mains de Sardath...et « vit » les pulsations démoniaques qui émanait d'une sphère verdâtre de pouvoir qui pulsait entre les doigts du Nathrezim. A ce moment, une expression meurtrière apparut sur le visage de Sardath. Il la lança en plein sir son opposant.

- Encaisse-moi ça !! hurla-t-il avec triomphe.

Anakall entrevit plus qu'il ne vit la sphère de pouvoir arriver sur lui. Par pur réflexe, il brûla le pouvoir qui composait la sphère avec un éclair ambré qui jaillit de son coeur juste avant que celle-ci ne l'atteigne. La majeure partie maléfique de la boule d'énergie ayant disparu, elle explosa avec moins de force qu'elle n'aurait dû. Cependant, l'explosion projeta un nuage d'escarbilles dans les alentours. Sardath hurla de joie. Il avait enfin pulvérisé son adversaire juré, il s'était vengé ! Il s'approcha du nuage qui continuait de tourbilloner.

- Hahaha !! Qui est-ce qui rigole maintenant ?

- Je crois bien que c'est moi...répondit une voix qui semblait venir de l'intérieur du nuage.

Sardath fut pétrifié de stupeur en entendant la voix de celui qui aurait dû mourir. La silhouette d'Anakall émergea lentement du nuage de poussière. Il regarda autour de lui.

- Tout ça pour faire de la poussière...Pathétique.

Décidant d'en finir avec ce Nathrezim faiblard et dénué d'intérêt, Anakall se projeta en avant. Avant que Sardath ne puisse esquisser un geste, Anakall fit décrire à sa lame droite une trajectoire courbe en direction de la tête de Sardath...Un hurlement retentit...Du sang noir gicla sur le sol...Sardath, prostré sur le sol en gémissant, se tenait la partie droite de sa tête dans ses mains. Du fluide vital coulait en abondance de son oeil droit. Anakall s'avança lentement et plaça ses lames au-dessus de la tête de Sardath. Sans la moindre hésitation, il les abaissa brusquement...Le gémissement pitoyable cessa dans un soupir...Anakall se rapprocha de ses compagnons. Les trois étaient dans un sale état. Tanin et Fynar étaient épuisés, Nilas n'en menait pas large non plus. Sa blessure saignait encore un peu, mais le pire semblait passé. Néanmoins, ils n'étaient plus en état de combattre...A part Anakall...Il se rapprocha de l'archimage.

- Nilas ! Est-ce que ca va ?

- Oui, ca va...Qu'est-ce qu'il y a ?

- Vous ne pouvez pas rester ici, c'est trop dangereux...dit-il en désignant la grande silhouette au fond de la salle qui les observait avec stupeur et haine. Moi j'ai une chance de l'exterminer, mais si vous restez, il ne vas faire qu'une bouchée de vous...

- En d'autres circonstances, je ne t'aurai jamais laissé seul avec un danger...Tu le sais...Mais là...Je dois avouer que tu as raison...Qu'est-ce que tu veux qu'on fasse ?

- Téléporte-toi avec Fynar et Tanin en dehors de la Forteresse, très loin si possible...et attendez....

- D'accord, mais toi ? Tu sais que tu risques ta peau !

Anakall sourit.

- Sans audace, pas de gloire...Allez !

Sur ce, rassemblant quelques forces, il commença l'incantation de téléportation. Rapidement une aura bleutée l'enveloppa, ainsi que Tanin et Fynar...

Dalnor n'en croyait pas ses yeux. Ses Lieutenants venaient de se faire littéralement « exploser » avec une relative aisance par les intrus. Ce monde minable avait donc de nouveau des guerriers capables de le défendre...en si peu de temps ils avaient émergés des abîmes magiques, leurs puissances dépassant tout...Cependant, constata Dalnor, certains paraissaient au bord de l'inconscience. Soudain, les trois en question se mirent à luire d'une aura bleutée. Dalnor se demanda s'il ne s'agissait pas d'un sort de guérison. Mais au lieu de guérir, ils disparurent ! Les imbéciles ! pensa Dalnor. Il ne restait plus en face de lui que cette créature guerrière que Dalnor ne se serait pas risqué à qualifier de « pitoyable », car il avait éliminé Sardath relativement facilement...Après tout...S'il il arrivait à le fédérer à la Légion, il pourrait remplacer facilement ses quatre Lieutenants. Cela valait la peine de tenter le coup...Il s'avança lentement vers le chasseur de démons, maintenant seul...

- Tu est puissant...très puissant...Et je sens en toi la marque du Pacte de l'Ombre...Pourquoi ne pas travailler avec nous ?

La question stupéfia Anakall. Dalnor ne devait sans doute pas ignorer la haine qu'il éprouvait envers la Légion, mais il lui proposait tout de même de la rejoindre ! La situation était tellement grotesque qu'elle aurait pu être risible en d'autres circonstances. De plus, d'autres facteurs s'ajoutèrent à l'esprit d'Anakall...Le visage triste de Mira, dont l'esprit était de plus en plus opprimé...Les images, mêmes lointaines de se cité en flammes...Les corps des membres de sa famille...Mais par-dessus tout, Anakall détestait que l'on prenne prétexte du pacte qu'il avait fait en tant que chasseur de démons pour essayer de l'attirer vers les sombres courants magiques...Anakall regarda le Seigneur de Guerre avec une expression proche de l'écoeurement.

- Tu ne manques pas d'air....TU VOLES EN CE MOMENT L'ESPRIT DE CELLE QUE J'AIME ET TU VOUDRAIS QUE JE TE LAISSE FAIRE ?

La seule évocation du sentiment amoureux provoquait en Dalnor une répugnance extrême. Essayant d'ignorer l'intervention d'Anakall, il redemanda.

- Joins-toi à nous, Chasseur de Démons. Et ta puissance sera sans limite ! Sinon...

Il décocha un puissant éclair noir en direction du guerrier « aveugle » dans l'intention de lui montrer qui commandait pour le moment. Anakall parvint à bloquer l'éclair aux creux de ses paumes. La haine et le sentiment de vengeance prirent le dessus sur son esprit. Il laissa passer en lui les vibrations supra-maléfiques émanant de toute la forteresse, sa peau filtrant au passage les énergies afin de ne conserver que la puissance brute et éliminer les énergies obscures et corruptrices. Il se Métamorphosa en sentant une puissance en lui bien supérieure à celle qu'il avait ressenti quand il avait abattu Brothorian. Un nuage noir cerné d'éclairs blanc l'enveloppa. Quelques secondes plus tard, une grande silhouette sombre, ailée et cornue, magnifique mais terrifiante, dont les muscles, alimentés par les énergies démoniaques, ressortaient bien, émergea du nuage. Anakall sentait toujours la sphère offensive de Dalnor pulser entre ses doigts, qui tentait de pénétrer son corps. Il consolida son emprise sur la boule de pouvoir.

- SINON QUOI ? tonna t il d'un voix qui fit trembler les murs de la salle en renvoyant le projectile à l'envoyeur.

Dalnor eut juste le temps de faire un bond de côté pour éviter son propre projectile qui détruisit une des statues qui se trouvait dans l'immense pièce.

- Ainsi donc, tu n'es là que pour nous mettre des bâtons dans les roues...Très bien...

Disant ces mots, et dans un hurlement strident, le corps de Dalnor sembla enfler et se noircir tandis que ses yeux se mettaient à ressembler à deux puits de lave en fusion. Il était à présent une fois et demi plus grand qu'Anakall. Puis, renonçant apparemment à faire usage de magie, il s'élança vers Anakall et lui décocha une formidable droite. Le choc sonna Anakall, qui alla s'encastrer dans un mur proche avant de s'écrouler par terre. Il se releva cependant prestement et entreprit de riposter. Ses ailes ne lui permettaient pas de voler correctement, néanmoins elles étaient capable d'appuyer sur l'air pour freiner une chute libre par exemple. Usant de cette capacité, il brassa brusquement l'air de ses appendices volants, se projetant ainsi à la rencontre de Dalnor. Surprisn celui-ci n'eut pas le temps de réagir. Les deux cornes d'Anakall s'enfoncèrent dans son abdomen. Même blessé, Dalnor n'émit pas d'autres sons qu'un grognement. Anakall enchaîna avec une série de boules de feu qui frappèrent Dalnor de plein fouet. Ce dernier perdit l'équilibre sous le souffle des projectiles meurtriers. Anakall s'élança, dans le but d'en découdre...

Bien plus tard, la force des deux combattants avait considérablement diminué sous l'effet des gigantesques quantités de magies et de forces utilisées. Anakall réessaya d'attaquer Dalnor en utilisant la force de ses ailes****. Dalnor anticipa l'attaque et, dés qu'Anakall fut à portée, il lança sa main qui se referma sur la gorge du chasseur de démons métamorphosé. Il poussa un rugissement de triomphe, tandis qu'Anakall émettait un couinement étouffé. Savourant sa victoire, Dalnor se mit à serrer lentement ses doigts. Il sentait la gorge de son adversaire s'écraser sous ses doigts Après tout, ce n'était pas vraiment un adversaire de valeur...C'était juste un clou...Un clou jeté en travers de son chemin avec nul autre but que celui de l'énerver...La vie commençait à l'abandonner...La vision d'Anakall se brouilla...L'immonde visage transformé de Dalnor fut remplacé par un autre, aux yeux d'un rouge beaucoup plus doux et chaleureux ainsi que par une chevelure couleur or sombre....Mira....Celle pour qui il se battait...Celle pour qui il allait pourtant échouer...A ce moment, une voix résonna dans son esprit... « Souviens-toi que je t'aime... »...Anakall ne trouvait plus la force de résister à l'emprise de Dalnor. Seule une petite once de pouvoir circulait encore dans ses veines, mais elle serait dérisoire face à la domination de Dalnor. La voix de Dalnor, méprisante, se fit entendre.

- Cette fois, tu es cuit....

« Cuit »...Mais bien sûr ! Anakall se rappela certains mots de la Déesse...« Il est particulièrement vulnérable au feu magique qui le blesse grièvement et le fais beaucoup souffrir... ». Rempli d'un regain d'espoir, Anakall expulsa une partie de son Mana de son corps, lequel s'enflamma au contact de l'air. De longues flammes vertes léchèrent le corps du chasseur de démons...et enveloppèrent le bras de Dalnor. Ce dernier poussa un hurlement de douleur qui dépassait la pire souffrance, relâcha la gorge d'Anakall et se jeta en arrière, tandis que son bras droit partait en poussière, calciné par les flammes de l'Immolation. Anakall reprit son souffle en de grandes goulées d'air. Puis il jeta un coup d'oeil en direction de Dalnor, dont le visage était ravagé par l'affliction qu'il venait de subir. Anakall concentra toutes les énergies qu'il put entre ses mains, puisant dans toutes ses réserves. Des tourbillons d'énergies démoniaques noires enveloppèrent son corps et se rassemblèrent au bout de ses bras en deux orbes ténébreuses. Dalnor en fit autant, se décidant enfin à user de magie. Bien qu'Anakall venait de finir le sort qui contenait suffisamment de puissance pour éradiquer Dalnor de ce monde, il s'aperçut avec effroi que Dalnor avait déjà levé sa sphère ténébreuse au-dessus de sa tête et s'apprêtait à la lancer sur lui...

Le vacarme environnant fit refaire surface à Somand. Bizarrement, ses forces commençaient à revenir...à moins que ce ne soit la puissance dégagée par les combats proches qui s'infiltrait en elle. Néanmoins, la première chose qu'elle vit fut Dalnor, une sphère des ténèbres levée au-dessus de sa tête. Sa cible semblait avoir un peu de retard, mais elle était capable de l'éradiquer...L'esprit calculateur de Somand arriva à déterminer que Dalnor gagnerait s'il lançait son projectile le premier. Or, elle haïssait Dalnor pour ce qu'il lui avait fait subir. Prenant rapidement une décision, elle concentra son énergie et « bloqua » mentalement l'action de Dalnor, qui se figea, l'espace d'une seconde. Puis elle sombra dans l'inconscience, ayant usé toute l'énergie qu'elle avait pu récupérer pendant sa précédente léthargie...

Soudain, devant Anakall, Dalnor fut comme congelé l'espace d'un instant. Profitant de l'occasion sur-le-champ, il projeta toute la puissance qu'il avait pu concentrer entre ses mains. Le rayon d'énergie violet transperça proprement Dalnor, qui hurla de douleur tandis que les différentes ondes magiques qui composait sa sphère s'éparpillèrent dans toutes les directions, n'étant plus contrôlées. Cependant, le rayon ne s'arrêta pas à Dalnor. Il continua sa course et s'écrasa sur le cristal rouge du générateur de puissance. Une demi-seconde plus tard, projeté par la puissance du rayon, Dalnor lui aussi s'écrasait sur le cristal. Anakall se releva, satisfait.

- Adieu, de la part de Cénarius...dit-il, se souvenant de la « promesse » qu'il avait faite au demi-dieu.

- Pauvre fou...parvint à articuler Dalnor. Tu t'es toi-même condamné !

Sur l'instant, le cristal de puissance se mit à luire fortement. Blessé par la gigantesque quantité d'énergie lancée par Anakall, il amplifia à l'infini le peu d'énergie qu'il avait soutiré à Dalnor, lorsque celui-ci était venu « fouiner » dans le socle du cristal pour découvrir une quelconque preuve d'un éventuel traître. La puissance dégagée incinéra littéralement Dalnor, toujours écrasé sur le cristal blanc de chaleur. Il se consuma en poussant un long hurlement désespéré. Le pouvoir de Dalnor fut absorbé par le cristal, ajoutant ainsi à la puissance destructrice du cristal. Malgré le fait d'avoir vaincu Dalnor, Anakall percevait parfaitement les interactions magiques qui s'opéraient dans le cristal...En un instant, il sut...Il sut ce qui allait lui arriver...Dans quelques secondes, l'énergie concentrée serait libérée en une immense explosion qui carbonisera toutes les régions alentours...Il n'avait plus le temps s'éloigner assez pour éviter l'inévitable...Le temps sembla soudain se freiner...Il voyait presque au ralenti l'énergie se libérer du cristal...La joie d'avoir triomphé d'un adversaire aussi fort que Dalnor et la tristesse de ne jamais plus revoir ses amis, ainsi que son amante, se mêlèrent en un long rugissement grave nuancé de mélancolie et de chagrin...Quelque part autour de son coeur, le pendentif que lui avait donné Mira se mit soudain à luire en émettant une intense lueur bleu ciel...Soudain, le temps reprit brusquement son cours normal...Une nuée de flammes de pouvoir puissantes emplirent soudain le troisième sous-sol. Sous l'effet de la gigantesque déflagration, le corps de démon d'Anakall fut totalement et instantanément disloqué. Une fraction de seconde plus tard, les vagues de flammes carbonisèrent les restes corporels du chasseur de démons, éparpillés un peu partout...Curieusement, ce dernier ne ressentit aucune douleur, seulement une impression d'émancipation et de volupté......

A environ trois kilomètres de la Forteresse, le trio composée du Mage de Sang, du Paladin et de l'Archimage se remettait de ses blessures, dans la nuit de Draenor. Le sort de guérison de Fynar avait abondamment fonctionné durant ces dernières dix minutes. Depuis un bon moment, des chocs graves et sourd se faisaient entendre, tandis que la terre semblait trembler par moment.

- Qu'est-ce qui passe ? interrogea Tanin, visiblement inquiet.

- Ce doit être Anakall...répondit pensivement Nilas. J'espère que tout se passe bien pour lui...

- On aurait dû rester pour l'aider, non ? intervint Fynar avec un ton qui ressemblait à un reproche.

- Ah ouais ? répliqua Nilas, sur la défensive. Et comment tu aurais fait, dans ton état ?

Fynar n'eut pas le temps de répondre. Tout à coup, une immense lueur illumina silencieusement la nuit de Draenor. Le trio tourna ses trois paires d'yeux vers l'origine de la lumière violente. La forteresse venait de s'embraser brutalement. Une sphère de feu se forma autour, une sphère qui sembla s'effondrer sur elle-même. Moins d'une seconde plus tard, elle explosa dans un vacarme assourdissant, projetant un dôme de flammes démoniaques sur les régions alentours. Nilas sentait la chaleur qui se dégageait de cette entité plus que maléfique, et qui augmentait exponentiellement.

- Protégez-vous !!! hurla t il, tandis que les flammes fusaient dans leur direction.

Sur ce, il dressa devant lui un barrage d'élémentaires d'eau, entourés de grêlons. Fynar leva son bouclier divin immédiatement. Tanin ne disposait pas de moyen de défense efficace. Pourtant il bannit quand même temporairement sa forme physique de ce monde, ne laissant que sa forme éthérée. C'était mal calculé...L'immense raz-de-marée incandescent déferla sur eux. Les défenses de Nilas et de Fynar tinrent le coup. Mais les vibrations supra-maléfiques n'en eurent que plus d'effet sur Tanin. Heureusement, le processus fonctionnait aussi avec les vibrations bénéfiques du Feu Sacré. Entendant une multitude de hurlements stridents, Nilas aperçut à travers les flammes qui se déversaient sur eux la destination finale des restes démoniaques de la forteresse. Un vortex commençait à se former au-dessus de la source des flammes. A travers la porte cosmique ouverte par le tourbillon inter-dimensionnel, Nilas aperçut le monde des démons, un lieu de cauchemar, hérissé de sommets noirs et déchiquetés, de volcans en éruption embrasant le ciel de fumerolles rouge sang, au pied desquels s'ouvrent des vallées couvertes de cendres et d'ossements. A travers ce paysage de fureur et de mort retentissaient les cris déchirants des âmes perdues, condamnées à jamais au Royaume des Damnés. Parmis tous les esprits damnés qui furent aspirés par le vortex sous formes de fumées noires, quelque chose attira l'attention de l'archimage...Une fumée bleu ciel qui disparu soudain dans une lueur violette et verte...Nilas détourna les yeux de cet horrible spectacle pendant que des pans entier de la forteresse étaient aspirés par le tourbillon cataclysmique...Après quelques minutes, qui semblèrent des heures au trio, le vortex se referma dans un fracas de tonnerre dont l'écho se répercuta de montagnes en montagnes, de plaines en plaines...Les trois combattants baissèrent les défenses magiques qu'ils avaient érigées et constatèrent à quel point la disparition de la Forteresse avait modifié le paysage...L'énorme chaleur dégagée lors de l'explosion avait transformé les roches et le sable alentours en masses de verre informe sur plusieurs kilomètres à la ronde. A l'endroit où se dressait la forteresse une heure auparavant, il n'y avait plus qu'une immense cuvette remplie d'un lac de magma bouillonnant, éclairant de sa faible clarté la nuit de Draenor...Les trois compagnons regardaient d'un air horrifié le lac en colère, attendant désespérément un signe qui pourrait les rassurer sur la survie d'Anakall...En vain...

- Il n'a quand même pas pu disparaître ainsi...prononça lentement Tanin, presque avec regret.

- Et pourtant, il faut bien se rendre à l'évidence...répondit tristement Fynar.

Le trio garda le silence pendant quelques minutes, louant silencieusement le courage et l'audace de feu leur ami, le Grand Chasseur de Démons Anakall. Puis, comme si quelqu'un leur avait brusquement donné un ordre, avec des gestes d'automates, les trois membres saisirent les cylindres encore pendus à leurs ceintures. Trois portails violets apparurent devant chacun d'eux, tandis que les cylindres de puissances, ayant usé toute l'énergie dont il avaient été chargés au départ, furent jetés au loin, dans un tintement métallique. Après un dernier regard vers le lac de lave, et après une dernière prière, ils retournèrent dans leur monde...Les portails restèrent actifs quelques secondes après le passage des guerriers, puis se dissipèrent...


Très loin de là, bien qu'un brusque retour de force et d'esprit l'ait revigorée, Mira sentit en elle qu'un chose effroyable s'était passée...Plusieurs larmes roulèrent le long de ses joues...



*: (début de l'intermède scientifique) 0 absolu = -273 ° C. A cette température, les atomes constituant la matière se figent, les atomes ne sont donc plus consolidés. Par contre, c'est par pure hypothèse que je décris comme effet « explosion dans un nuage d'étincelle glacée ». Il est impossible en pratique d'atteindre une telle température (fin de l'intermède scientifique).

**: J'entends déjà ceux qui disent qui puisqu'ils sont fatigués, ils n'ont qu'à bouffer quelques-unes des chauves-souris grillées. A ceux-là, je leurs répond que « peut-être », mais que « là n'est pas la question ».

***: Ne vous y fiez pas. Même s'il casse de la roche avec son marteau, il reste Paladin. Il ne devient pas un nain mineur !

****: Les vibrations supra-maléfiques émanant de la Forteresse alimentent constamment la Métamorphose d'Anakall. Il est donc normal qu'il soit toujours un démon après dix minutes de combat.
Les forêts du Paradis des Elfes de la Nuit étaient immenses et immaculées, illuminées par un ciel étoilé et par une lune éthérée. Les bois reflétaient en permanence des lumières jaunes, vertes, violettes qui émanaient d'on ne sais où. Les arbres étaient puissants, robustes et l'herbe de la multitude de clairière qui composaient l'essentiel de ce paradis étaient aussi pur que l'émeraude le plus pur. Au centre d'une de ses clairières était allongée sur le dos une silhouette massive, nimbée d'une aura bleu ciel....Anakall émergea lentement de son inconscience, apercevant faiblement la lueur jaune nuancée de vert et de bleu d'une lune qu'il n'arrivait pas à situer exactement, sentant sous son dos et sous la paume de ses mains la caresse de l'herbe douce, si douce qu'il aurait voulu rester allongé ici pour l'éternité...D'ailleurs, il savait qu'il ne pouvait rien faire d'autre...Il était trop faible pour bouger ne fût-ce que le petit doigt...Il retomba dans une léthargie réparatrice...

Dans une clairière proche, une silhouette majestueuse d'Elfe de la Nuit se tenait aux côtés d'une autre, plus petite. La plus petite silhouette avait une peau argentée, des cheveux pourpres sombres et des yeux en amandes d'un gris saisissant. Elle était très jeune, et ne devait pas avoir plus de deux cents ans*. Elle semblait également très impatiente et avait du mal à le dissimuler. Quant à la grande silhouette, elle était splendide. Elle semblait se fondre dans la nature...C'était comme si elle était entièrement habillée d'un voile d'invisibilité semi-transparent. L'harmonie entre elle et son environnement était parfaite... Elle ouvrit lentement les yeux, semblant sortir d'une longue méditation...Elle se tourna vers la silhouette aux cheveux rouges sombres.

-Il est là...Va le chercher et amène-le, Elwing...demanda la silhouette semi-transparente d'une voix douce et suave.

-Tout de suite, Déesse ! s'exclama Elwing avec fougue.

Puis elle s'élança au travers des arbres et du camaïeu d'ombres que créait la lune. Elwing attendait ce moment avec impatience. Elle allait enfin revoir son grand frère ! Elwing était la plus jeune de la famille, et elle et Anakall s'étaient toujours très bien entendus. Elle lui avait même dit un jour qu'il était son frère favori. Elle bondit au travers d'un buisson, et se retrouva au bord d'une clairière au centre de laquelle était allongé quelqu'un, dans un halo bleu ciel. Elle ne put contenir sa joie en reconnaissant Anakall, bien que celui-ci ait plusieurs milliers d'années de plus qu'elle. Elle s'avança doucement et s'agenouilla auprès du chasseur de démons en posant une de ses mains sur son torse. Elle mumura.

-Anakall...C'est moi, Elwing....Anakall, réveille-toi...

Anakall remua dans son sommeil et émergea lentement de sa torpeur. Un visage fin et bordé de lumière lunaire s'encadra dans son champ de vision. Le visage était très flou, mais il gagnait en netteté à chaque seconde. Anakall aperçut des cheveux rouges sombres, puis de superbes yeux en amandes. Il les reconnut immédiatement.

-Elwing, c'est bien toi ?

Sans même attendre de réponse, il se redressa brusquement et enlaça sa soeur, qui lui rendit sa profonde étreinte avec un éclat de rire. Ils restèrent ainsi l'un dans les bras de l'autre pendant plusieurs minutes, profitant de la présence et de l'affection de l'autre qui ne leurs avaient que trop manqué. Finalement Anakall écarta son visage de celui d'Elwing. Il était encore plus beau que dans son souvenir lointain.

-Elwing...Où suis-je, ici ? demanda Anakall, en remarquant son aura bleuté. Et qu'est-ce c'est que cette aura ?

-Ici, c'est le Paradis des Elfes de la Nuit. Quant à cette aura, je ne sais pas ce que c'est. Mais la Déesse pourra tout expliquer, c'est ell qui a demandé que je te conduise à elle !

-La Déesse ? Elune ?

-Oui ! Il y a même Papa et Maman et tous les autres ! Allez viens !

Cette fois, Anakall fut sur ses pieds en un instant. Il suivit sa soeur qui pénétra dans la forêt...


Après quelques minutes de course, ils débouchèrent dans une immense clairière où étaient réunis plusieurs druides et des Gardiens du Bosquet. Il y avait aussi un attroupement de personne qu'Anakall reconnut immédiatement. Il reconnut le corps combatif de son père, les yeux doux de sa mère, l'intrépidité de ses frères, la beauté de ses soeurs et le calme et l'humour de ses oncles. Tous le regardait avec un grand sourire aux lèvres. Sans hésiter une seconde, il se jeta dans les bras des membres de sa famille...

-Guerrier ! dit une voix grave derrière lui.

Anakall se retourna vivement et vit la silhouette imposante du Demi-dieu Cénarius, ainsi que celui plus frêle d'Elune. Il s'agenouilla aussitôt devant ses Dieux.

-Relève-toi Anakall...Lui ordonna la Déesse d'une voix si douce qu'Anakall obéit immédiatement. Tout d'abord, je veux te féliciter pour ton courage, ainsi que celui de tes amis humains (tous les druides et sa famille applaudirent). Tu as évité qu'une menace encore plus dangereuse qu'Archimonde ne déferle sur Azeroth. Ta bravoure est légendaire. Maintenant, je sens qu'il y a une question que tu brûles de me poser mais je dois t'avertir que la réponse risque de te troubler.

-...Suis-je mort...?

Elune secoua la tête de gauche à droite.

-Non. D'ailleurs, je me pose moi aussi cette question. Tu as été pris dans une déferlante de flammes maléfiques. Normalement, tu aurais dû mourir...

-Mais l'amour du Chant du Fantôme brille pour lui plus qu'il n'a jamais brillé...intervint Cénarius en montrant le petit pendentif qui enveloppait Anakall de son aura protectrice.

-Mais mon corps a été disloqué dans l'explosion ! dit Anakall.

Ce fut au tour de Cénarius de faire un signe de contestation.

-C'est ton corps de démon qui a été vaporisé. Ton corps original a été conservé tel quel. Et comme tu as un nouveau corps de démon à chaque Métamorphose...Tes capacités ont donc été entièrement préservées. Arrive maintenant le moment où tu devras faire un choix décisif.

Les chuchotements se turent dans la clairière. Même les esprits des guerriers morts au combat qui passaient à proximité parurent s'arrêter pour observer ce qui se passait tellement l'instant semblait grave et dramatique. Cénarius s'avança vers Anakall, qui s'était dressé au milieu de la clairière et semblait écouter de toutes ses oreilles. Elwing était toujours à ses côtés, comme pour le soutenir moralement.

-Ecoute-moi bien, Anakall...dit doucement Cénarius. Etant « mort » d'une certaine façon, tu as parfaitement le droit de décider de rester parmis nous, au Paradis. Tes actions au cours de ton existence t'ont autorisé à avoir ta place ici. Tu y retrouverais ta famille. Je n'oublie pas non plus tes exploits au cours de la Grande Guerre des Démons. Néanmoins, il y a toujours, et il y aura sans doute toujours, une menace planant sur Azeroth. Un guerrier comme toi serait un atout majeur pour la sauvegarde d'Azeroth, et je sais que tu as laissé quelqu'un là-bas...Tu peux décider de rester, où être renvoyé sur Azeroth. Maintenant, sache que si tu décides d'être renvoyé là-bas, tu devras éprouver la douleur que tu aurais dû ressentir lors de l'explosion de la Forteresse. Cette douleur risque de te rendre fou...A toi de choisir...

L'esprit d'Anakall se mit à travailler dur, pesant le pour et le contre. Rester ici ? Il aurait sa famille...Elwing tenait tellement à lui, ainsi que toute sa famille...Ce qui était parfaitement réciproque. Cependant, il aimait une autre personne qui se trouvait sur Azeroth...Et parmis ces deux « factions », la plus en sécurité était sa famille. Si une autre menace émergeait, elle devrait d'abord passer par Azeroth avant de pouvoir atteindre le Paradis des Elfes de la Nuit...Il retint son souffle et fit un pas en avant.

-Je souhait revenir sur Azeroth. Ici, ma famille est en sécurité, et je ne m'en ferais pas pour elle. Cependant, d'autres ont besoin de mon aide ici-bas. Ma décision est prise.

-Très bien, Anakall. Pendant que les druides et moi nous nous préparons, je t'invite à passer le peu de temps qui te reste à passer ici avec ta famille...finit-il en désignant le petit attroupement.

Une heure plus tard, Anakall était prêt, debout au centre de la clairière. A son grand soulagement, sa famille n'avait pas contesté le moins du monde sa décision. Elwing avait été un peu triste, certes, mais il avait serré sa petite soeur dans ses bras en lui promettant de toujours penser à elle. Cette promesse avait réconforté Elwing, qui avait embrassé Anakall une dernière fois. Cénarius et un autre Gardien du Bosquet s'avançèrent vers Anakall.

-Tu as choisi la voie du guerrier, Anakall. Porte notre marque afin de perpétuer la suprématie du bien... dit Cénarius.

L'autre Gardien du Bosquet passa derrière Anakall et posa une main sur son dos. Anakall sentit un fourmillement parcourir son dos. Il regarda difficilement dans son dos et vit qu'un immense tatouage représentant l'Arbre Monde y était apparu. Il sentait une nouvelle puissance couler dans ses veines. Cette fois, Anakall était paré pour son départ. Les druides se placèrent en cercle autour de la clairière. Ils entonnèrent des incantations étranges, qui donnèrent le frisson à Anakall. Il perçut les regards de sa famille du coin de l'oeil. Soudain, une intense douleur parcourue son corps tout entier. Il poussa un grognement terrifiant. Cette douleur lui rappelait la première fois qu'il avait utilisé son sort d'Immolation, ce qui n'était pas le plus rassurant. Cependant, la douleur était moins forte qu'il ne craignait. Son corps commençait à émettre une forte lumière bleu ciel, qui illumina la Nuit Eternelle du Paradis des Elfes de la Nuit. Tout à coup, dans la vive lueur d'un éclair blanc, tout disparu dans son champ de vision. Il sentit son corps tomber, encore et encore, comme dans un immense tourbillon infini....


Sur les passerelles de pierre protégée de Dalaran, assombrie par le soir tombant et par les nuages noirs d'où tombaient une pluie torrentielle, une fine silhouette revenait vers sa chambre. Pourtant, sa démarche semblait épuisée. Mira, ravagée par le chagrin et la tristesse, allait se coucher et pleurer son amant. Dés qu'elle avait ressenti cette impression de terreur, elle s'était précipité vers les bâtiments des Arcanes, attendant avec appréhension le retour du petit groupe. Au lieu d'un quatuor, c'était un trio qui avait émergé des portails dimensionnels. A la vue de leurs mines défaites, Mira avait aussitôt compris que ce qu'elle avait toujours redouté s'était produit. Même si elle avait perdu celui qu'elle aimait, elle avait apprécié que ses compagnons gardent le silence et n'essayent pas de la consoler désespérément en lui servant les platitudes d'usages genre « c'était un grand guerrier » ou « c'était comme ça qu'il aurait voulu partir » ou encore « sa mort sera une cicatrice douloureuse pour les générations à venir ». De toute façons, rien de cela n'aurait pu la réconforter. Elle avait besoin d'être seule afin de se faire à cette perte. Mira avait alors déambulé dans les couloirs de Dalaran pour méditer. Une seule pensée avait pu ramener une esquisse de sourire sur son visage : « au moins est-il heureux avec sa famille » s'était-elle dit. Mira passa la tête par une large fenêtre et ferma les yeux, laissant ainsi la pluie la rafraîchir et apaiser son chagrin...Sans réel succès...Plusieurs éclairs illuminèrent le ciel d'une lueur stroboscopique, bientôt suivis par un grondement de tonnerre. Mira se détourna de la fenêtre, le visage humide de pluie et de larmes, tandis qu'un nouvel éclair éclairait le ciel d'une vive et brève lueur. Bizarrement, aucune détonation ne se répercuta...

Mira poussa la porte de sa chambre, qui s'ouvrit dans un léger grincement. Elle retira sa cape de tissu bleu et avança vers son lit. Quelque chose posé sur l'oreiller attira son attention. C'était un petit pendentif constitué d'une chaîne très fine en argent et d'une étoile en or. L'expression de Mira passa de la mélancolie à la stupeur. Comment avait-il pu atterrir ici ? La surprise qu'elle éprouvât lorsque son inconscient lui dicta la seule solution possible lui fit lâcher le bijou. Mira entendit soudain un très faible glissement derrière elle. Elle n'osa pas se retourner, devinant l'identité de celui qui s'approchait. Un mélange d'appréhension et d'apaisement s'empara de son coeur. Deux mains se posèrent doucement sur ses épaules. La crainte de Mira s'envola immédiatement, comme le jour où, sur le bateau, elle avait découvert que la corruption du Fléau avait définitivement quitté son corps. Elle reconnaissait parfaitement la chaleur qui se dégageait des mains et qui se répandait dans son corps. Elle ferma les yeux et un sourire éclaira son visage. Elle se retourna lentement. Ayant pivoté d'un demi-tour, elle releva ses paupières. Le visage resplendissant de son bien-aimé lui faisait face. Elle l'enlaça avec la plus tendre des étreintes, tandis que ce dernier pressait ses lèvres contre les siennes en attirant son corps contre le sien. Cet instant sembla durer éternellement pour elle. Les mots étaient quasiment inutiles pour exprimer ce qu'ils ressentaient l'un pour l'autre. Ce qu'ils voulaient se dire passait exclusivement par leurs caresses et leurs sentiments. Précautionneusement, ils s'allongèrent sur le lit...Mira murmura.

-Anakall...Je t'aime...

Pour toute réponse ce dernier l'embrassa encore plus amoureusement...


*: Elwing, ainsi que toute sa famille, reste à l'âge qu'elle avait lorsqu'elle fut tuée il y a dix mille ans.
Même si peu d'élus étaient au courant de cette nouvelle tentative d'invasion, heureusement déjouée, les nouvelles se répandaient extrêmement rapidement et pas seulement que dans l'Entrave. Pas plus tard que le lendemain, de nombreux représentants Elfes de la Nuit, Orcs et Humains arrivèrent à Dalaran pour féliciter les guerriers et proposer leurs services à l'Entrave. Lorsque Tanin, Fynar et Nilas leurs avaient annoncé tristement que le meilleur guerrier responsable de cette victoire était malheureusement décédé au cours de l'affrontement, les représentants avaient eut un air choqué. Puis leurs visages s'étaient éclairés lorsqu'ils avaient vu le guerrier masqué descendre les marches derrière ses amis, accompagnée d'une Mira rayonnante de plaisir. Les trois autres guerriers avaient été stupéfaits et estomaqués de voir que leur vieil ami était toujours en vie. Aussitôt, ils avaient demandé tous les détails, qu'Anakall leur donna chaleureusement...

Trois semaines après, un groupe d'élite composé d'Assassins Elfes de la Nuit, de Voleurs Humains et d'Eclaireurs Orcs fut envoyée sur Draenor, au prix de nombreux efforts fournis par les savants de chaque race, afin de parer à une éventuelle et nouvelle tentative d'invasion. Plusieurs Shamans accompagnèrent aussi le groupe afin de pouvoir assurer la liaison entre Azeroth et Draenor.

Dans les mois qui suivirent, Anakall eut la surprise et la joie de sentir une flamme de vie grandir et se développer dans le corps de Mira. La fille des deux amants vit le jour au sein de la cité natal d'Anakall, la cité de Tassaskil, en plein Ashenvale. Ils la nommèrent Tindomerel*. Cette dernière avait de magnifiques yeux ambrés, signe très rare et très respecté chez les Elfes de la Nuit, - les yeux de son père, avant que celui-ci ne se soumette au rituel sacrificiel de la vue, propre à chaque Chasseur de Démons - ainsi que de longs et doux cheveux noirs comme la nuit, striés de mèches d'argent et de bleu crépusculaire. Sa peau avait des teintes violet claire légèrement teintées de bleu profond - la couleur de celle de Mira.

Anakall était debout au balcon du gigantesque Arbre d'Eternité qui était le coeur de sa cité, sa petite fille dans ses bras, tous deux éclairés par la pleine lune. Tindomerel était étrangement calme et observait son père avec curiosité. Mira les rejoignit bientôt, enlaçant Anakall et déposant un baiser sur le front de sa fille. Anakall avait les yeux fixés vers le nord-est.

Les Réprouvés avaient été étrangement réservés ces derniers temps. « Son échec a sans doute été encore plus cuisant que je ne le pensais... » songea Anakall. Il n'allait certainement pas s'en plaindre ! Un peu de repos lui ferait le plus grand bien ! Cependant, il savait comme beaucoup d'autres qu'une menace grandissante émergeait des Terres Glacées de Northrend, le Fléau des Damnés...Anakall sourit. « Ce ne serait sûrement pas aussi terrible que la menace de Dalnor » pensa t il en levant la tête vers le ciel, pensant à sa famille et surtout à Elwing...Mira aussi était déterminée...A son rôle de guerrière s'ajoutait maintenant son rôle de mère...

Les batailles de l'Entrave, renforcée par les guerriers qui avaient émis le désir de rejoindre ce mouvement défensif, contre les troupes du Fléau, le savoir gigantesque de Tindomerel, ayant choisi la voie des Prêtresses d'Elune, qu'elle utilisa au cours de ses nombreux combats, la résistance et les sacrifices des différents peuples, furent légendaires...Mais ça,...c'est une autre histoire...


*: Tindomerel : « Fille du Crépuscule » (Voir Elwing)
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